VOYAGE AU BOUT DU PONTON
Il était arrivé un matin ou un après midi, peut être un soir au couché du soleil. En fait, il ne savait plus quand il était venu s'amarrer dans ce petit port derrière le rocher au bout de l'Europe.
Pour lui aussi c’était une simple escale sur son tour du monde. Son destrier des mers était alors fringant. Sa coque brillait dans les reflets de l’eau. Ses deux mats se dressaient fièrement au-dessus du pont. Tous les cabestans étincelaient de leur chrome.
Il arpentait rapidement le pont du voilier, inspectait, contrôlait, examinait, considérait chaque élément de son gréement, retendant un hauban, reprenant la quête d’un mat. Rien en lui échappait. Aucun détail n’était à ses yeux superflus.
Il s’était entretenu longuement avec son voisin, un sloop hauturier de cinquante pieds. Ils avaient ensemble élaboré, comparé des stratégies et des opportunités. Ils étaient d’accord, c’était une sacrée aventure que la leur.
Il se savait fin prêt. Les coffres étaient garnis, les soutes remplies, il attendait le dernier instant avant de faire tamponner son passeport tout neuf.
On admirait en passant sur le ponton, la façon dont les cordages, les drisses et les bouts étaient lovés. Tout y était ordre.
Il attendait comme les autres que les alizés se renforcent sur les Açores, et que l’anticyclone de Sainte-Hélène remonte vers l’ouest.
Chaque jour il faisait et refaisait sa navigation. Il consultait tous les matins la météo, puis traçait sur ses cartes sa route orthodromique.
Boby le jeune chiot courrait et sautait tout le long du pont. S’arrêtant un instant, droit sur pattes à la proue face au détroit. Ses aboiements semblaient comme un appel à son maître. On percevait son impatience à reprendre la mer.
Les semaines ont passé. Puis les mois.
Ses amarres se sont distendues sous les contraintes du vent.
Sur le ponton de bois, il a installé une chaise, puis une table qu’il a confectionnée avec les planches embarquées pour une réparation de fortune sur la carène, puis rajouté une chaise.
Vers midi, ils sont quelques-uns autour de la table. La bouteille, passe de verre en verre.
La carène du beau voilier a jauni sous le soleil du sud et les coquillages s’y sont incrustés. Les cordages desséchés gisent en vrac sur le pont et finissent de brûler sous l’effet du sel.
Boby, maintenant bien vieux ne quitte plus sa couche qu’il s’est faite avec le reste de la voile qui gît au pied du mat et qui ne connaîtra jamais le souffle des alizés.
Son allure est moins fringante. Il ne se déplace plus sur le pont que difficilement. Au sommet du mat, vers lequel personne dorénavant ne lève la tête, la girouette s’est grippée et sa flèche pointe définitivement vers l’ouest.
Qui était-il cet aventurier parti un jour pour un tour du monde ?
Pour quelles raisons s’est-il arrêté ici au bout de ce ponton ?
Nul ne le sait. Et personne ne lui demandera.
Gibraltar le....
****************
STATISTIQUES (Origine compagnies d'assurance)
![]()
![]()
![]()
![]()
![]()
![]()
![]()
![]()
![]()
- Voiliers partants faire un tour du monde :
![]()
![]()
![]()
![]()
![]()
![]()
![]()
- Franchissent le détroit de Gibraltar
![]()
![]()
![]()
![]()
![]()
![]()
- Atteignent les Canaries
![]()
![]()
![]()
- Effectuent la transat
![]()
- Arrivent en Polynésie
- Terminent leur tour du monde