Zone de Texte:
Avril 2008
Voilier : Camerone
Skipper: Marcus
Equipiers: Antoine - Alexandre
Parcours :
Baléares->Sardaigne->Tunisie.
Evénements principaux :


Mars - Avril - Mai - Juin - Juillet - Aout - Septembre - Octobre

Enfin le soleil est présent au dessus de notre voilier. Après la "mise en bouche" des premiers jours,
les habitudes sont prises et les corps se sont adaptés. Le voyage peut enfin débuter


                                     Une mer très tumultueuse



                               Un mouillage de rêve



                                            Le même


                          Une première baignade à ....15°


                              5 minutes en image 


                        http://fr.youtube.com/watch?v=s4gKo7VEQPs




 

 
Le 1 avril, le vent souffla violemment sur la baie. l'aiguille de l'anémomètre oscillait vers les quarante cinq nœuds.
Un sentiment d'impuissance et d'isolement était prégnant. Nous étions cloitrés dans le carré et la plus part du temps dans nos cabines.
Même le vol des goélands s'était interrompu.  

Les jours se suivent et selon la formule consacrée ne se ressemblent pas.

Nous mîmes les voiles, au figuré comme au réel. Cap sur l'île de Minorque. Assez de menus anglais.

Celle ci est la plus à l'est et la plus au nord des Baléares. C'est aussi celle qui essuie les plus forts coups de vent;.

En prévision d'un de ceux ci, nous nous glissâmes dans une petite crique de la côte sud où nous fûmes protégés.
Nous restâmes deux jours dans un cadre merveilleux de tranquillité et de beauté sauvage. (
voir film). mais que seuls ces premiers jours du printemps peuvent permettre avant que les hordes touristiques ne l'envahissent et ne troublassent cette eau limpide au contact de leur peau graisseuse de produit bronzant. .

Engoncée entre des falaises rocheuses creusées de grottes troglodytes, cette minuscule crique nous permit de savourer nos premiers instants d'évasion.
De belles voies d'escalades s'offraient à nos efforts, mais Marcus ne fera que les contempler. Par contre cet endroit préservé de toute construction touristique, permettait aussi la pratique du naturisme, ce que  nous observâmes (involontairement) auprès de deux pratiquantes.
C'est aussi par un long footing que nous pûmes longer les hautes falaises surplombant à plus de cinquante mètres la mer que le ciel d'une pureté de topaze rendait encore plus bleu saphir.

Mais Minorque, n'est pas que beauté sauvage. Elle est de plus en plus "vérolée" de constructions pseudo typiques d'une blancheur "mexicaine" destinées à l'habitation touristique saisonnière.
Il est un exemple caractéristique de ces ensembles immobiliers. C'est Cala Porter.
Située à moins d'un kilomètre de notre lieu idyllique cette petite ville côtière est entièrement nouvelle. Tout y est propre rectiligne et aseptisé. Mais en avril, désert. Et aucun commerce ouvert.
Ce qui surprend le plus le visiteur dans sa visite, bien que ce constat soit généralisé aux Baléares, c'est la prédominance de la langue anglaise. Toutes les inscriptions, les informations, les publicités, les enseignes des commerces, les gens, tout y est "british"
Enclave, état de fait et non de droit ! Qu'en pensent les Espagnols ?

Après tout, n'avons nous pas en France des lieux ou la langue arabe prévaut !

Nous avons quitté Minorque à l'aube naissante et alors que les goélands n'avaient pas encore commencé leur ballet aérien.
Il fallut attendre plusieurs heures pour que nous atteignons les vents salvateurs. Les côtes de Sardaigne étaient encore à 200 milles de là.
Des houles croisées faisaient vibrer le gréement de Camerone sous leur choc;
Et puis un vent du sud survint qui nous poussa à plus de sept nœuds durant trente six heures.

Entre chiens et loups, nous nous amarrâmes dans le port Sarde de Caloforte.
Bien vite, à la recherche d'une pizzeria.

Bienvenue en terre africaine

                   Agiter avant utilisation

L
e mois d'avril n'est pas propice à la navigation en méditerranée, quand de plus cette dernière est une mer des plus "brisante et cassante » pour les voiliers et leurs occupants.
Nous en fîmes une nouvelle fois l’expérience.

Amarrés seuls à notre ponton dans le port de Caloforte, il n’était pas un jour où nous ne subissions les affres du passage d’une perturbation.

Il fallait pourtant que nous poursuivions notre voyage vers le sud à la recherche du soleil salvateur pour les corps et les esprits.

Le petit port de Caloforte dans l’île Sarde de San Pietro n’est pas des plus attrayants pour un long séjour. Nous en avions vite fait le tour, malgré un long footing au cœur de l’ile
Marcus égrenait chaque matin le bulletin météo pour les prochaines vingt quatre heures. Et chaque fois c’était : "Coup de vent à fort coup de vent sur le bassin".
Pourtant un soir, nous nous déhalâmes du quai. Une pluie fine tombait sur la baie et un brouillard commençait à recouvrir les côtes sud de la Sardaigne. Malgré cela, c’était, pour le skipper la rare occasion qui nous était donnée de mettre le cap sur l’Afrique, distante de cent quarante milles.
Selon les prévisions météorologiques, nous devions aller à la rencontre d’une dépression venant de l’ouest et avec elle des vents de vingt à vingt cinq nœuds sur notre travers tribord.
Les prévisions furent exactes et précises.
Après quelques milles parcourus sous les vents de l’île de San Pietro, nous perçûmes les premiers effets de la perturbation dépressionnaire. Toute la voile fut réduite à sa plus petite surface. La trinquette se substitua à la grand voile d’avant qui fut enroulée sur son étai. Nous enfilâmes nos gilets de sauvetage et nous nous capelâmes aux lignes de vie.
Le lessivage commença. Il dura vingt quatre heures durant lesquelles Camerone fut continuellement balancé comme un bouchon malgré ses quatorze mètres d’un bord sur l’autre en reprenant après chaque passage de la vague sa gite de plus de vingt cinq degrés.
Ce soir là, il ne fut pas question de diner. Du reste, rapidement, les équipiers rendirent à la mer le repas de midi, alors que Camerone sous le commandement indéfectible de son pilote, poursuivait sa route à plus de sept nœuds.
Les grains se succédaient. A vingt trois heures, après que le jeune Alex transit de froid eut gagné difficilement sa cabine, il ne subsista dans le cockpit que le pauvre skipper accroché au garde-main et dont l’estomac présentait des signes d’indépendance.
La nuit était d’un noir d’encre et noyée dans un épais brouillard. Le voilier enfournait la mer allègrement, presque joyeusement en projetant d’énormes gerbes d’eau qui noyaient le pont.
 

 

 

 




Extrait du journal du Skipper :
« J’avais, comme cela m’est habituel, bien étudié les conditions météorologiques sur la zone, et je savais que nous aurions des vents forts sur notre travers. Ce qui ne présumait pas une navigation confortable, dès lors où il fallait s’attendre à subir les vagues latéralement. Je voulais cependant quitter la Sardaigne où je sentais le moral de l’équipage s’assombrir comme le temps. Mais l’amplitude et la force des vagues me surprirent. Peut être avais-je sous-estimé l’effet dévastateur et toute la puissance de vagues se jetant perpendiculairement sur la coque d’un bateau, et en subissions les conséquences.
A mon tour je supportais les affres du mal de mer. Bientôt je ne pus faire un mouvement sans que mon estomac ne se contractât dans des spasmes douloureux.
Durant quinze heures, je ne quittais pas ma position, assis dans la descente du roof. Je me félicitais d’avoir réduit toute la voilure opportunément, car en l’état actuel de la mer et de mon état physique, il m’eut été impossible de me rendre au pied du mat pour une manœuvre de voile.
Je remerciai « Raymond », ce cher pilote, pour son efficacité, et j’appréciai que « Géraldine » notre éolienne se donnât  à palles déployées et maintenait nos batteries chargées. J’étais fier de mon voilier et je l'aimais. Camerone bondissait vers la Tunisie et se suffisait à lui-même.

J’avais bien envisagé, comme me l’auraient suggéré mes anciens équipiers d’abattre un peu pour éviter ce choc latéral des vagues, mais en voyant le speedomètre bloqué sur huit nœuds et en prévision d’un comblement de la dépression et d’une bascule des vents vers le nord ouest, je ne fis rien.
Mais il n’en fut aussi rien. Bien au contraire, la force des vents s’accentua. L’anémomètre se stabilisa entre vingt cinq et trente nœuds. Le rinçage se poursuivi jusqu’au lendemain midi. Puis le vent faibli. Je remis le génois. Nous pénétrâmes dans l’avant port de Tabarka en terre tunisienne vers seize heures.
Comme j’aurais pu l’envisager, le moteur refusa tout démarrage. L’arrivée de carburant devant être bouchée par un dépôt remonté après un tel secouage du réservoir de gasoil. Il fallu réagir précipitamment. Les roches de la digue du port approchant  rapidement, et le voilier devenait incontrôlable. Je remis un peu de voile d’avant et demandait à Antoine, à la barre, de rester dans le lit du vent.  Je cherchais en m’approchant de la côte à bénéficier d’un fond favorable pour un mouillage. Les chiffres sur le profondimètre défilaient. 14m, 10, 8, 6, on mouille. Nous n’étions très proche des rochers.
Moins de cinq minutes pour régler le problème d’arrivée de carburant et nous faisions notre entrée dans le petit port de la ville Tunisienne de Tabarka. 
Je cherchais du regard la place que Camerone occupa l’année dernière. Occupée. Avec l’aide de notre Capitaine du port, nous nous amarrâmes le long du quai."

- Bienvenue en Tunisie, prononça très jovialement notre patron du port. Celui là même qui nous accueillit en pleine nuit l’année précédente. Reposez-vous une petite heure, puis on fait les papiers d’arrivée.

- Merci Capitaine pour votre accueil. En effet, on a besoin de souffler un peu……


A suivre…A la découverte du désert.