Au pays d'Ulysse
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Vous l'aurez
Vous l'aurez sans doute compris, c'est du grec !
Patras, La Capitale de la Péloponnèse, et une des plus grandes villes de Grèce accueille Camerone et son équipage.
La marina est située non loin du centre ville, ce qui facilite le ravitaillement du bord, et un cyber avec plus de trente ordinateurs se trouve à moins de deux cent mètres et est ouvert 24/24. Voilà pour l'essentiel puisque les nombreux bars équipés d'un poste de télévision diffuseront les rencontres de la coupe du monde de ballon rond, ce qui satisfait 2J. Le thermomètre ne redescend plus en dessous de trente degrés et le vent qui aurait pu apporter un souffle rafraîchissant est toujours absent.
Ils ne s'attarderont pas à Patras. Une visite au centre ville, la découverte du plat traditionnel grec pour Marcus, l'avitaillement effectué et les courriels envoyés, Camerone reprend sa route vers Corinthe. Car le souci principal de Marcus est l'absence de vent qui perdure maintenant depuis plus de dix jours. Donc chaque petite brise est mise à profit pour parcourir quelques milles supplémentaires.
Un léger vent d'ouest étant annoncé pour la soirée, ils quittent Patras dans l'après midi alors que la France doit affronter le Brésil en quart de finale. Les pronostiques vont bon train dans le bateau. Et l'impératif de 2J est que Camerone soit amarré non loin d'une taverna ce soir. Présentement, Marcus ne sait pas quelle direction prendre. Le vent se montre versatile. Un moment il souffle du nord, puis un autre de l'ouest,puis après s'être arrêté, revient par l'est dans la direction que devrait prendre Camerone. Il faut sans cesse, replier les voiles, changer de direction et suivre le vent. la nuit tombe, ils n'ont avancé que de quelques milles. Marcus est exaspéré et 2J s'inquiète pour son match. Pourtant dès la nuit bien établie, le vent se renforce. Mais il faut trouver rapidement un endroit pour mouiller et se mettre à la recherche d'un bar équipé d'un téléviseur. A son habitude, Marcus, peu enclin à suivre les exploits des "pousseurs de ballons" comme il dit, assure la garde à bord du bateau. Durant les heures qui suivent, la mer s'agite, la chaîne se tend, l'aiguille de l'anémomètre grimpe sur son cadran. Il tourne, et tourne dans le cockpit, se désespérant qu'ils ne puissent bénéficier de ces bonnes conditions météo pour atteindre Corinthe. Enfin, vers minuit, les trois équipiers regagnent le bord. 2J exulte.
- Les brésiliens ont été inexistants et tu as vu cette passe de Zidane.
- Et tu as vu le vent que l'on est en train de perdre, ajoute Marcus nerveux. C'est pas Zidane qui va nous pousser jusqu'au port de Corinthe. Le match de foot, nous a fait perdre cinq heures de vent.
Aller on remonte l'ancre et l'on s'en va.
L'équipage s'active en silence. les gestes sont désormais rapides et précis.
Toute la voilure est envoyée. Camerone file un bon six noeuds. Puis quasi instantanément, le vent cesse. C'est la consternation chez Marcus qui assure le quart. De dépit il affale toutes les voiles et laisse le bateau dériver dans l'attente du retour salvateur du vent. Celui ci réapparaîtra dans une autre direction puis de nouveau cessera. Ce manège désenchanté durera toute la nuit. Quand de plus, un orage viendra rafraîchir l'atmosphère. La journée suivante, ne sera pas plus favorable à la navigation. A plusieurs reprises ils auront recours au moteur du bord pour continuer d'avancer. Au soir, épuisés et transits de froid, ils s'amarreront au bout d'un ponton en bois dans le petit port de Corinthe.
Dès le lendemain matin, Marcus, jumelle sur les yeux, scrute l'entrée du Canal de Corinthe qu'ils doivent emprunter pour déboucher dans la mer égée. Les renseignements qu'il a lus sur les modalités pour franchir ce canal long de trois milles et de moins de vingt cinq mètres de large sont confus.
Il est sept heures, tout l'équipage est sur le pont.
- Arno, tu appelles les autorités sur le canal onze et tu leur demandes quand l'on peut s'engager dans le canal dit Marcus en tendant un poste émetteur récepteur à Arno.
La réponse ne tarde pas à venir. Camerone pousse son moteur et s'engage immédiatement dans le canal derrière un autre voilier que précèdent un paquebot de croisière aussi large que le canal.
La progression s'effectue au ralenti, freinée par le paquebot qui racle de ses flancs régulièrement les bords du canal en projetant dans l'eau de la terre et des pierres. Enfin, ils rentrent en mer Égée non sans être acquitté de la somme de 191 euros, correspondante au droit de passage. Ce qui fait du canal de Corinthe le canal le plus cher, par rapport à la distance franchie.
Le célèbre et redouté vent de la mer Égée: le meltem est au rendez-vous. La mer est encore plate, mais les rafales s'engouffrent dans les voiles de Camerone à plus de trente noeuds. Il faut réduire la puissance du bateau. 2J puis Marcus se succèdent à la barre. Ils leur faut sans cesse orienter la proue du voilier en fonction de la force du vent. Après avoir laissé l'ile de Salamis sur leur gauche, ils découvrent au fond de la grande baie l'impressionnante mégapole, formée par le Pirée et Athènes.
La première tentative pour obtenir une place dans la marina du Pirée échoue.
- Il fallait réserver; il n'y a pas de place, annonce le préposé grec venu en zodiac à la rencontre de Camerone. Ils iront alors s'amarrer sur un quai en béton à l'entrée du port du club nautique d'Athènes.
- Tu as vu Marcus, on est juste en face Carrefour. dit 2J avec un grand sourire.
En effet, l'hypermarché de la célèbre marque dresse ses trois étages en bordure de mer.
- C'est parfait, on va pouvoir remplir trois sacs à dos, répond très sérieusement Marcus.
- On aperçoit le Parthénon et le grand stade indique Arno.
Le séjour dans la capital de la Grèce peut débuter.
Le lendemain matin, c'est d'abord aux magasins d'accastillage pour bateaux qu'ils se rendent afin de trouver une pièce pour Camerone. La langue grecque n'est pas un problème, une grande partie de la population parle l'anglais. Ce qui l'est plus, c'est les panneaux indicateurs et les informations écrites qui sont rédigés en grec. Et après que nos linguistes du bord ont transposé les lettres cyrilliques dans leur correspondance latine, tout semble plus clair, sauf pour Marcus qui préfère ne pas chercher à savoir.
- On va faire une première visite cher "carrouf" voir le prix du kilo de tomate.
C'est ainsi que débute la visite de nos voyageurs dans la ville antique où quatre mille cinq cent ans d'histoire les attendent.
Depuis quelques jours, Léo semble perturbé, et même par moment inquiet.
- Ca va Léo lui demande régulièrement Marcus un peu sarcastique ?
-Ca va répond, Léo en souriant derrière ses lunettes.
Il est vrai que Léo est très impatient. Faustine, sa bien aimée, vient passer quelques jours à bord du voilier, et il a hâte d'aller la chercher à l'aéroport.
Camerone est en fait amarré, à proximité du port du Pirée, non loin de la flotte nombreuse de ferries. C'est donc par la ville très animée du Pirée que débute réellement la découverte de la grande métropole grecque.
Ils déjeunent dans une petite taverna au coeur du marché, puis découvrent le métro qui les conduit au centre ville d'Athènes non loin du coeur historique de la Grèce.
Derrière Arno, le plan de la ville déployé, ils s'engagent dans le grand parc de l'Acropole où se trouvent les principaux temples dont celui du Parthénon.
Bien que l'on soit en semaine, il y a beaucoup de touristes dont la plupart sont étiquetés et regroupés derrière un guide. Un temple, puis un second, un passage au musée, puis enfin sur la colline, les plus célèbres d'entre eux qu'entoure tout une armature d'échafaudages métallique, ce qui désole un peu 2J pour sa collection de photos. Marcus, lui est en admiration devant le travail de reconstitution, d'assemblage et de collage qui a été effectué sur les milliers de statues, vases et bas reliefs présentés ici, alors qu'Arno et Léo après leur lecture très assidu des récits d'Homère s'entretiennent très doctement sur la vie de la déesse Athéna. Leur visite s'achève par un passage au célèbre marché aux puces de Monastiraki.
Épuisés, mais ravis, ils regagnent le bord.
Demain sera une nouvelle journée de découvertes.
A suivre....dans les îles des Cyclades.
Les Cyclades du nord.
(Ensemble d'îles comprenant les îles de : Kéa, Kitnos, Siros, Andros, Tinos, Mikonos, Delos, Rinia.
Longeant les côtes après avoir quitté Athènes, Camerone, fait une courte étape au pied du temple de Poséidon dans la baie de Sounion.
Lord Byron est supposé avoir écrit quelques lignes:
"Colonnes de marbre de Sounion
Ou rien n'arrête les vagues
Ou je peux entendre nos murmures s'effacer."
En guise de vers, 2J ne trouve que des graffitis laissés par les visiteurs, et de murmures, ce ne sont que les commentaires diffusés par les guides qu'entourent une pléthore de touristes tout juste débarqués des cars climatisés, bardés d'appareils photos, de téléphones portables, une bouteille d'eau à la main, la peau blanche enduite de produits solaire graisseux.
La petite baie fort sympathique avec sa petite plage, est rapidement envahie par les cohortes de baigneurs venues en voiture d'Athènes et de voiliers qui se pressent autour de Camerone. Ce sont les prémisses de l'affluence des vacances qui débutent.
Le huit juillet l'équipage célèbrent l'anniversaire de 2J. Après la remise d'un cadeau représentant la déesse Athéna, 2J se voit conférer le " premier penon" qui symbolise amicalement ses connaissances nautiques acquises. Puis Arno apporte sur la table un succulent gâteau qui fera le régal de l'équipage.
Mais l'anxiété gagne certains membres de l'équipage. Demain est en effet le grand jour. Et 2J est impatient de savoir dans quelle taverna il regardera son "idole" apporter à la France sa deuxième victoire.
- Marcus, où va-t-on être ce soir, il faut absolument que je sois devant un écran à vingt et une heure ?
Le nez sur la carte, ce dernier reste silencieux quelques instants avant de répondre.
- Nous serons sur l'île de Kéa, maintenant, il n'est pas indiqué sur la carte si l'endroit où l'on s'amarrera aura un bar équipé d'un poste de télévision.
- Tu sais que c'est essentiel pour moi, et c'est le dernier match.
Partis de bonne heure, ils arrivent tôt au nord de l'île de Kéa dans le petit village de Nikolaou. Ils s'amarrent au quai en béton à quelques distances des ferries. Le quai est très animé. De nombreuses taverna sont installées tout le long du quai. Des pêcheurs vendent leur pêche à partir de leur embarcation. Des petits camions proposent à la vente des primeurs. L'endroit est fort sympathique.
2J qui a débarqué rapidement dès l'accostage, revient tout enthousiaste.
- C'est extra, on est juste amarré en face d'un bar avec un super écran de télévision, et ils m'ont dit qu'ils diffusaient le match ce soir.
Marcus, qui vient de terminer les procédures d'amarrage peut effectivement constater que la poupe du voilier n'est qu'à quelques dizaines de mètres des bars et que du cockpit on distingue les postes de télévision.
- Et y a même une cabine téléphonique à coté ajoute t-il en direction de 2J.
Au cours de l'après midi, plusieurs voiliers viennent s'amarrer à proximité de Camerone. l'ambiance monte. Dès vingt et une heure, des terrasses retentit l'enthousiasme de différents supporters. Pendant ce temps, Marcus dort paisiblement dans sa cabine, insouciant de l'enjeu en cours. Il est vrai qu'il a souvent manifesté son aversion pour le monde footballistique, qu'il assimile plus à des saltimbanques qu'à des sportifs qui pratiquent leur disciple avec passion, abnégation et altruisme.
Malheureusement, au matin quand 2J lui commentera navré et dépité, non par la défaite honorable de l'équipe de France, mais par l'attitude inadmissible du capitaine de cette équipe, donné en exemple à la jeunesse française, il aura à l'égard de 2J comme de millions d'autres supporters un instant de compassion mais aussi de regret que les journaux poussés en cela par les multinationales qui investissent sur des symboles commerciaux, aient aux travers de leurs supports pu se montrer aussi dithyrambe à l'égard d'un homme qui ne symbolise en rien les valeurs que l'on peut attendre du héros de la jeunesse.
Marcus repense aux articles du journal "Le monde" qui traînent sur la table du carré.
"Zidane : une icône française" et de la photo l'accompagnant, représentant l'abbé Pierre au coté de Zidane. Quel non sens, quelle contradiction, quelle antinomie, quelle dissonance, quelle dissimilitude, comment un pays qui se targue d'incarner les valeurs de respect et de générosités, véritablement symbolisées en la personne de l'abbé Pierre, a t-il pu lui associer un simple joueur de ballon aussi doué soit-il, mais qui n'incarne en rien les valeurs qu'on lui attribut.
*****Camerone a quitté doucement, presque subrepticement au lever du jour l'île de Kéa. A la sortie de la baie, le vent du nord, le Meltem montre déjà sa force. La mer est achée par les vagues couvertes d'écume blanche. Les premiers milles sont difficiles à franchir, il faut remonter au nord et donc face au "monstre de la mer Égée" qui tend à souffler de plus en plus au fur et à mesure que le voilier s'éloigne de la côte. Quand Camerone incurve sa route vers le sud, les vagues viennent le frapper avec force sur son travers. Il est secoué violement de bâbord à tribord. Des bruits de chute d'objets se font entendre du cockpit. Les voiles sont réduites, mais le voilier avance très vite. Léo qui tient la barre observe sur l'anémomètre des rafales de plus de cinquante nœuds. La distance qui les relie jusqu'à l'île de Kytnos est rapidement couverte. Poussés par le vent, ils accèdent dans le port de Loutra qui n'a en fait de port que le nom, car en dehors d'un quai et d'un ponton, il n'y a aucune autre installation portuaire. Mais l'endroit est sécurisant et de nombreux voiliers s'y sont réfugiés en attendant que la force du meltem diminue. Toutes les places étant occupées à l'intérieur de bassin, Camerone est amarré le long de la digue. L'endroit est un peu houleux, mais la promiscuité des autres plaisanciers évitée. Devant est également accosté un voilier de location avec à son bord un couple de français et leur jeune fille. Ils semblent un peu surpris par le vent qui secoue leur bateau le long de la digue et sont content de notre arrivée.
La visite de Mykonos effectuée et les plages naturistes visitées par Arno et Marcus, Camerone reprend la mer. C'est sans regret que nos voyageurs quittent cet endroit "branché" où en dehors des très nombreux restaurants, il n'y a pas une boulangerie !
- Nous sommes là depuis hier après midi, dès que le vent s'est levé et nous voudrions bien nous mettre à couple à l'abris dans le bassin, mais nous avons peur de manœuvrer seul le voilier, est-ce que vous pourriez nous aider explique l'homme.
- Pas de problème répond immédiatement Marcus. Léo, Arno, vous embarquez.
Depuis deux jours, le vent se déchaîne sur les îles grecques. Dans le petit port, les voiliers serrés les uns contre les autres, s'entrechoquent et leurs drisses tapent avec régularité sur les mâts. Dans les cockpits, les vacanciers attendent une accalmie en scrutant l'horizon et la mer agitée.
Mettant à profit cette halte prolongée, l'équipage de Camerone part à la découverte de l'intérieur de l'île. Car trop souvent pressés par le temps et l'envie de reprendre la mer, ils n'ont de vision que la carte postale touristique mise en évidence. Mais derrière la carte postale il y a un pays et une autre image.
Le chemin de terre poussiéreux monte doucement. De part et d'autre de grandes collines arides ou s'entremêlent cailloux et courte végétation ocre brûlée par le soleil. Sur le plateau, la maigre végétation a disparu pour laisser place à la terre marron dans toute sa nudité. Les moutons comme les quelques vaches de l'île semblent pourtant trouver leur pitance. Le petit village dans lequel pénètre notre équipage présente les mêmes caractéristiques que ceux observées jusqu'à présent. Rues étroites, bordées de maisons aux murs chaulés et volets et rambardes d'escaliers de couleur bleue.
- Ça manque de vie fait remarquer Léo.
En effet, les rues sont désertes et les tables dressées des tavernas attendent les clients. Mais les touristes ne sont pas là. Alors les tables seront rentrées comme tous les soirs. Ils déjeunent seuls à leur table, d'un civet de lapin. Ils regagnent ensuite le bord et attendent comme tous les marins que le Meltem se calme.
La nuit le vent tombe et puis reprend au matin soulevant des écumes blanches sur la mer sous le regard consterné des plaisanciers qui ont loué pour quelques jours un bateau et qui sans grande expérience de la navigation par gros temps n'osent pas s'aventurer hors des ports.
Camerone avec son équipage chevronné s'est maintenant habitué à ce type de navigation. Et dès la sortie de l'abri, le Meltem se précipite sur eux, mais le peu de voilure qu'ils ont envoyé leur permet de canaliser la force des bourrasques.
La multitude d'îles que recèlent les Cyclades fait qu'il est difficile de les visiter toutes. Le choix est donc dicté d'une part par l'intérêt que décrivent les guides nautiques ou touristiques et la direction dans laquelle souffle le vent d'autre part.
Cependant, aujourd'hui, le voilier mouille dans une petite baie à l'ouest de l'île de Rinia. Après les mouillages et les amarrages surencombrés, ils sont seuls à se balancer doucement sur cette eau turquoise face à cette île désertique où quelques moutons broutent une maigre végétation jaunie. La curiosité pour cette île qui semble dépourvue de toute habitation, pousse 2J et Marcus à en entreprendre sa reconnaissance.
Ils débarquent en zodiac sur la petite plage à proximité d'une retenue creusée dans le sol et dans laquelle croupie de l'eau saumâtre.
Ils entreprennent l'escalade entre les pierres d'une colline pas très élevée. Sur le plateau, ils découvrent quelques toutes petites maisons carrées blanches et qui semblent abandonnées. Ils marchent difficilement sur ce terrain qui est barré de murets de pierres qui devaient servir à délimiter des enclos pour les moutons.
- Tu te représentes 2J le nombre d'années et certainement de siècles qu'il a fallu à des générations de bergers pour clôturer ainsi cette île de kilomètres de murets dit Marcus dubitatif devant l'étendue des clôtures. Cela me rappelle un peu celles que l'on retrouve en provence.
Arrivés au bord d'une falaise, ils découvrent les restes d'un petit temple qui semble ici totalement oublié et à l'écart des visites des cohortes touristiques.
De l'autre côté du chenal, en face d'eux, l'île de Délos qui fut le centre politique et religieux de la Grèce antique. D'après la légende, ce serait aussi le lieu de naissance d'Apollon. C'est ainsi que cette île devint le centre du monde antique.
Cette île est interdite de mouillage aux plaisanciers et son accès par les touristes, contingenté par la navette des ferries. Son site rassemble un vaste ensemble de vestiges et de ruines, que notre équipage visita par "bordée" après avoir non sans difficulté mouillé leur voilier sous le vent d'un îlot à proximité de Délos. Ils purent constater qu'aucun autre voilier ne s'aventurait dans cette zone soumise à un vent violent dans le chenal.
Dans l'après midi, ils quittent leur mouillage et prennent la direction de la célèbre île de Mykonos toute proche. Le Meltem ne baisse pas d'intensité. Le voilier, dès que le vent s'engouffre dans ses voiles pourtant réduites, gîte et, ce qui n'est pas correctement rangé dans le carré valse. Ils rentrent dans la baie d'Osmos, à quelque deux milles de la ville de Mykonos. À proximité de la côte, face au vent, Arno qui est à la barre, manœuvre de façon à pourvoir amarrer l'arrière du voilier aux rochers à l'aide d'une longue amarre. Marcus au mouillage, lui donne ses ordres en hurlant tout en se préparant à lâcher l'ancre.
- Tu avances sur bâbord en te serrant sur le yacht. La clameur du vent couvre sa voix. Et quelle est la profondeur ?
- Quatorze mètre retransmet Léo accroché aux haubans.
- D'accord, c'est bon, point mort, je lâche l'ancre.
Très vite, les mètres de chaîne se déroulent dans un bruit de ferraille et gagnent le fond de la mer. Marche arrière, lentement. Marcus observe les trente mètres de chaîne, déroulés et qui vont se tendre vers l'horizontale et la tension qui va s'exercer sur l'ancre. Rien, la chaîne continue de prendre. Léo intervient en gueulant en direction de Marcus.
- On a des problèmes avec le moteur.
Marcus rejoint Arno toujours à la barre et celui-ci incrédule, lui explique rapidement que le moteur émet un bruit anormal et le bateau ne recule plus.
Marcus, comprend de suite. En effet, avec un vent d'une telle force, une ancre qui ne veut pas accrocher et un moteur en panne, la situation est critique. Poussé par le vent, le voilier se rapproche d'un îlot rocheux.
- Marcus, Marcus, c'est Léo, penché au-dessus de la jupe. C'est un bout qui s'est enroulé dans l'hélice, je le vois d'ici.
- D'accord, 2J tu plonges et tu vas voir ce que tu peux faire. Léo, avec moi, on va lâcher tout le mouillage.
Toute la chaîne sort à vive allure de la baille, suivie par le cordage. L'ancre de Camerone ripe toujours sur le fond, et le voilier continue de dériver vers les rochers poussé par la violence des rafales. Marcus rejoint le cockpit. Arno et Faustine, la nouvelle équipière, ont préparé une ancre plus grosse, mais les fonds sont maintenant trop profond pour que l'on puisse l'utiliser.
- 2J, qu'est ce que cela donne ?
2J, masque et tuba sur le visage reprend son souffle.
- On s'est ramassé une ancre avec notre orin et c'est lui qui bloque l'hélice.
- Ok, répond Marcus, soi tu es en mesure de me libérer très vite l'hélice, soi on remet les voiles et l'on .
dégage d'ici avant d'aller tâter les rochers.
Sans répondre, 2J replonge. Marcus repart, à l'avant, alors que Léo a déroulé tout le mouillage ; cent mètres de chaîne et de grosse corde. Tous les deux, observent l'avant du bateau qui doucement tourne sur lui-même et amène son nez face au vent, ce qui indique que l'ancre a enfin accroché les fonds et qu'ils ne dérivent plus. Léo et Marcus se regardent, ils n'échangent qu'un sourire. Le profondimètre indique plus quarante mètres de fond.
À l'arrière, 2J brandit l'orin qu'il a tranché avec son couteau de plongée et qui a libéré l'hélice. L'équipage est soulagé. Un bateau anglais qui avait compris la situation du voilier s'était approché. Arno le rassure et le remercie.
Le moteur, au ralenti, Léo, 2J et Marcus, entreprennent lentement de remonter le mouillage. Il faudra conjuguer tous leurs efforts pour parvenir à enrouler les kilos de chaînes.
Les bras endoloris, mais satisfaits, ils mouillent enfin devant la très belle plage d'Ormos sur l'île de Mykonos, accompagnés par la musique qui sort des dés grosses enceintes des bars tout proches.
- Allez les enfants, ont "fait clair" le bateau, et à nous les plaisirs de Mykonos, annonce Marcus déjà tout excité.
Et où les vacanciers s'entassent le jour sur les plages, allongés sur des transats alignés comme à la parade, et le soir se retrouvent dans les nombreux bars.
L'on perçoit bien que ce qui attire ce tourisme hétérogène ce sont les décibels des nombreuses enceintes disposées sur les pistes de danses sur les plages et le côté festif qui va avec.
Faustine, Léo et 2J prirent le temps non sans difficulté, de confectionner une superbe île flottante pour fêter l'anniversaire de Marcus.
Ils oublièrent aussi la dernière soirée où ils durent à la suite du dérapage de l'ancre sous la force des rafales de vent s'y reprendre à quatre fois et en ajoutant une seconde ancre pour que leur voilier puisse ne plus dériver.
Plus au sud à quelques vingt milles se trouve Naxos, la plus grande île des Cyclades qu'ils atteignent le dix sept juillet.
Cette île qui n'a pas la notoriété de sa soeur du nord a néanmoins autant de charme et plus de naturel. A parcourir les petites ruelles de la vieille ville, le voyageur est agréablement surpris de ne pas trouver le côté factice, artificiel ou fabriqué de Mykonos, mais au contraire, tout le charme d'un petit village pittoresque et original.
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Après les Cyclades du nord, puis les Cyclades du centre, nous retrouvons nos voyageurs dans les Cyclades du sud. En particulier dans les îles de Naxos, Ios, Iraclia et Santorin.
Si Naxos en dehors d’être la plus grande île des Cyclades n’offre pas de spécificités particulières en dehors du charme de ces ruelles typiques, Ios au contraire, est le rassemblement de toute une jeunesse venue du monde entier et qui débarquées par centaines des ferries, sac au dos, se retrouvent durant la journée sur les plages et le soir dans les nombreuses tavernas et club de l’île.
Au sud de l’île d’Ios, à quelques milles à peine, on découvre tout en contraste Iraclia,.petits îlots à peine peuplés et en dehors des routes touristiques.
Camerone s’amarre pour une journée derrière un ponton dans le village de Yeuryios.
Quelques maisons, une tavernas, quelques bateaux de pêche avec à bord des hommes qui remaillent leur filet constituent le décor immédiat.Après la foultitude et l’animation de la ville de Naxos, un sentiment de paix et de quiétude doucereuse s’instille chez l’équipage. Ils sont presque seuls sur ce quai. Arno et 2J profitent d’un plongeoir naturel pour effectuer quelques beaux plongeons sous le regard admiratif de Léo. Marcus, toujours en quête de nature et de découvertes profite que le Meltem les laisse en paix quelques heures pour s’enfoncer au cœur de l’île.
Extrait de son journal :
« À la sortie du village, la route laissait place à un chemin empierré, je continuais sur celui-ci alors qu’il grimpait en pente douce en direction d’une grande colline qui dominait l’île et que je souhaitais atteindre. J'avais besoin après le bruit, les lumières et les animations de la dernière escale de m'abstraire un moment et de me retrouver seul avec la quiétude que j'apprécie. De part et d’autre du chemin, des murets de pierres le bordaient. Tout autour de moi et aussi loin que se portait mon regard, je ne voyais que terre aride saupoudrée de pierres et de buissons et arbustes rabougris Pas le moindre arbre ou parcelle verte qui marqueraient la présence d’eau. Je ralentis alors que le chemin se faisait plus pentu. Je transpirais sous ma casquette et j’essuyais plusieurs fois le verre de mes lunettes de soleil, maculé par les gouttes de sueur. A un détour du chemin, alors que je me reposais assis sur un cailloux depuis quelques instants, je vis apparaître un homme monté sur un mulet lourdement chargé. L'homme n’eut aucun regard dans ma direction lorsqu’il passa à ma hauteur. Une casquette posée très en avant sur le front, voûté et penché sur l’encolure de son animal, il continua imperturbablement sa route. Je le regardais longuement s’éloigner avant qu’il ne disparaisse tel un fantôme.
Je repris doucement ma progression. Alors que j’approchais du sommet de la colline j’aperçus sur un plateau légèrement en contrebas un petit village ou au moins un hameau. À l’entrée de celui-ci, je ne pus distinguer son nom que l’on devinait inscrit grossièrement sur un écriteau de bois. Je m’engageais dans l’unique rue pavée, étroite et sinueuse comme c’est généralement le cas dans les autres villages visités pour obvier les effets dévastateurs du vent.
Des maisons toutes blanches, proprettes aux volets bleu fermés. Je m’arrêtais un instant. Tout n’était que silence, comme si le village était encore endormi en cette fin de matinée. Alors que je poursuivais sur la route, je vis devant moi un femme qui balayait devant sa porte. Mais je ne voyais que le geste ample du balai. Pas un bruit ne me parvenait. Plus loin, sur ma droite, je vis inscrit à la main, « taverna » sur le mur d’une maison dont l’apparence ne donnait pas à passer que l’on pût déguster une bière grecque dans cet établissement.
Intrigué par ce silence et cette relative absence d’habitants dans ce village qui n’avait rien d’abandonné, je poursuivais plus en avant mon investigation. Je dépassais quelques ânes qui paissaient dans un enclos et laissais sur ma gauche un vieux tracteur qui finissait de rouiller. Alors que je m’apprêtais à quitter ce village désert, je poussais en dehors de la route jusqu’à une petite maison carrée avec une seule fenêtre sans volet qui m’intriguait avec sa balançoire devant la porte qui oscillait doucement sous l’effet d’une légère brise. Je m’approchais discrètement. La balançoire n’avait pas vu d'enfants depuis bien longtemps, tant la rouille la recouvrait. Par la fenêtre, je vis quelques tables d’écoliers ainsi que ce qui me semblait être un tableau noir. J’en concluais que cela avait dû être l’école du village. Je repris la route qui plus loin se terminait au pied d'une chapelle toute blanche immaculée. J’étais toujours aussi surpris et intrigué du peu de vie que je rencontrais. Pas même l’habituel aboiement d’un chien ou le caquètement d’une poule. Rien que le silence angoissant sous un soleil de plus en plus brûlant.
Je fis demi tour et repris le chemin en sens inverse. Pendant que je descendais vers le ponton et qu’au loin je voyais la mer bleue, je réfléchissais, dubitatif et interrogatif sur ce petit village que je venais de découvrir au hasard de ma ballade à l’intérieur de l’île et qui recelait aussi peu de présence. Peut-être que l’homme rencontré sur son mulet et la femme au balai étaient les seuls habitants.
Je crois que toutes mes questions demeureront sans réponse. Je regagnais le bord toujours songeur, et me dis qu’après le séjour animé et festif de Naxos, ce village fantôme n’était peut être qu’un phantasme. »
La prochaine halte fut un retour au mouillage sauvage dans une nature intacte et vide de construction. Camerone fut de nouveau seul à l’anse.Chacun en profita pour goûter pleinement aux joies de la baignade dans une eau translucide.
Encore plus bas, au sud de l’ile de Ios dans la baie de Mangarini, ils profitèrent également d’une eau bleue et de plage de sable fin pour de longues baignades, ponctuées de siestes à l’ombre d’un livre pour les uns ou au soleil pour d’autres, adeptes du naturisme.
Enfin de soirée, et comme souvent à son habitude, le Meltem, furieux, se précipita sur Camerone qui fut pris de tremblement et tira sur sa chaîne jusqu’à la rompre dans un grincement sinistre. L’équipage accoutumé désormais à ces coups de vent dû néanmoins reprendre un mouillage.
Le jour à peine lève que Camerone tiré par son grand génois se dirige vers sa dernière escale dans les Cyclades : l’île de Santorin.
Ils ont le temps de prendre leur petit déjeuner et déjà ils s’engagent dans la caldera de Santorin. Trouver un endroit ou s’amarrer au pied des falaises que surplombe la ville de Thiria est délicat et pour le moins difficile, tant il est vrai que ce matin, bien que nous soyons au cœur de la saison touristique, Camerone est le seul voilier dans la baie.
Pour l’heure, ce qu’ils découvrent en pénétrant dans le cratère de l’ancien volcan est subjuguant. Une île en forme de croissant, faite de lave, striées par des couches éruptives successives sur plus de quatre cent mètres de haut.
On accède à la ville de Thiria sur le sommet de la falaise par un escalier de pierres de cinq cent quatre vingt marches, en empruntant un funiculaire ou alors en montant sur un des cent mulets qui transporte sur son dos les centaines de touristes débarqués par vagues successives des bateaux locaux ou des ferries.
Le soleil se couche sur les Cyclades.
Demain sera un autre jour et nous retrouverons notre équipage en chemin vers une nouvelle escale, pour de nouvelles découvertes.
A suivre.... Août 2006