Journal du bord : Juin 2006
Les îles Éoliennes
Ascension du Volcan de Volcano
Doucement le soleil tombe à l'horizon. Un léger clapotis frappe la coque du voilier qui avance doucement sur cette eau argentée. Entre chiens et loups, les côtes de la Sicile s'éloignent.
Après avoir quitté avec quelques regrets cette ville si magique et envoûtante de Palerme, c'est avec mélancolie et douceur que notre équipage retrouve les eaux turquoise de la méditerranée.
Au loin se profilent déjà les sommets des volcans des îles Éoliennes.
Ces îles situées à quelques 100 kilomètres au nord de la Sicile, sont classées "Patrimoine mondial de l'humanité".
Pour Camerone, la première des îles pour escale est Vulcano; la plus proche de la côte. Mais les difficultés commencent rapidement, dès que la ville de Cefallu où le voilier a mouillé durant deux jours s'efface sur l'arrière. Le vent, tout d'abord favorable, est maintenant de face. Il faut virer de bord. Le cap est mis sur l'île de Salina. Quelques temps après, de nouveau le vent se montre capricieux et dévente les voiles. Il faut encore changer de cap et d'objectif. Finalement, et après avoir plusieurs fois viré et changé de bord, ainsi que doublé la distance à parcourir, les quatre équipiers abordent l'île de Filicudi. Ici pas de marina ou de port. Une simple anse qui abrite quelques barques de pécheurs. Camerone est seul et son ancre se pose quelques dix mètres au fond de l'eau translucide.
Les journées qui suivent sont consacrées à des balades sur les cratères des anciens volcans, à des baignades malgré la présence de nombreuses méduses et à la préparations des futures navigations avec en particulier l'écoute de la météo italienne qui émet très souvent sur les ondes des messages d'alerte de "bourrasca" : Bourrasque en français, que le linguiste du bord traduit instantanément.
Le 07 juin, ils atteignent l'île de Salina et mouillent devant le village de Rinella, au pied de l'ancien volcan Monte Porri (875m).
Notre équipage s'est scindé en deux groupes pour les balades, de façon qu'une équipe soit toujours présente sur le voilier au mouillage.
Ce matin, alors que le soleil se dévoile à l'horizon, Léo et Marcus, petit sac au dos, avec à l'intérieur, un litre d'eau, un casse croûte et un vêtement chaud, car les nuages qui entourent le sommet du Monte Porri supposent que le vent doit souffler un air froid, s'élancent à la conquête de ce volcan.
Il leur faut d'abord gagner le petit village qui s'éveille entre deux vallées, Puis sans carte, sans informations, trouver le sentier qui leur ouvrira la voie du sommet. Après avoir contourné les maisons du village, ils s'engagent sur un layon qui semble grimper dans la bonne direction. Il fait déjà chaud. Marcus marche en tête. Bientôt le layon se rétrécie pour n'être plus qu'une trace entre la pierre basaltique et les quelques oliviers qui poussent sur les contreforts. La progression est difficile. Il faut gravir des pierriers où à chaque pas on risque de glisser et de chuter.
- C'est pas possible de monter par là, invective Marcus. On fait un pas et on en redescend quatre.
Léo, son grand chapeau sur la tête, progresse en silence. mais au bruit des pierres qui cèdent sous ses pas on comprend que pour lui aussi la montée n'est pas facile. Marcus s'arrête.
- On s'est planté. Ce n'est pas le bon sommet.
- Comment cela, ce n'est pas le bon sommet sommet, rétorque Léo qui l'a rejoint.
- Bien oui, le plus haut volcan de l'île, c'est celui de gauche, alors que l'on est en train de gravir celui de droite.
- Moi je savais que c'était sur celui là que l'on montait. C'est toi qui t'es planté Marcus.
- D'accord, j'ai fait une erreur d'orientation. On redescend.
Une demie heure plus tard, nos montagnards, on trouvé le bon itinéraire pour l'ascension du volcan.
Léo a pris la tête et marche vite. Marcus suit la tête baissée. Le sentier est bien tracé, et leur allure soutenue. Au fur et à mesure de leur progression, l'image de leur voilier en bas dans la baie s'amenuise, plus ne plus être bientôt qu'un point.
Léo maintient son rythme soutenu. Marcus peine à se maintenir à sa hauteur.
La végétation s'amenuise. Seuls poussent quelques arbustes entre les rochers. Dans le ciel, le bleu alterne avec le gris des nuages qui défilent maintenant sous nos marcheurs. Léo s'arrête à plusieurs reprises pour faire des photos et boire un peu d'eau. Il est en sueur, malgré le vent froid qui souffle. Le sommet, n'est plus très loin. Il attend que Marcus l'ait rejoint pour repartir. Il apprécie ce type défi qui n'en est à proprement parlé pas un, mais il aime que ses muscles souffrent après les longues immobilisations sur le bateau. Avant de quitter la Sardaigne, il a effectué avec Marcus un footing sur une route entre deux villes. La distance était courte, environ cinq kilomètres, mais ils ont couru en plein après midi, alors que le thermomètre frôlait les 35°. c'était un peu fou comme épreuve. A l'arrivée, il a cru que son coeur allait défaillir. Dix minutes lui ont été nécessaires pour récupérer. Même Marcus a admis que ce n'était pas raisonnable. Léo apprécie Marcus pour son dynamisme, même s'il se montre un peu maniaque sur la propreté ou le rangement. Il est vrai que Léo comme les jeunes de son âge, n'a pas toujours la même notion du mot rangement, et les objets utilisés ne sont pas toujours remis à leur place comme le voudrait Marcus et l'on sent que cela le contrarie.
Le chemin monte en serpentant. Au loin Léo aperçoit les autres îles de l'archipel qu'entoure une eau dont les fonds de différentes couleurs indiquent la profondeur et leur nature: roches, sables.
Sans comparer, ces côtes à falaises lui rappellent certains coins de sa Bretagne aimée. Et puis dans une moindre mesure, les nombreuses petites îles et îlots où tant de fois il a poussé l'étrave de son Feeling. Certes ce voilier appartient à sa grand'mère, mais il en est très souvent le seul utilisateur. Et puis, n'est ce pas encore la joie de sa grand'mère que de voir perpétuer à travers son petit fils, le souvenir du grand navigateur que fut son mari. Auprès de son grand père, Léo a appris à aimer et comprendre la mer. Mais aussi à apprécier les navigations difficiles des côtes bretonne. Comment ne pas s'enthousiasmer lors de la traversée du plateau des Minquiers, faire le tour du grand Légon ou encore louvoyer entre la multitudes de rochers et d'îlots qui forme les îles Chaussey. Mais ce qu'il apprécie aussi, c'est la régate. Léo aime que son voilier gîte sous l'effet du vent, que chaque souffle de la brise soit reçu sur ses voiles. Reprenant une écoute ici, étarquant une drisse là. Il vit chaque instant comme unique. Il est en communion avec son bateau. Il ne forme qu'un avec son voilier et celui ci semble lui dire :"Donne moi du vent et je te donnerai la victoire."
Bien entendu, ici, sur Camerone, c'est différent. C'est que par moment, il aimerait forcer les voiles et faire bondir Camerone sur les vagues comme son feeling, mais Marcus est là pour lui rappeler que Camerone est avant tout un voilier de voyage et qu'eux mêmes sont à bord pour plus d'un an et qu'il faut préserver tant l'équipage que le voilier.
Encore quelques centaines de mètres et ils seront au sommet. Léo a faim. Il espère que Marcus a prévu un bon casse-croûte. Il est vrai qu'il a besoin de beaucoup calories pour nourrir son mètre quatre cinq, mais à bord de Camerone, il n'y a pas à se plaindre, la cambuse est bien garnie.
Encore un effort. Léo a besoin de transpirer, de se vider totalement, de sentir tout son corps souffrir. Il doit être toujours plus fort. Il avance dans la vie, et au fur et à mesure, il doit assumer son devenir. Tant ses études que ses sentiments. Sa famille est essentielle pour lui et pas un instant où celle ci n'est pas présente à son esprit. Depuis quelques jours, il était suspendu à un appel de son père pour lui donner des nouvelles de son parrain atteint d'une grave maladie et dont l'état c'était aggravé ces derniers temps. Mais les cabines téléphoniques sur les îles sont rares ou ne fonctionnent plus. Son angoisse montait au fur et à mesure qu'il ne pouvait joindre quelqu'un de sa famille. Et puis hier, il a enfin pu obtenir son père qui lui a appris la triste nouvelle, la mort de son Parrain. Léo n'a pas rejoint ses camarades dans le village pour la balade traditionnelle. Il a repris le zodiac et rejoint le bord. Seul, assis dans le cockpit avec la mer et Camerone comme témoin, il a pleuré. Dans ce moment il aime encore plus sa famille et voudrait être auprès d'eux et leur dire encore combien il les aime et qu'il est fier d'être leur fils et les remercier pour lui avoir donné la mer pour horizon.
Voilà le sommet du volcan. Un simple tas de cailloux matérialise le point culminant. Avec Marcus ils se mettent à l'abris du vent et assis sur le sol, face à la mer et à la petite baie où Camerone neuf cent mètres plus bas tourne autour de son ancre, ils partagent le pain et le pâté.
Ils ne restent pas trop longtemps au sommet. Quelques photos, un appel radio à l'équipe en bas, puis c'est la descente.
Le descente est plus rapide que ne l'a été la montée, mais il faut prendre garde aux roches volcaniques qui glissent sous les chaussures.
Par moment Léo court sur le chemin. Ils arrivent rapidement au village. Celui ci est plus animé que ce matin. Beaucoup de monde dans les petites rues. quelques belles Siciliennes avec des paniers de courses sous le bras. Que fait Faustine en ce moment, s'interroge Léo ? Faustine, c'est l'amie de Léo. Mais ce vocable n'est pas celui qui convient pour définir la relation qui unie Faustine et Léo. Quand on est avec la même femme depuis l'âge de dix sept ans et que l'on est bien ensemble sans qu'il soit nécessaire de se dire chaque fois que l'on se retrouve que l'on s'aime, que d'un simple regard vos pensées convergent et que l'on est certain que celle que l'on a choisie est différente et que l'on n'attend pas autre chose de l'amour, les mots du dictionnaire ne suffisent plus.
Ils retrouvent Arno sur le quai et ensemble, s'attablent à une table de l'unique café qui domine la baie, là où leur voilier danse sur l'eau claire comme impatient de reprendre contact avec les caresses du vent dans ses voiles.
*********
Les îles Éoliennes sont une suite d'îles volcaniques actives ou éteintes.
Celle de Vulcano est active. A quelques huit cent d'altitude, des volutes de gaz sulfureux jaillissent de la roche et forment des nuages jaunes au dessus du sommet. Puis, par le vent apportée, l'odeur est perçue jusque dans la baie où Camerone est mouillé. Dans l'eau même, des bulles de gaz remontent à la surface.
Arno, 2J et Léo ont passé quelques instants au sommet du volcan et ont pu rapporter quelques pierres volcaniques.
Notre équipage au sommet du volcan.
De Stromboli à Messine
La cité de Taormina
![]()
En remontant vers le nord, ils atteignent l'île de Stromboli et son célèbre volcan.
Il faut approcher de cette masse volcanique en perpétuelle éruption précautionneusement, car les jets de pierres du cratère sont fréquents. Le voilier contourne l'île par l'ouest et découvre les longues traînées noires laissées par la lave en fusion. Ils arrivent au petit village de Stromboli, niché entre deux coulées de lave. Mouiller le bateau est difficile, les fonds sont trop importants: plus de trente mètres. Deux essais se révèlent infructueux. Chaque fois l'ancre râpe et décroche. Finalement ils mouilleront très près de la rive après avoir lâché plus de cinquante mètres de chaîne.
Après un rapide déjeuner, l'équipage, moins Marcus qui assure la surveillance indispensable du mouillage, s'équipe pour la montée au volcan. Et comme d'habitude, s'élance vers le sommet, sans avoir aucune information sur son accessibilité. Ils sont bien vite rassurés en voyant les cohortes de touristes débarquer des vedettes et s'élancer derrière un guide à la découverte du Stromboli.
Le chemin qu'ils empruntent est facile, bien que serpentant en grimpant. Ils parviennent donc sans difficultés au pied du cratère, mais doivent renoncer à pousser jusqu'aux failles à cause des nuages de souffre, des explosions quasi permanentes et des projections de pierres qui en résultent. Ils pensaient pourtant attendre la nuit pour mieux observer la lave en fusion qui jaillit du cratère, mais renoncent, d'une part compte tenu des panneaux d'informations qui interdisent d'aller plus en avant sans un guide, et d'autre part les nuages gris qui arrivent de l'ouest et peuvent être le signe précurseur du mauvais temps qui approche. Ils redescendent cependant satisfait de leur balade.
Le petit village qu'ils traversent au retour se démarque de ceux des autres îles par ses petites maisons sans étage, aux murs de blanc cholés et clôts d'enceintes de moins de deux mètres de haut. Les rues pavées sont très étroites et ne laissent circuler que les motocycles et les scooters.
Dès le lendemain, ils laissent derrière eux le Stromboli et les îles Éoliennes et se dirigent vers le sud et le détroit de Messine.
Le temps, comme depuis deux semaines est chaud et le ciel débarrassé de tous nuages. La mer est toujours d'un bleu transparent. Un souffle léger gonfle les voiles de Camerone. Le petit déjeuner est pris dans le cockpit pendant que "Raymond" le pilote assure la direction du bateau.
Traverser le détroit de Messine qui sépare la côte est de Sicile de la Calabre italienne ne présente pas de difficultés majeures comme l'indique le guide en italien qu'a traduit Arno. Il suffit, de s'engager dans le détroit quatre heures après la pleine mer à Gibraltar pour bénéficier de la renverse du courant.
Vers dix neuf heures, Camerone franchit le phare de Paléro situé à l'entrée du détroit. Ils sont en avance de plus d'une heure sur l'heure normalement prévue pour franchir la détroit dans de bonnes conditions. Mais ils sont confiants. les calculs que Marcus et Arno ont fait avec l'aide de logiciels spécialisés leur indiquent en tenant compte des différents horaires, locaux ou universels, qu'ils n'auront au départ qu'un courant contraire relativement faible.
La circulation dans le détroit est dense. De nombreux ferry et des paquebots entourent Camerone qui se sent bientôt isolé lorsqu'il s'engage à cinq nœuds au milieu du détroit. Mais la traversée semble se bien dérouler. Cependant, la mer devant leur étrave se couvre de remous, et s'agite et devient désordonnée. Des vagues se creusent. Arno a pris la barre et consulte régulièrement l'indicateur de vitesse du voilier,. celle-ci décroît rapidement pour bientôt se réduire à moins d'un nœud. Marcus, de son côté, observe le GPS qui lui donne la vitesse réelle du voilier dans l'espace. celle-ci est nulle. le voilier est stoppé par la force inverse du courant, malgré l'appui du moteur que Marcus a fait mettre.
- Arno, accélère le moteur, car on ne va pas tarder à reculer. Marcus, sa casquette enfoncée sur le front, a pris son visage soucieux.
Les vagues sont erratiques et viennent frapper la carène du voilier de tous côtés. Et toujours ces immenses paquebots cathédrales qui doublent sans se préoccuper de ce petit voilier au milieu de cette mer agitée.
- Arno, accélère encore.
Ce dernier à la barre, a de plus en plus de difficultés pour contrer les différents courants qui le freinent et le poussent vers la côte.
- Nous allons virer de bord annonce Marcus, il faut naviguer en diagonale, c'est la seule façon que nous avons pour progresser dans cette lessiveuse. Le GPS est depuis quelques instants fixé sur zéro, alors que le spydomètre indique une vitesse du voilier de cinq nœuds. La situation peut devenir critique, les différents points de repères sur la côte maintenant proche confirment que Camerone n'avance plus. Deux virements sont effectués. La lune se montre toute jaune et étincelante au dessus des montagnes Sicilienne. Camerone lutte toujours contre l'agressivité du courant. Tout l'équipage a en permanence les yeux fixés sur les indicateurs de vitesse, ainsi que sur le compas qui renseigne sur la dérive du bateau. Au loin les lumières de Reggio di calabre, ce grand port de Calabre apparaissent.
- Selon ce que le courant nous permettra, nous gagnerons le port de Messine à droite ou le port de Reggio à gauche. J'avoue que les infos sur ces deux ports ne sont pas favorables dit Marcus à l'équipage regroupé dans le cockpit.
2J, imperturbable, continue de prendre des photos, alors qu'Arno qui a laissé la barre à Léo calcule la dérive du voilier.
- Le courant va bientôt s'inverser s'interroge Léo debout derrière la barre ?
- Certainement, affirme Marcus. On est simplement passé trop tôt. Il aurait fallu attendre la renverse du courant.
Il est vingt et une heure, Camerone avance à un nœud. Reggio, le port qu'ils ont décidé d'atteindre est encore à cinq milles.
Mais lentement, la vitesse réelle du bateau augmente. Elle se stabilise à quatre nœuds. Le soulagement se lit sur les visages. Ils s'amarrent enfin dans la marina du port de Reggio.
L'endroit n'est pas très accueillant. Ce port de plaisance est situé en périphérie de la ville, engoncé entre une voie ferrée et une voie expresse.
Après avoir, comme c'est l'habitude, lavé le bateau, les équipiers, le visage, les jambes et les bras maculés de sel, partent à la recherche d'une pizzeria. Ils leur faudra toutefois parcourir près de deux kilomètres pour trouver un restaurant sans charme où trône au milieu de la salle un écran géant qui diffuse les images de la coupe du monde de football pour déguster leur première pizza en terre italienne et souffler après cette journée fort agitée.
Sans pause, le voyage continue le long des côtes de la Sicile.
Ce matin Camerone est mouillé devant la charmante cité de Taormina.
*********
Cette petite ville de la Sicile surnommée :"le Saint tropez sicilien" peut assumer la comparaison, par sa fréquentation touristique.
Mais Taormina c'est surtout son héritage historique. Son histoire remonte à l'an 358 avant Jésus Christ et ses antiquités architecturales sont très présentes. On peut visiter entre autres son théâtre antique. Bien entendu cette cité a subi bien des assauts et elle fut en partie détruite par les arabes.
Maintenant ce charmant petit bourg, est entièrement dédié aux touristes, qui peuvent admirer ses petites rues et ses monuments historiques.
On peut regretter cependant que soient venus se greffer tout ces commerces connexes mercantiles qui n'ont rien à proposer comme produits locaux.
Délaissant Taormina, Camerone poursuit sa descente vers le sud. Sa prochaine escale était Catania (Catane), mais le manque de vent, les oblige à s'amarrer dans le port de Riposto. Marcus comme il aime, se rend tôt le matin au marché de la ville et parcourt avec plaisir et curiosité les étales très fournis des commerçants volubiles. Il compare les prix, contrôle si les melons sont murs et la salade fraîche. Mais c'est surtout les poissons qui retiennent son attention. Ce matin son choix se porte sur un beau morceau de thon, qu'il voit déjà cuit au four avec un peu d'huile d'olive et quelques oignons.
Dans l'après midi, un léger souffle faisant frémir le pavillon national, l'équipage s'empresse de larguer les amarres et de hisser les voiles. mais à peine ont-ils parcouru quelques milles, que le maigre vent s'est essoufflé et le moteur vient se substituer aux voiles.
Ils pénètrent en début de soirée dans le grand port de Catania. A faible allure, le voilier cherche un emplacement à quai pour s'amarrer. Nos équipiers les jumelles aux yeux cherchent une hypothétique place sur les pontons. Mais ceux ci semblent complets. Quand un homme sur un quai tout au fond du pont leur fait de grands signes.
Sur ses indications, ils viennent s'accrocher entre deux autres voiliers sur un quai, le long de la jeté
A cet endroit, les eaux stagnantes du port maintiennent en surface toutes sortes de détritus (voir photo).
Qu'à cela ne tiennent, ils ont une place pour leur voilier et la ville est à deux pas. Certes, pour prendre une douche dans le bungalow situé à quelques deux cent mètres, il faut préalablement écarter délicatement du pied, les cafards qui ont élu domicile dans la cuvette de la douche.
Et comme à leurs habitudes dorénavant bien établies, après les ablutions du bateau, et la dégustation des succulentes lasagnes préparées par 2J, chacun part à la découverte nocturne de la grande ville.
Si nos équipiers n'avaient préalablement connu Palerme, ils eussent certainement été surpris par l'ambiance très conviviale et presque euphorisante de cette ville, mais ils retrouvèrent avec plaisirs cette atmosphère qu'ils avaient déjà gouttée quelques semaines auparavant.
Au matin, alors que Léo beurrait sa troisième tartine de nutella, Arno un plan de la ville à la main, contait ses rencontres nocturnes.
La matinée fut consacrée pour certains à l'envoi et à la réception de courriers électroniques, pour d'autres à parcourir le marché du port et à l'achat de quelques pièces nécessaires pour l'entretien du bateau. L'après midi, notre équipe sous la direction du guide Arno, visita la plus part des monuments et quartiers symboliques de la ville dont l'histoire remonte à plusieurs siècles avant J.C. et dont un tremblement de terre détruisit la plus grande partie de la ville.
Comme dans toutes les villes visitées, celle ci ne déroge pas par le nombre important de ses monuments: Églises, châteaux, Théâtres, jardins, etc... Ils purent de nouveau revoir ces ruelles étroites avec ses maisons aux balcons sculptés.. Mais nos équipiers purent aussi constater que les italiens confirmaient leur réputation dans leur façon de conduire ou de garer leur véhicule et qu'il convenait de bien regarder les voitures qui arrivent à vive allure et qui ne s'arrêteront pas à un passage sois disant pour piétons.
Avant de retrouver leur ponton et Léo qui les a précédé et qui doit être en train en ce moment de préparer le barbecue et le poisson du dîner, Marcus passe quelques instant dans un cyber pour télécharger des cartes météorologique.
Le petits rougets grillés sont excellents et les conversations tournent autour des activités du lendemain.
- Ils vont gagner réaffirme 2J. Il vont gagner par deux buts d'avance.
- Contre qui on joue, demande Marcus très au fait de la chose footballistique ?
- La Corée, précise Léo.
- La Corée, je ne savais même pas qu'elle avait une équipe de football répond Marcus sarcastique.
En tout cas, On quitte cette marre à cochon en fin soirée dès que les vents thermiques se lèveront.
Donc demain, escalade de l'Etna puis match de foot.
Sur les traces d'Ulysse: La Grèce Depuis trois jours Camerone était amarré au ponton de Syracuse (Siracusa) à proximité du centre de la ville au côté d'un splendide yacht italien. Une longue esplanade jouxtait le quai sur laquelle venaient déambuler tard le soir des promeneurs alors qu'un souffle léger rafraîchissait une atmosphère surchauffée par la chaleur du jour. Avec curiosité ils observaient les bateaux à quai et Camerone n'échappait pas au regard des noctambules plus particulièrement quand l'équipage dînait dans le cockpit.
La visite de la ville de Syracuse, n'a pas enthousiasmé nos voyageurs après les merveilles qu'ils ont précédemment découvertes en Sicile. Marcus avait pourtant vanté les charmes de cette cité antique en fredonnant la chanson de henry Salvador: "J'aimerais tant voir Syracus, ses grands palais… etc... Il fut déçu et perdit un temps sa bonne humeur que même 2J ne put lui faire recouvrer par quelques morceaux de Mozart joués sur sa clarinette.
Il trouva toutefois satisfaction en parcourant les étales du vieux marché en remplissant son sac à dos de tomates, concombres, melons et autres légumes et fruits dont les prix feraient envier les ménagères Françaises.
Arno, grand amateur de baignade et de longues distances parcourues à la nage, trouva néanmoins à se satisfaire devant une minuscule plage au pied des remparts. Ils eurent également le temps de parcourir internet dans les deux cybers et surtout, continuer de déguster comme chaque après midi, les célèbres glaces italiennes.
Mais ils avaient une préoccupation. C'était la météo. Voilà en effet, plus d'une semaine qu'un anticyclone était centré sur la Sicile et qu'en dehors de la chaleur qu'il envoyait, il se caractérisait surtout par une absence de vent. Or il était temps que notre équipage quittât la Sicile s'il voulait respecter leur planning.
Deux fois par jour, Marcus téléchargeait sur internet les cartes météo de la région et analysait durant de longues minutes les opportunités et les créneaux favorables où ils pourraient atteindre les côtes Grecque. Quoique celles-ci ne fussent pas très favorables, ils décidèrent de lâcher les amarres le vingt deux juin dans la soirée avec l'aide d'un vent thermique et malgré le match de football de l'équipe de France. De fait, ce ne fut que vers minuit qu'ils purent enfin couper le contact du moteur et hisser toutes les voiles.
2J, malgré sa déception de n'avoir pu suivre le match à la télévision assurait le quart. Un souffle léger rafraîchissait le cockpit alors qu'à l'intérieur du voilier l'air était encore surchauffé par la chaleur de la journée. Arno, dans sa grande cabine à l'avant, trouvait difficilement le sommeil entre le bruit de moteur, puis les bruits des winchs que 2J actionnait pour hisser et régler les voiles.
Léo s'était rapidement endormi après qu'ils eurent quitté Syracuse. Il se retournait fréquemment sur sa couchette étroite et l'on pouvait se demander comment il faisait pour ne pas chuter à bas de celle-ci alors que le voilier se balançait d'un bord sur l'autre sous l'effet d'une forte houle.
Dans sa cabine à l'arrière, Marcus, allongé nu sur sa couchette ne dormait pas. Il rêvait d'une douche glacée qui eut débarrassé son corps de la moiteur qui l'étreignait. Il calculait aussi, le potentiel et le carburant qu'ils consommaient en l'absence de vent.
Les voiles continuaient de battre dans les gréements et cela agaçait Marcus et l'empochait de se détendre..
Les quarts se succédaient. Ils alternaient les bords, tentant de saisir la moindre brise, la plus petite risée. Léo courrait d'un bord à l'autre, de la proue à la poupe pour border une écoute ou étarquer une drisse. Il se renfrognait chaque fois qu'ils étaient contraints de recourir l'aide du moteur et se plongeait alors dans sa lecture du moment : "Rouge Brésil" . A son arrivée à bord, Léo se targuait de n'avoir jamais ouvert un livre, ce qui avait désolé Marcus. Aujourd'hui, Léo poursuivait la lecture de son troisième roman, ce qui satisfaisait beaucoup Marcus, car, s'il ne pouvait lui en apprendre sur la manœuvre d'un voilier, il pourrait au moins lui faire apprécier le plaisir de la lecture d'un bon livre.
Au cours des jours et des nuits suivantes, l'allure alternait entre zéro et huit nœuds. Ils purent, alors que leur voilier poursuivait à faible allure poussé par la houle, plonger dans l'eau fraîche de la mer Ionienne et s'ébattre parmi un banc de thons.
Le troisième jour la mer est plate, le vent absent et le thermomètre extérieur affiche 47°.
L'île d'Itarque dans les îles Ioniennes est atteinte en fin de matinée. Camerone jette son ancre dans une petite baie devant une plage de sable jaune entourée de collines boisées. Ils sont seuls dans cet endroit isolé sans aucune trace de présence humaine. Ce mouillage pourrait être celui recherché par tous les navigateurs qui rêvent d'exotisme et de solitude.
Ils plongent très vite dans cette eau bleue verte transparente. 2J effectue ses premières apnées profondes alors que Marcus prend son premier bain de l'année. quant à Arno, il part pour une de ses longues nages qu'il affectionne alors que Léo masque et tuba sur le visage, vérifie la position de l'ancre.
Il fait de plus en plus chaud, et l'absence d'un souffle d'air rend encore l'atmosphère plus moite et pesante. Le soir, alors que le soleil décline à l'horizon, ils dînent dans le cockpit. Seul le bruit du ressac sur les rochers trouble le silence dans cette petite baie à l'ouest de l'île d'Itarque.
Le lendemain dès six heures trente, ils remontent l'ancre et gagnent avec le peu de vent saisi le petit port de Kriques et prennent ainsi contact pour la première fois avec un village grec. De village en fait, ce n'est juste que quelques maisons blanches nichées entre deux flancs de montagnes boisées.
Dès les amarrages tendues, ils s'attablent à la petite taverna du port et dégustent un solide petit déjeuner grec à base de yaourt au miel.
Ils peuvent dorénavant partir sur les traces d'Ulysse, ce célèbre héros grec, roi d'Itarque qui s'empara par ruse de la ville de Troie, puis après un long et périlleux voyage regagna son royaume d'Itarque malgré les obstacles mis par les dieux sur son chemin.
Or donc, voici l'équipage de Camerone qui débute son troisième mois de voyage par la péninsule Péloponnèse.
Nous les retrouvons ce jour amarrés devant la ville de Vathi, reconstruite à l'issue d'un tremblement de terre au siècle dernier. Cette petite bourgade Grecque, n'a rien de spécifique à montrer si ce n'est sa longue baie profonde bordée de hautes collines verdoyantes. Quelques rues commerçantes avec les habituelles échoppes de fruits et légumes que le soleil finit de brûler. Une longue jetée sur laquelle sont installées les terrasses des bars et autres tavernas locales que remplissent en fin d'après-midi, les vacanciers débarqués des nombreux voiliers de location qui viennent s'amarrer.
Compte tenu de la chaleur, les activités se sont réduites et les bains occupent désormais une bonne partie du temps. A l'issue du déjeuner, chacun tente de trouver un coin de fraîcheur dans le bateau pour une courte sieste. Puis, si les vents sont absents, chacun se replonge dans ses acticités favorites. Après Arno, c'est autour de Léo et de 2J de découvrir l'histoire d'Ulysse à travers le récit qu'en fit Homère dans l'Iliade et l'Odyssée.
Leur Héros est maintenant très actif dans les conversations du bord, et chacun recherche une trace de son passage sur Itarque. Ils ont ainsi visité une grotte qui devait selon Homère contenir le trésor d'Ulysse. Ils ne trouvèrent rien en dehors des traces de quelques touristes indélicats.
A la tombée de la nuit, et alors que l'air devient plus respirable, les pontons s'animent. Sur celui de Camerone, Léo s'active derrière le barbecue sur lequel grille quatre grosses cuisses de poulets, alors qu'Arno dans le carré derrière la cuisine confectionne un de ses gâteaux dont il a toujours le secret et qui régale le bord. Ce soir ce sera un Crumble.
Bon appétit.Depuis quelques jours, le voyage est erratique. En effet, l'absence de vent est presque totale et ils doivent pour avancer profiter des quelques risées que Éole distribue parcimonieusement. Ils progressent de quelques milles, puis lorsque totalement déventées les voiles pendent désespéramment, et que le voilier est immobilisé sur une mer d'encre, ils plongent pour un bain rafraîchissant. Mais ils doivent atteindre en début de semaine prochaine le canal de Corinthe et par conséquent, poursuivre d'abord dans le golfe de Patras. Une nouvelle nuit en mer durant laquelle, il batailleront avec le vent qui se joue d'eux et qui semble les avoir abandonnés. Mais ils leur faudra aussi franchir de véritables barrages fait de lamparos puissamment éclairés par des projecteurs à gaz et que disposent les pécheurs grecs en travers du golfe.
Enfin vers quatre heures du matin Camerone vient coller son étrave à celle d'un petit bateau de voyage allemand dans la marina du port de Patras..
A suivre.... Juillet 2006