Journal du bord : Mai 2006
En ce début mai un petit vent froid souffle sur le port de Gruissan. Le soleil est encore caché par un manteau gris. A bord du voilier Camerone les quatre équipiers s'affèrent déjà. Les amarres sont lovées et les pare battages rangés dans les coffres. Le voilier fend de sa proue silencieusement les eaux verte du Golfe du lion.
C'est le début du voyage, le début d'une nouvelle aventure, la suite d'un voyage débuté voilà trois ans.
Léo(Loîc) est à la barre et amène l'aiguille du compas sur le nord en direction de la première escale en méditerranée : Saintes Maries de la mer.
Pendant que Marcus trace la route sur la carte, 2J(Julien) et Arno(Arnaud) s'activent sur les voiles qui se gonflent dès que Camerone prend son cap en gîtant légèrement sur bâbord.
Sur les visages des équipiers se lie la satisfaction ainsi qu'une certaine gravité pendant que les côtes du roussillions s'éloignent à l'arrière et qu'une longue traînée blanche trace les premiers milles du périple à la voile du voilier Camerone et de ses quatre équipiers.Le voilier prend rapidement de la vitesse. Le pilote automatique assure le relais à la barre. Léo affine le réglage des voiles.
Bientôt l'équipage a pris ses marques et les premiers réflexes s'établissent.: Rangement des drisses et du pont. Marcus est déjà actif derrière la cuisinière, et vers midi l'équipage déjeune dans le cockpit autour d'une salade composée et de charcuterie.
En fin d'après midi le vent faiblit et les réglages de la voilure doivent être affinés afin de maintenir une petite vitesse.
Vers 23h, et alors que la lune se découvre de son premier quartier, Marcus lâche l'ancre dans la baie de Saintes Maries alors qu'Arno termine la préparation d'un solide dîner qui ponctue cette longue et première journée en mer.Ce matin, Marcus est le premier sur le pont, bientôt suivi de Léo. Un vent léger souffle du sud.
- Je crois que nous allons avoir une bonne nav déclare Marcus en remontant les 30 mètres de chaîne.
Tous l'équipage est affairé à la manoeuvre. Les voiles sont rapidement envoyées.
Les milles commencent à s'inscrire sur le totalisateur du speedomètre. La côte méditerranéenne défile sur le bâbord. Vers 14h Camerone longe la région de Fos sur mer. Le ciel est couvert et la brume qui recouvre le complexe industriel se confond avec les nuages.
- Marcus, le vent s'accentue dit Léo en regardant la girouette qui s'agite au sommet du mat.
Le skipper monte sur le pont et consulte un instant l'anémomètre avant à son tour par réflexe de lever la tête en direction des voiles.
- Oui tu as raison. Allez, l'équipage, on réduit la voilure. Le vent est en train de monter, et en méditerranée, il faut souvent anticiper un coup de mistral.
La grand voile est rapidement arisée, alors que les premières rafales se font ressentir sur le pont. Tout l'équipage est dans le cockpit. Léo a pris la barre et désaccouplé le pilote automatique. 2J étarque le génois, pendant qu'Arno reprend un peu l'amortisseur de la baume.
Les vagues se font plus agressives et viennent frapper la proue du bateau qui continue de tracer sa route face au vent de plus en plus violent.
- Il va falloir faire un bord, annonce Marcus. On ne peut pas continuer dans cette direction, on est trop face au vent. Préparez-vous pour la manoeuvre des voiles. Léo tu restes à la barre et tu commandes le virement de bord. Arno et 2J vous enroulez le génois.
Chacun s'affère rapidement sur les drisses et les écoutes des voiles. Étarquant l'une, choquant l'autre.
- Parez à virer crie Léo.
- Paré, répond chacun des membres de l'équipage.
- On vire, lance Léo en tournant rapidement la barre sur la gauche.
Le voilier prend sa nouvelle route en accentuant sa gîte sous l'effet du vent qui continue de forcir. Des vagues de plus en plus grosses viennent s'écraser sur le pont. Léo barre habilement pour éviter que le voilier ne vienne frapper de sa proue l'eau lors de sa descente sur une vague.
Au cours de la journée, plusieurs bords sont ainsi effectués pour permettre au voilier de poursuivre sa route erratique malgré les très mauvaises conditions météo pour atteindre l'île du Frioul en fin d'après-midi.
Pendant que Marcus capte sur la radio du bord, un message météo annonçant un fort coup de vent sur la région, Léo continue depuis plusieurs heures de tenir imperturbablement la barre malgré les embruns qui s'abattent sur lui régulièrement.
2J a déjà depuis ce matin laissé se dérouler derrière le bateau deux lignes de traîne et attend avec impatience de voir le résultat de sa pêche. Il attend le soir pour ramener à bord quelques superbes maquereaux.A 17h, le voilier s'amarre dans le petit port du frioul.
Le soleil apparaît au-dessus des falaises de l'île du Frioul dans la baie de Marseille. Léo, 2J et Marcus trottinent doucement sur le chemin de terre qui grimpe aux anciennes batteries qui surplombent le chantier naval où est ancré Camerone.
Le souffle de nos coureurs est court après ces premiers jours de navigation et bien vite la transpiration apparaît sur leur visage .
Après deux jours au Frioul, Camerone reprend la mer pour atteindre l'île de Porquerolles au sud de Hyères et plus précisément un mouillage dans la baie du langoustier.
L'équipage est maintenant aguerri et assimilé les quelques principes que Marcus leur a préciser au moment du départ.
- Je suis heureux et fier de vous accueillir à bord du voilier Camerone pour dans un premier temps le tour de la méditerranée. Chacun en ce qui le concerne est ici pour un objectif qui lui est propre.
Mon but en vous acceptant à bord est que vous réalisiez ce que vous êtes venu chercher. Pour ma part, je souhaite rassembler un équipage uni et solidaire dont les principes sont le respect, la solidarité et l'enthousiasme. Ce voyage sera ce que nous en ferons et de notre cohésion dépendra sa réussite.
Bien que l'eau dans la baie de Porquerolles ne dépasse pas 17°, Arno, 2J et Léo effectuent leur première baignade dans une mer translucide.
- Allez Marcus vient te baigner, elle est excellente.
- Tu plaisantes Léo, je ne suis pas breton. j'attendrai qu'elle atteigne 28° avant d'y mettre un pied.
Dans l'après-midi, le ciel se couvre. La température fraîchit et les quelques voiliers à l'ancre disparaissent un à un. A bord de Camerone les préparatifs se poursuivent pour l'appareillage qui a lieu à 18H pour la prochaine escale : la Corse et plus particulièrement la baie de Girolata sur la côte occidentale.
Les informations météorologiques captées sur la radio du bord prévoient un petit vent du sud mais qui devrait dans le courant de la nuit s'orienter vers l'ouest.
Pour cette première longue navigation de plus de 120 milles un tour de quart a été établi pour les prochaines 24 heures.
Vers 20 heures, Léo qui est de quart observe un renforcement du vent venant du nord ouest, ainsi que la présence d'une houle qui pousse le bateau dans des creux de plus de deux mètres.
- Tout l'équipage sur le pont. On réduit la voilure.
Le skipper constate qu'un sérieux coup de vent se prépare, et qu'une fois encore la méditerranée se montre versatile et qu'il faut prendre les dispositions nécessaires.
La grand-voile est réduite à sa plus petite surface. La voile d'avant est enroulée. Le vent siffle dans les gréements. La vitesse du voilier malgré son peu de voiles au vents'accélère et monte bientôt à huit noeuds. Venant de l'arrière, les vagues en rouleaux successifs se jettent sur la poupe et soulèvent Camerone en tentant de le pousser par le travers. Arno est à la barre et contre efficacement l'assaut de la houle, pendant que Léo et 2J tentent de trouver difficilement le sommeil sur leur couchette.
Marcus, assis à la table à carte déchiffre la mise en garde qu'il a reçue du service de la météo côtière concernant un fort coup de vent de force 8 à 9 sur l'échelle de beaufort concernant le nord de la Corse.
Le skipper consulte de nouveau sa carte, trace une route, regarde une fois encore le baromètre électronique et la pression qui monte. C'est sûr, ils n'échapperont pas à la bourrasque qui les rattrape à chaque minute. Par le hublot il voit le phare de Port Cros qui décroît. Doit-il envisager de faire demi tour et de gagner pendant qu'ils le peuvent encore un abris dans les îles Hyères ? Pourtant près de vingt milles ont déjà été parcourus. Léo s'est approché de la table à carte. La lampe frontale qu'il porte sur le front lui donne une allure d'extra terrestre. C'est un équipier qui malgré ses vingt ans a une bonne expérience de la navigation, surtout quand celle ci s'est acquise en bretagne.
- Léo, tu as compris que l'on est pris dans le fort coup de vent que vient d'émettre météo France. Peut être faudrait-il envisager que l'on fasse demi-tour ! Marcus a posé la question tout en sachant qu'il était trop tard pourretrouver un abris sur les côtes.
- Je ne pense pas possible de se retrouver face au vent et avec une houle de plus de deux mètres. Mais c'est toi le skipper et donc tu décides.
- On continue donc, mais il n'est pas envisageable de mouiller dans la baie de Girolata. Nous allons gagner le petit port de Cargèse cinq milles plus au sud.
2J, après avoir écouté les conseils de Léo prend à son tour et pour la première fois la barre d'un voilier de plus de 14 mètres. Un peu inquiet, il n'en négocie pas moins durant trois heures les assauts du vent et des vagues avec efficacité.
Toute la nuit, la mer se déchaînera sur le voilier et ses équipiers accrochés à la barre. Enfin,dans l'après-midi, Camerone atteint les eaux plus calmes du golfe de Péro, et s'amarre dans le port de Cargèse. Après que la dernière amarre fut tendue, un grand silence s'abat sur le bateau. La fatigue est très visible sur le visage de nos marins. Sans un mot, les cordes, les drisses sont lovées et les voiles ferlées. Cette première longue navigation a été éprouvante. Mais elle constitue en soi un petit record. En effet, rallier la côte méditerranéenne à la côte sud-ouest de la Corse en moins de vingt heures avec la voilure réduite au maximum est exceptionnel.
Dans le port de nombreux petits bateaux à moteur se balancent autour de leur bouée. Ce matin Camerone est le seul voilier. Ses quatorze mètres de long semblent fermer l'entrée du petit port.
Le lendemain, notre équipage effectue une courte navigation qui le conduit dans la magnifique baie de Sagone. Au loin, on aperçoit les contreforts enneigés du monte Cinto.
Un long footing permet aux équipiers de faire connaissance avec le maquis corse, ses vaches et ses sangliers.
Ajaccio est atteint en fin de semaine. Camerone se balance dans la grande baie à quelques dizaines mètres de la ville.
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Ajaccio n'a pas un charme particulier et sa visite s'effectue en quelques heures. Bien entendu, le passage dans la rue ou s'élève la maison où naquit l'empereur est
aussi indispensable que grimper jusqu'à son mausolée qui domine la baie.
Ces quelques jours dans la capitale Corse ont été mis à profit pour Arno d'effectuer un stage de plongée du premier degré. Ainsi que d'apporter quelques améliorations au voilier en lui ajoutant un WC chimique pour respecter la législation en vigueur dans les pays méditerranéens.
En milieu de semaine Camerone reprend sa navigation de mouillage en amarrage: Baie de Portiglio, golfe de Mortoli.
Lors de ce mouillage, dans cette baie déserte bordée par une longue plage de sable jaune, et après bien des études, 2J a repéré l'épave d'un ancien avion militaire de la dernière guerre qui gît à 12m sous l'eau. En fin d'après-midi, nos deux plongeurs, 2J et Arno, équipés de leur combinaison et de leur bouteille, procèdent à leur première plongée. Malgré un positionnement précis fournit par le GPS, l'épave ne sera pas découverte.
Avant d'atteindre Bonifacio, un amarrage s'effectue dans le petit port de Pianotoli dans la baie de Figari.
L'endroit est encore calme et peu animé à cette époque de l'année. Une vingtaine de petits bateaux ainsi que quelques gros catamarans composent la petite flotte de bateaux immobilisés sur leur ponton de bois. La baie qui s'étend sur une profondeur de quatre kilomètres, offre un excellent abri contre les vents.
Dès la dernière amarre tendue, Léo s'active autour de la cuisine. Une salade composée, un steak et un fruit composeront le repas frugal de midi.
Il fait chaud à cette heure de la journée. 33° dans le carré du bateau. Dès la fin du repas, une petite sieste salvatrice est imposée avant que le skipper ne donne les activités pour l'après-midi.- C'est notre dernier amarrage dans un port avant une dizaine de jours. Nous allons donc en profiter pour faire un grand nettoyage sur Camerone. Arno assis à la table du carré, écoute avec attention les paroles de Marcus. Léo allongé sur une banquette sommeille derrière ses lunettes de soleil, alors que 2J termine le dernier chapitre de Da Vinci code
Tout d'abord, lavage à la lessive du pont et du cockpit. Puis rinçage de la voile d'avant et nettoyage du zodiac. Enfin, nettoyage du réfrigérateur et lavage du parquet, sans oublier de me faire le plein d'eau des bouteilles.
Le voilier doit être impeccable.
Marcus poursuit, Il faudra aussi aller à pied au village qui est distant de trois kilomètres pour rapporter du pain. Vous êtes surpris ! Je vous rappelle quand même que l'on consomme trois pains par jour. Il vous faut déjà un grand pain, seulement pour votre petit-déjeuner.
Qui m'accompagne en ville ?
Le silence est total autour du carré.
- Il fait un peu chaud précise Arno.
- J'attends un appel de Morgane dit 2J en consultant son téléphone portable.
- Bon, Léo, tu m'accompagnes annonce Marcus.
A l'issue du grand nettoyage du voilier, voici nos deux équipiers coiffés de leur chapeau, sacs à dos remontant la petite route goudronnée à la sortie du port qui conduit en serpentant jusqu'au centre du village de Pianotoli.
Les quelques voitures qui doublent Léo et Marcus ne sont pas sensibles au pouce levé. Ils marquent un arrêt devant le grandcimetière qui retient leur attention. En effet, celui-ci est très étendu, sans contour ou délimitations précis et les tombes semblent implantées sans ordre ou ordonnancement. Comme si chaque concession était établie pour bénéficier du meilleur point de vue sur la baie. Ils transpirent et soufflent dans la montée et pénètrent avec satisfaction dans le petit supermarché climatisé au centre du village. Le rayon des fruits et légumes est bien garni, mais Marcus qui a en charge la gestion des achats pour le bord, ne peut retenir une exclamation devant les étiquettes des prix.
- C'est pas possible Léo, 4,60€ pour un kilogramme de tomate. C'est 50% plus cher qu'en France.
Après que le sac à dos fut rempli par les achats du supermarché, Léo et Marcus auront la chance qu'un automobiliste les prît à son bord pour rejoindre le port.
Une bonne douche et un bon repas confectionné avec originalité par Arno compléteront cette journée avant que les lumières ne s'éteignent à bord du voilier Camerone.
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Niché sur son éperon rocheux, protégé par sa citadelle, Bonifacio est atteint en fin de semaine, et le voilier est amarré dans petite crique à l'entrée du port.
Haut lieu du tourisme en Corse, en ce mois de mai, de nombreux étrangers arpentent déjà les petites rues et le port de la ville.
Quelques minutes en zodiac suffisent à notre équipage pour gagner le port tout proche, s'y amarrer et s'élancer à la découverte des rues étroites de Bonifacio.
Nos quatre marins déambulent dans les ruelles de la ville. Bientôt ils atteignent la citadelle Monlaur qui abrita jusqu'en 1974 le centre d'instruction de la légion Étrangère. Étrange sensation pour Marcus qui retrouve les bâtiments où il séjourna voilà près de 37 ans et qui maintenant abonnés accentuent leur caractère lugubre. Les appareils de photos de 2J et d'Arno emmagasinent les pixels.
A l'issue du repas du soir, après que notre skipper se fut couché, le restant de l'équipage rend visite à deux jeunes navigateurs forts sympathiques qui voyagent sans but bien fixé à bord de leur bateau dont ils viennent de terminer à Marseille la remise en état.
Dimanche matin un léger vent d'ouest continue de souffler sur les bouches de Bonifacio. Arno, Léo et Marcus s'élancent pour un footing matinal sur un chemin rocailleux le long de la côte. L'itinéraire serpente puis grimpe le long du massif de garrigue. Ils atteignent une petite calanque qui sert de base à l'école de voile des Glénans. Ils empruntent un chemin de chasseurs qui se rétrécie au fur et à mesure de leur progression pour n'être plus bientôt qu'une trace de sangliers. Sur les jambes nues de nos coureurs, les ronces viennent marquer leurs empreintes. Bientôt il n'y a plus de traces, rien qu'un amoncellement de marquis broussailleux. Le maquis qui tend à les emprisonner dans ses branches. Il n'est pourtant pas question de faire demi-tour. Et encore, le pourraient-ils ? Et puis comme le précise Marcus :
- A la légion, on ne fait jamais demi-tour.
Ils avancent de plus en plus difficilement. Ils découvrent le maquis Corse. Il faut sans cesse se baisser, ramper sous les broussailles et les ronces. Des questions et des interrogations.
- Ce serait dommage de se perdre dans ce maquis si près de Bonifacio indique Léo.
- Tu as raisons Léo, il arrive que des promeneurs disparaissent dans le maquis Corse, et même l'armée, appelée à la rescousse ne les retrouve jamais, précise Marcus sérieux.
Arno chaussé de ses chaussures de randonnée neuves ne sait s'il doit pendre la remarque de Marcus au sérieux. Enfin, égratignés et déchirés, ils atteignent les falaises qui dominent le port et la calanque où à bord de Camerone 2J dort encore.
Mais il leur faut encore longer le bord de la falaise composée de roches friables et ne pas plonger lors d'un faux pas dans l'eau froide 30 mètres plus bas. Mais le paysage rencontré et la vue sur l'entrée du port récompensent les efforts de nos trois nouveaux maquisards.
Demain, le voilier s'engagera dans les bouches de Bonifacio, célèbres pour ses vents forts, mais aussi pour la présence de plusieurs iles et de nombreux petits îlots déserts.
Voilà trois semaines que notre équipage a entrepris son long périple. Chacun a pris ses marques et ses habitudes à bord. Déjà, les cabines reflètent la personnalité de chacun des équipiers.
Dans la cabine exigüe de Léo, les chaussures de marches et de mer s'entrecroisent avec le short et les tee-shirts. Il a toutefois réussi à adapter son son mètre quatre vingt sept à sa couchette étroite, et, quand chaque matin à 7h30 le skipper vient le réveiller, c'est un équipier souriant et volontaire qui émerge de son drap. En face, dans celle
de son coéquipier Arno, les équipets sont garnis par une littérature éclectique où se côtoient une grammaire espagnole, un roman de Gabriel Garcia Marquez, et les oeuvres d'Homère.Dans la cabine tribord arrière, 2J n'a pas encore trouvé le temps de terminer le rangement de ses affaires. Consacrant ce dernier à la recherche d'épaves sous-marine et le reste qu'il réparti entre la lecture de la biographie de Mozart et l'interprétation sur sa clarinette d'un concerto de son musicien favori. Et que les nombreux appels sur son téléphone portable de sa dulcinée lui laissent un peu de temps libre pour améliorer son bronzage.
Bien entendu, le respect et la décence, nous interdisent de commenter l'état de la cabine de Marcus. Tant il est vrai que les principes de rigueur et de rangement "au carré" de la légion étrangère semblent ici bien loin.
La vie à bord s'est aussi organisée au rythme des navigations et selon le principe des quarts. A savoir, que chaque jour en dehors de son quart correspondant à la surveillance de la bonne marche du voilier, un membre de l'équipage est de vaisselle ou de cuisine.
Trois moments importants réunissent notre équipage autour de la table du carré. Tout d'abord le matin pour un petit déjeuner qui débute à 7h pour Marcus par un bol de flocon de maïs, puis trente minutes plus tard pour les autres membres pour s'achever trois quart d'heure après, non sans avoir absorbé, un litre de café, un litre de lait, trois bols de céréales au chocolat, une tasse de chocolat au lait, un demi pot de nutella, un quart de pot de confiture, deux cent grammes de beurre et surtout un grand pain de 500 g.
Puis à midi, et compte tenu que généralement l'équipage est en navigation sur une mer pas toujours calme, c'est un repas froid qui compose le menu, absorbé dans le cockpit si le temps le permet.
Enfin, avant le dîner, chacun prend un petit apéritif. Pour Arno, ce sera un Porto, Léo apprécie beaucoup la vodka absolut du bord, alors que 2J prend tout son temps pour se confectionner un punch à l'antillaise. Marcus se contentant à son habitude d'un petit verre de rosé.
Pour le repas, un plat de viande et de légumes constituent le menu principal, sans oublier le petit verre de vin apprécié par l'équipage.
Bien entendu à l'issue du repas de la mi-journée un grand moment est consacré à la réflexion et à la méditation.
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En cette fin mai, les journée de beau soleil et chaud soleil alternent avec un vent froid et un ciel couvert. Camerone poursuit sa descente vers le sud.C'est d'abord es fameuses bouches de Bonifacio et son célèbre coup de vent que craint chaque plaisancier qui traverse cette zone. Puis une courte escale dans les îles Lavezzi. Ce tout petit îlot couvert de rochers spectaculaires et son cadre bucolique, conserve le souvenir d'une catastrophe maritime qui eut lieu sur ses côtes. Le 15 février 1855, la frégate "La Sémillante avec à son bord 713 marins et soldats en route pour la Crimée, coula dans une tempête au large des Lavezzi. Il n'y eu aucun survivant.
Deux cimetières abritent les corps rejetés sur le rivage. L'histoire de ce naufrage et de la disparition de la totalité des passagers demeure troublante.
Alphonse Daudet dansles "les lettres de mon moulin" relate le témoignage du seul témoin de naufrage.
Cette nuit, au Lavezzi, la méditerranée rappela qu'elle est toujours aussi capricieuse. Vers minuit, un fort vent souffla sur le mouillage, et les quelques voiliers présents dans la baie se mirent à tourner autour de leur ancre. Dans les cockpits, les lumières brillaient et les yeux des équipiers étaient fixés sur le cadran du GPS, qui pourrait indiquer si l'ancre dérapait et le voilier chassait. les oreilles aux aguets des bruits de dérapage de la chaîne sur le sable au fond de l'eau.
Vers une heure du matin, rassurés, notre équipage finit pas s'endormir.
Le 23 mai à 9h 15, la frontière italienne est franchie et une première escale effectuée en Sardaigne sur l'île de Maddalena. Cette île se caractérise surtout par la présence d'une base navale italienne et américaine.
Le voilier étant mouillé à quelques kilomètre de la ville, c'est à pieds et en suivant une ancienne voie ferrée que Léo ira faire le marché.
Les vents toujours favorables poussent Camerone vers le sud. C'est à plus de sept noeuds qu'il fait son entrée dans le célèbre port de Porto Santo. Ce port se veut concurrencer Saint Tropez en devenant le haut lieu du rassemblement de la jet-set. Au moment ou le voilier dépose son ancre dans la baie, l'endroit est encore calme et peu fréquenté. Seuls quelques gros yachts attendent leur riche propriétaire.
Le petit village de Porto Santo, construit avec beaucoup d'originalité ressemble tout de même à un décors hollywoodien dont on pourrait croire les maisons en carton pâte.![]()
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Une petite escapade dans ce décor parmi les boutiques des plus grandes marques internationales attend nos équipiers.
Mais pas question de quelques achats. Les prix sont prohibitifs. Donc pas encore de petits souvenirs pour Faustine et Morgane.
Bien vite, le voilier quitte cet endroit, dont le caractère artificiel donne un sentiment d'irréel et de factice, mais aussi d'ennui.
A quelques milles de là, c'est dans un tout autreenvironnement que le voilier s'amarre. La petite ville d'Olbia n'a effectivement rien d'enchanteresse entre sa route à quatre voies qui la traverse et ses grands chantiers qui soulèvent une poussière à chaque assaut du vent.
******Dans le sud du port d'Olbia, Camerone et son équipage plantent leur ancre dans la petite baie de porto Della Taverna ou gît à quelques mètres de la surface l'épave d'un grand cargo.
Une plongée est donc organisée pour l'après-midi. Pendant que Marcus reste à bord pour quelques travaux d'entretien, Arno 2j et Léo sur le zodiac gagnent le lieu de l'épave. La mer est calme, Seule une risée trouble la transparence bleutée de l'eau.
Après avoir attaché leur annexe à un rocher, nos trois plongeurs, équipés de leur masque, de leur tuba et de leurs palmes nagent en direction de l'épave dont une partie de la structure émerge au dessus de la mer et semble se dresser comme dans un dernier sursaut.
Ils parviennent à ce qui n'est plus qu'une masse sombre sans forme, rouillée.
2J atteint ce qui reste de la poupe au dessus de l'eau. Il glisse silencieusement le long de la paroi déchiquetée jusqu'à gagner l'endroit de la fracture béante enfoncée entre le sable et les rochers. La masse métallique forme un écran aux rayons du soleil qui scintillent au dessus du plongeur. De petits poisons argentés dérangés par l'intrus s'échappent de la coque éventrée en frétillant. 2J rejette de l'air par petit bouffée. Le rythme de son cœur s'accélère. En quelques battements de palmes, il parvient à ce qui semble être le compartiment central du navire obstrué par un enchevêtrement depoutres déformées.
Un peu plus loin, Arno et Léo ont entrepris la reconnaissance de la partie avant du bateau. Le temps et les intempéries ont laissé les traces de leurs passages.
Seuls subsistent de ce grand cargo, un amoncellement de tôles déformées, un grand mat, avec un escalier qui donne un semblant de vie à cette masse sans forme.
Léo se déplace rapidement. Les bras dans l'alignement des jambes, le corps bien tendu. Dans un léger mouvement des hanches, il impulse un battement régulier à ses palmes. Son corps longiligne se meut avec souplesse dans l'eau. Quelques bulles d'air s'échappent de son tuba.
Sur sa droite, Arno s'intéresse au reste de la passerelle de commandement. Ici un encadrement de hublot, là un support de table.
Dans la tête de nos trois marins, alors qu'ils terminent leur visite de l'épave, le kaléidoscope et les images d'un naufrage défilent.
Une nuit sombre à bord du cargo dont le nom même est maintenant illisible sur la coque éventrée. Seul le ronronnement régulier etlancinant du moteur rompt le silence sur la passerelle. L'Officier de quart scrute régulièrement le scope du radar. Il discerne parfaitement les contours de la côte de la Sardaigne à quelques milles, ainsi que le passage entre la côte et l'île de Rosso dans lequel va s'engager le bateau. Il est une heure du matin. L'île de Malora est sur bâbord. Il remplit le livre de bord en indiquant leur position, leur cap de 184 degrés, et la vitesse de 15 nœuds. Il a le temps d'aller à la cambuse se faire un café avant que le navire ne franchisse le passage qui ne présente aucun danger comme le montre la carte posée sur la table devant lui. Néanmoins il vérifie de nouveau le cap avec sa règle. Il quitte alors la passerelle par la coursive au bout de laquelle se trouve la petite cuisine de l'équipage. Sur le réchaud à pétrole, il pose une bouilloire à demi remplie d'eau. Sur une étagère, il prend le briquet à mèche qui aura du mal à enflammer le brûleur du réchaud.
Il profite de ces quelques instants avant que la bouilloire n'émette son sifflement stridant indiquant que l'eau est chaude pour relire le dernier bulletin météo affiché dans la cambuse. Rien de particulier sur leur zone. Une petite dépression sur le golfe de Gène, qui semble se combler. Sur la côte orientale de la Sardaigne, seule une brise thermique souffle de la côte.Sa tasse de café chaud à la main, l'Officier de quart quitte la cuisine et se dirige vers la passerelle. Soudain, un choc effroyable, suivi d'un craquement sinistre se produit. Il est précipité sur la paroi de la coursive. Sa tasse de café explose au sol. Il tente de se relever, mais à ce moment, l'arrière du navire se soulève comme mue par une main de géant et va le précipiter à l'entrée de la passerelle. Il a le temps de voir l'eau s'engouffrer en bouillonnant par les hublots éventrés du poste de commandement. Le bateau semble un instant se dresser à la verticale puis retomber dans un bruit de déchirement. C'est alors que la proue avec la passerelle se désolidarise du reste du navire et reste plantée au fond de l'eau, alors que l'autre partie s'enfonce lentement dans un long hurlement de tôle.
Il est une heure trente du matin. Le dernier quartier de lune apparaît au-dessus des falaises de l'île de Tavolara. Le cargo vient de sombrer sur un haut fond que nulle carte n'indique.
Les plongeurs, satisfaits de leur balade sous-marine rentrent toutefois songeurs à bord de Camerone.
Ce soir ou demain, les voiles de Camerone les porteront sur les côtes nord de la Sicile pour de nouvelles découvertes.
******Camerone vogue entre la Sardaigne et les côtes de Sicile. Le vent sur son travers le pousse à plus de six noeuds vers Palerme. Dans le ciel étoilé 2J cherche Cassiopée et Capricorne. Voilà deux heures qu'il assure le quart alors que ses compagnons dorment dans leur cabine. Le silence de la mer l'impressionne. Seul la caresse de l'eau sur la carène de Camerone fait entendre un doux sifflement. Cette nuit, la méditerranée est vide. Pas la moindre lumière signalant le passage d'un cargo, d'un voilier, ni même la présence d'un pécheur.
Sur tribord, la lueur du dernier phare de la Sardaigne s'estompe. 2J est confortablement installé sur la banquette du cockpit. Un coussin dans les reins, les jambes allongées, il est bien. Il aime contempler cette mer grise et sombre avec ses reflets accentués par les rouleaux des vagues. Il guette l'apparition de l'aileron d'un dauphin qui viendrait jouer à frôler à grande vitesse le voilier. Mais cette nuit, les dauphins ne viendront pas. Il est deux heures du matin et il n'a pas froid. Il ne porte qu'un short et un polo. Il est vrai que la température est encore de 19 degrés. Les écouteurs de son baladeur sur les oreilles, il se repasse le troisième mouvement de la 2ème symphonie de Beethoven. Il apprécie particulièrement l'allégro andante avec le solo de la clarinette. Demain il faudra qu'il étudie sur sa partition ce passage de façon à être capable de le jouer dans quelques semaines. Marcus sera surpris, lui qui était prêt à parier que Beethoven n'avait pas écrit de deuxième symphonie. Il jette un coup d'oeil sur la barre qui tourne par petits déplacements sous l'impulsion du pilote automatique surnommé "Raymond" par Léo. Pourquoi "Raymond" ? Mais tout simplement parce que <<Raymond..... BARRE>>.
Les voiles sont bien réglées, le bateau est équilibré et les mouvements de la barre sont réduits. Il se lève, descend dans le carré jusqu'à la table à carte pour consulter le GPS. Celui-ci lui indique un cap de 131 degrés, et qu'il leur reste 180 milles à couvrir. Il consulte la centrale météo pour s'assurer que la pression atmosphérique n'a pas chuté de façon importante, ce qui signifierait l'arrivée d'une dépression et des vents qui l'accompagnent. Avant de reprendre sa surveillance, dans le cockpit, il se tranche un morceau de pain qu'il enduit de Nutella. Il regagne ensuite sa place favorite à l'arrière tribord derrière la barre. Il reprend la symphonie au moment où les cuivres attaquent le final. A nouveau son regard se porte vers les étoiles si loin. Mais son esprit est au-delà de la mer jusqu'à une petite chambre là-bas en Bretagne où dort à cette heure Morgane. Cela fait un an qu'il entretient une relation avec elle et chaque jour qui l'éloigne d'elle est un déchirement dans son coeur. Tant qu'ils étaient dans les eaux françaises, il pouvait lui parler trois à quatre fois par jour sur son téléphone portable. Mais depuis la Sardaigne, son abonnement est dénoncé. Il a bien essayé les cabines publiques, mais les prix sont souvent élevés et puis il n'y a pas toujours de téléphone là où mouille le voilier.
Cette nuit, c'est son vrai premier quart du voyage. Il pense beaucoup à sa compagne. Elle lui manque, il aimerait qu'elle fût à ses côtes et qu'ensemble ils observassent les constellations. Peut être devraient-ils s'entendre pour contempler la même étoile à la même heure pour que leurs pensées se rejoignissent par delà cette étoile.
Sa situation est ambivalente. Il a tant attendu et préparé ce voyage. Il ne s'imaginait pas qu'être séparé de celle qu'on aime fut aussi dur. Il s'assoupit un instant. Ses paupières se sont fermées. Bien vite il se redresse. Sûrement la crainte d'être surpris par le skipper, mais surtout son désir de remplir parfaitement son rôle d'équipier. Marcus les a bien prévenus au moment du départ.
- Ce serait faire montre d'une réelle inconscience et d'une irresponsabilité inadmissible que de dormir durant son quart, alors que ses équipiers se reposent confiants dans la vigilance de leur camarade.
C'est vrai que Marcus est attaché à quelques principes qu'il a précisés lors du briefing à Gruissan. Et quelquefois on remarque qu'il n'est pas satisfait. Par exemple quand la cuisine est sale et en désordre, quand les drisses et les écoutes n'ont pas été lovées, ou lorsque les chaussettes de Léo traînent sous la table du carré. C'est vrai qu'il est important que le bateau soit toujours propre et rangé. C'est une question d'hygiène, de sécurité, mais aussi d'ambiance au sein de l'équipage comme le rappelle souvent le skipper.
Marcus fait quelquefois des remarques à 2J sans le tancer, et qui les prend toujours avec son sourire juvénile. L'autre jour, alors que c'était son tour de faire la vaisselle, il lui fait constater qu'il consomme trop d'eau et qu'une vaisselle pouvait être propre avec moitié moins d'eau. S'en suit ensuite, une longue digression de Marcus sur la nécessité en mer de préserver les énergies du bateau.
Les dernières mesures de la symphonie viennent de retentir dans les écouteurs du baladeur. Dans quelques minutes 2J ira réveiller Arno pour la relève. Il faudra aussi qu'il renseigne le livre de bord. Et puis il rejoindra sa couchette et sa bien aimé, au moins par la pensée.
Ce matin, le vent est tombé. Le ronronnement du moteur du voilier vient se substituer au claquement des voiles déventées. Au moins les batteries seront elles rechargées après une nuit qui a vu une forte houle se fondre sur la poupe de Camerone et demander au pilote automatique un travail considérable. A l'issue de leur quart, le visage souvent marqué par un mauvais sommeil, balancés de droit à gauche sur leur couchette par la gîte du voilier, nos équipiers rejoignent chacun à leur tour le carré pour le petit déjeuner.
A son habitude, Marcus est le premier levé. Et puis c'est autour d'Arno le cheveu ébouriffé qui en silence après un salut amical au skipper rempli la bouilloire pour le café soluble. Ce matin, Léo apparaît avant 2J. Il a encore du mal à déplier son mètre quatre vingt cinq. Après un petit bonjour discret et souriant, il s'installe devant son bol, son sachet de céréales et un litre de lait. Enfin, 2J apparaît enjoué et facétieux.
Les journées passées en mer se ressemblent les unes aux autres. Les quarts se succèdent. Puis à l'issue, chacun vaque à des occupations qui lui sont propres. Les uns dorment dans leur cabine, les autres lisent dans le cockpit ou simplement regardent la mer.
Les côtes de la Sicile sont atteintes dans l'après midi. C'est dans la ville de Palerme que notre équipage à décider de s'arrêter. Cela n'est pas évident, car le prix demandé dans les marinas pour amarrer le voilier est prohibitif. Marcus n'est pas d'accord pour payer 78€ pour une nuit au ponton. Finalement c'est dans le port commercial de la grande ville que Camerone viendra s'amarrer entre les gros cargos au déchargement et les ferries en transit. Certes, l'environnement n'est pas très écologique et l'eau particulièrement sale et encombrée de déchets de toutes sortes. Néanmoins, ils sont au coeur de la ville.
Aujourd'hui sera consacré d'abord à l'entretien du voilier. En effet, comme dit Marcus:"Un cavalier, pense d'abord à sa monture." A l'issue du grand nettoyage, passage obligé à l'hypermarché, puis enfin une première visite au coeur de Palerme, cité historique.Des nuages lourds, gris et noir circulent au-dessus de la grande ville. A la sortie du port, c'est toute l'Italie qui ouvre les portes de ses trésors architecturaux.
Des demeures qui ont été autrefois somptueuses retiennent souvent l'attention de nos voyageurs tant elles paraissent aujourd'hui abandonnées et les appareils photosemmagasinent des pixels. Toute la piété de la Sicile est transcendée par la présence de nombreuses églises, chapelles et ornementaux religieux. Et bien entendu on ne peut manquer la visite de la grande cathédrale avec sa nef particulièrement impressionnante. Les nombreux palais dédiés à la musique et plus particulièrement à l'opéra rappellent que Palerme est la ville de Verdi. Après avoir remonté vers le haut de la ville, c'est dans les catacombes que nos marins se retrouvent. Visite un peu morbide de squelettes encastrés dans des niches. Il s'agit surtout de personnes de bonnes conditions de la société palemoise dans les année 1840 qu'un moine capucin embaumait selon un procédé qu'il était seul à détenir.
Notre équipage s'enfonce ensuite dans les petites rue étroites où le soleil ne pénètre que lorsqu'il est à son zénith. Du linge sèche aux fenêtres, les femmes s'interpellent depuis leur balcon alors que des motos pétarades dans la ruelle qu'ils remontent à vive allure en slalomant entre les conteneurs à ordures qui débordent et les chiens à la recherche d'une nourriture. De multiples échoppes bordent ces ruelles..Ici un barbier, là un mécanicien, plus loin un réparateur de chevaux de bois, en face un fabriquant de marionnettes. Tout un assortiment de métiers que l'on ne trouve plus dans nos villes aseptisées. Ils arrivent sur un petit marché où se mêlent sur les étales brinquebalants , fruits, légumes, poisson, viande. Ils se glissent entre vendeurs exubérants et acheteurtonitruants, le tout dans une ambiance très chaleureuse. N'ayant pas découvert le petit restaurant très typique qui les servirait quelques plats typiques, et les papilles sensibilisées par toutes les odeurs qui les environnent, affamés, ils déjeunent sur le pouce de quelques olives offertes par une sympathique sicilienne, de jambon et de fromage, le tout arrosé d'un vin des côtes de Sicile que Marcus apprécie particulièrement..
A l'issue de cette journée passée au cœur de la ville, nos équipiers ont la tête pleine de toutes ces images, ces odeurs, ces bruits qu'ils ont amassés au cours de leur visite trop rapide dans cette cité inoubliable et tellement naturelle de spontanéité.A moins d'une journée de navigation, nous retrouvons Camerone dans le petit port de pêche de Porticello. C'est pour nos quatre voyageurs .une plongée au cœur de la Sicile du 19 ème siècle qu'a si bien décrit Visconti dans ses films. Une multitudes de petites barques de pêcheurs dansent dans le port sous l'effet de la houle en attendant le soir où les filets seront jetés dans la baie. Sur le quai, quelques tréteaux sur lesquels sont posés des thons, des calamars et toutes sortes d'autres poissons qui retiennent l'attention de Marcus et font saliver Léo.
En poursuivant sa route vers l'est et malgré un vent de plus en plus faible, le voilier atteint la célèbre ville de Céfalu.
Après l'authenticité, le naturel, ils replongent dans l'univers touristique et mercantile. En ce dimanche après midi, une foule nombreuse, la glace dégoulinante à la bouche se presse dans les rues très pittoresques et animées de ce grand village qui s'impose surtout par sa cathédrale romane du XII ème siècle.
Ce soir, lorsque le vent reviendra, Camerone quittera les côtes de Sicile pour un parcours dans les îles de Vulcano, Lipari et Stromboli avec son célèbre volcan avant de revenir pour passer le détroit de Messine..
A suivre ....Juin 06