Préambule :

Je me décide enfin à écrire les premières lignes de mon " Journal de Bord ", aujourd'hui, 1er mai 2002. C'est ainsi ; je suis en vacances pour encore 13 mois et j'entreprends ce " travail " de rédaction le jour où personne ne devrait travailler.

Pourquoi ai-je tant tardé ? Que s'est-il passé depuis mon départ ? Où en est mon projet ?
Vous aurez les réponses à ces questions en lisant ce qui suit.

Rappel des étapes qui ont précédé le départ.

Novembre 2001 : recherche d'un bateau depuis Melun (77) : magazines nautiques et sites Internet. Plusieurs contacts. Commandes sur Internet de matériels de navigation, de cartes marines et de produits sanitaires spécialisés pour voyages tropicaux.

Décembre 2001 : début de mon CET (congé épargne temps) pour 18 mois de vacances. Toujours beaucoup d'Internet : recherche d'information sur les sites à traverser (mouillages, cybercafés…) ainsi que des aides à la navigation (logiciels cartographiques, météo…). Sélection d'une offre de bateau parmi les 70 reçues. Bon contact avec le vendeur (professionnel). Il me confirme que le bateau est " prêt à naviguer ". J'expédie un Compromis de vente le 14 décembre avec réserves sur l'état du bateau accompagné d'un chèque d'acompte de 10% du prix demandé.
Une semaine à Lyon pour saluer la famille puis fête de Noël à Marseille.
· Le 26 décembre, visite d'expertise à Saint Cyprien : premier contact avec le bateau. Rapport de l'expert : moteur à sortir pour vérification de la culasse, voiles usées mais coque saine.
J'obtiens la réduction du prix du bateau pour les travaux conseillés par l'expert. Acte de vente signé le 29 décembre 2001. Me voilà propriétaire de mon premier bateau !

Janvier 2002 : location d'un petit appartement donnant sur la lagune de Saint Cyprien pour le temps des travaux et des démarches administratives. En traversant Perpignan où je fais quelques courses, je me plais à penser que je prépare un tour du monde à deux pas du " Centre du Monde ". C'est ainsi que Salvador DALI avait baptisé la gare de Perpignan.
En revanche, à chacune de mes visites au chantier, j'apprends que quelque chose " cloche " sur le bateau. A commencer par le moteur. Le choix : une réparation coûteuse d'un moteur de près de 20 ans ou son remplacement onéreux par un neuf. Et voilà que commence à s'emballer la " pompe à finance ". Commande de voiles (une grand voile, une trinquette et un spi asymétrique) et de matériels supplémentaires (pilote automatique, détecteur de radar, cartes et instructions nautiques…). L'achat des voiles et du moteur n'était pas prévu au budget initial.
· Le 21 janvier, mon chèque est enfin encaissé par le vendeur. Je peux donc passer aux Douanes pour mettre l'Acte de Francisation du bateau à mon nom. Problème : les Douanes n'ont pas encore reçu les tarifs en euros de la taxe pour 2002.
· Le 28 janvier, je me rends aux Douanes de Port-Vendres pour régler la taxe en euros. Ils gardent le tout et me disent qu'ils enverront l'Acte de Francisation à mon nom à la Capitainerie de Saint Cyprien.
· Le 29 janvier, je suis à Marseille pour signer mon contrat d'assurance pour le tour du monde.
· Le 30 janvier, le nouveau moteur est installé et le bateau est enfin mis à l'eau.
Première surprise : la barre à roue fonctionne à l'envers. Le chantier s'est trompé de sens en remplaçant les câbles de gouvernail. Il intervient aussitôt pour corriger l'erreur. Le bateau reste amarré en zone technique.

Février 2002 : nouveau contrat de location pour l'appartement (pour une dizaine de jours au plus… le temps de régler ce qui manque). Le loueur partage son temps entre Paris et Saint Cyprien. Intéressé par mon projet, il me met à disposition son ponton personnel face à l'appartement ainsi que sa vielle Opel (ma voiture a déjà été remontée à Lyon). Il est vraiment très sympathique, mais goguenard également. A chacun de ses départs pour Paris, il dit me revoir à son retour alors que je pense être déjà parti. Et à chaque fois il a eu raison. Les jours passent et les travaux continuent. Après la mécanique, c'est l'électronique qui est à installer par un autre professionnel (centrale de navigation, pilote automatique, détecteur de radar, éolienne, panneau solaire…). Le problème de ce spécialiste de l'électronique est d'être très demandé. Un appel sur son portable le fait aussitôt quitter mon bateau pour aller dépanner un thonier professionnel à des kilomètres de là. Et moi, j'attends qu'il revienne…
Je profite de la voiture pour me rendre au Perthus où les taxes sont allégées afin de réaliser le gros de mon avitaillement (conserves, chocolat, café,… sans oublier pastis, rhum, cigarettes).
Les deux loggias de l'appartement sont encombrées de tout le matériel et de l'avitaillement.

Un ponton fragile :
Je rentre IDEFIX dans la lagune pour l'amarrer au ponton. C'est ma première manœuvre en solo. Avec plus de 11 mètres, le bateau paraît énorme pour un si petit ponton long de 6 mètres mais large d'à peine 40 centimètres et dont l'extrémité porte sur un flotteur au niveau de l'eau. Résultat : une fois le bateau amarré, il faut descendre une marche de plus d'un mètre pour atteindre le ponton en contrebas en évitant de le faire trop tanguer. Ce ne sera pas facile pour transporter tout le matériel. J'en profite pour faire un grand nettoyage du bateau et sortir toutes les choses qui l'encombrent inutilement (vieux bidons, cordages pourris, sacs…).
Lundi 18 février 8h00, mon loueur m'appelle d'urgence depuis Paris : le personnel du port l'a prévenu d'un fort coup de vent et mon bateau ne peut pas rester sur ce ponton. Je quitte aussitôt l'appartement pour rejoindre le bateau. Il pleut et le vent souffle déjà fortement. IDEFIX est toujours à sa place mais il n'est retenu par son amarre que grâce à un petit bateau à moteur. Le taquet fixé au ponton a été arraché. Il se retrouve à flotter en l'air à plus d'un mètre de hauteur en servant de trait d'union aux amarres des deux bateaux. Sans ce petit bateau, IDEFIX se serait échouer sur les pontons suivants. Tout va très vite ; j'arrive à monter sur le bateau, à mettre le moteur en route, à dégager les amarres et je pars rejoindre la zone technique du port. Je trouve une place à l'abri d'une petite darse désaffectée tandis que le vent forcit (rafales à plus de 110 km/h). Ouf ! Fin de l'alerte. Simone et Lionel, mes voisins d'appartement, ont assisté à la scène de la lagune et m'ont suivi jusqu'au port. Très gentiment, ils me raccompagnent à l'appartement avec leur voiture.
Pendant ce temps l'Acte de Francisation semble avoir disparu. Expédié le 30 janvier de Port Vendres, il n'a jamais atteint la Capitainerie de Saint Cyprien où je me rendais tous les jours.
Le 26 février, je retourne aux Douanes de Port Vendres pour obtenir enfin un duplicata de ce fameux Acte de Francisation. (ce document correspond à la carte grise du bateau et il est indispensable, surtout pour quitter les eaux françaises)

Mars 2002 : Je dois rendre bientôt l'appartement. J'attends la nuit pour charger le matériel et l'avitaillement pour éviter la convoitise de certains rôdeurs. Quatre aller-retours avec la voiture pleine sont nécessaires. En quittant l'appartement et sa ligne téléphonique, je perds mon accès à Internet. Je réalise donc une première livraison des pages Internet de mon site.
Je vis désormais à bord d'IDEFIX dans la zone technique du port en attendant une météo favorable pour enfin partir. Je fais la connaissance de mon nouveau voisin, Francis. Venu d'Alsace, il vit avec sa compagne dans un magnifique ketch Chassiron d'occasion de 14 mètres qu'il a baptisé "Morshufle" (pas de traduction). L'intérieur très confortable est superbement décoré. Ambiance chaleureuse tandis que dehors souffle la tempête.
J'utilise mon logiciel de fax météo pour guetter une accalmie. J'en entrevois une. Francis m'invite alors à fêter mon départ en dégustant, Alsacien oblige, une choucroute de sa confection. Faux départ ; le matin même, un BMS (bulletin météo spécial) annonce un coup de vent inopiné (un de plus que me cloue au port).
La fièvre acheteuse me reprend soudain. Je demande à l'électronicien d'installer l'interface entre la centrale de navigation et le logiciel de cartographie. J'aurai ainsi toutes les informations des répétiteurs du cockpit (direction et force du vent vrai et du vent apparent, vitesse et distance parcourue, profondeur…) en restant au sec à l'intérieur du bateau.
· Le 24 mars, une nouvelle fenêtre météo semble s'ouvrir. Simone et Lionel m'invitent alors à fêter mon départ. Ce charmant couple de retraités a fui la pluvieuse Normandie pour acheter un appartement à Saint Cyprien. Mais ce fut une soirée très pastis. Trop peut-être.
Le 25 mars au matin. Il me faut quelques heures pour me remettre d'aplomb après une telle fiesta. Je mets le bateau en ordre, bien décidé à profiter de cette météo clémente.


Lundi 25 mars 2002 : LE départ

Ça y est ! Il est 16h 30 et je quitte le port de Saint Cyprien. Je salue une dernière fois Simone et Lionel qui m'ont accompagné à la station de carburant où j'ai fait le plein de gasoil. Le voyage commence enfin. Première opération : étalonnage des instruments (vent, vitesse, compas du pilote). Pour cela je dois rester au moteur et décrire lentement des ronds dans l'eau. La mer est encore assez agitée. Je suis bien ballotté mais l'air est vif et le pastis de la veille semble s'être totalement dissipé. Le vent tombe tandis que le soleil décline déjà (c'est encore l'heure d'hiver). Je continue au moteur, direction : plein est pour m'écarter de la côte.
21h30 : une brise de nord-est se lève et se stabilise à 12 nœuds. Super !
Je monte la grand voile et le génois ; j'arrête le moteur. Je change de cap pour descendre plein sud. La lune est là qui éclaire la mer. Je retrouve enfin ce plaisir de naviguer qui me tardait tant. Confortablement habillé (salopette, veste de quart et bottes), je ne crains pas la fraîcheur de ce début de printemps. Je savoure ce moment en souhaitant qu'il annonce la suite favorable de mon voyage.
La nuit se poursuit tranquillement marquée par les lueurs de la côte et des feux des caps qui défilent lentement. Au passage du Cap Creus, je croise un cargo faisant route en direction de Marseille.

Mardi 26 mars 2002 : plutôt calme

2h30 : le vent, toujours 15 nœuds, tourne au nord. Malgré un bon réglage des voiles, le pilote automatique a du mal à rester au portant. Je change de cap : sud-est ; en route pour Minorque, le but étant de longer les Baléares par le sud pour réduire les effets du vent sur la mer.
5h15 : je réussis à reconnecter les instruments au logiciel de cartographie (un faux contact dans une prise). Tout est en ordre. Tout, sauf le pilote automatique. Le buzzer que j'ai fait ajouter à mon installation est très puissant (un bruit strident à peine supportable dans le bateau = réveil assuré). Il amplifie les signaux d'alarme de la centrale de navigation. Régulièrement, il m'annonce un écart de route. Le pilote met trop de temps à corriger la trajectoire ; il va falloir regarder cela de plus près. En attendant, il me casse la tête
8h30 : la météo annonce des changements de vent importants. Baisse puis reprise en soirée. Vu le retard déjà pris, je renonce à Minorque pour suivre la route initiale qui est de longer les Baléares par le Nord en profitant de l'effet de terre poussant vers l'ouest.
12h00 : comme annoncé, le vent souffle du nord-ouest à 5 nœuds. Les voiles faseyent légèrement. J'hésite à sortir un spinnaker.
14h00 : toujours faible, le vent a tourné au nord-est. Je fais une sieste.
17h00 : pas de vent, pas de vagues ; la mer est étale. J'ai l'impression d'être sur un lac tranquille alors que je suis à 80 kilomètres de la terre la plus proche. Le courant du vent me porte quand même dans la bonne direction.
20h30 : la météo vient d'annoncer un bon vent de nord-est de force 4 à 5 pour demain.
21h30 : comme la veille à la même heure, le vent reprend du nord à 15 nœuds. A nouveau une belle nuit. Je croise des bateaux de pêche qui remontent au nord. En revanche, je ne vais pas tarder à couper la ligne de transit des cargos qui longe le nord des Baléares. Il faut la couper au plus court et rester vigilant. J'apprécie d'avoir pu dormir suffisamment cet après-midi.
La nuit se poursuit marquée par la rencontre de quelques cargos. Le passage d'un paquebot est toujours impressionnant avec le nombre des lampes qui l'illuminent. Que d'énergie pour transporter des touristes !

Mercredi 27 mars 2002 : ça devient sportif

5h30 : le vent se maintient et je pense passer le nord-ouest de Majorque dans la journée.
8h00 : la météo annonce un vent de nord-est de force 5 à 6 avec une mer agitée.
La centrale m'alerte que mes batteries sont faibles ; je dois faire tourner le moteur pour les recharger. Il faut que vérifie la puissance de l'éolienne.

Rectifications importantes :
Je reprends la documentation laissée par l'électronicien. Cela ne correspond pas du tout à ce que m'avait annoncé le vendeur de Cannet. En fait des 500 Watts escomptés, cette éolienne ne fournit que 3 Ampères à 15 nœuds (moins de 40 Watts en 12 Volts), 6 A à 22 N et 15 A à 40 N. C'est une très bonne performance pour ce genre d'éolienne, mais on est loin du compte avec ma consommation qui nécessite un minimum de 8 Ampères. Il me reste le panneau solaire qui produit 50 W (soit près de 4 A avec le soleil).
A propos d'erreur, je dois également rectifier ma quantité d'eau embarquée en la divisant par 2 ; 200 litres au lieu des 400 annoncés.
12h00 : le vent augmente peu à peu en restant nord-est. La mer se creuse un peu.

Prise de ris = prise de risque ?
13h50 : le vent passe le cap des 25 nœuds qui me décide à réduire les voiles. Pour le génois ; pas de problème. J'actionne l'enrouleur depuis le cockpit. En revanche, pour la prise de ris de la grand voile, j'ai 3 aller-retours à faire au mât. Le premier : aller au mât pour étarquer la balancine (retendre le soutien de la bôme), revenir au cockpit pour choquer la drisse de grand voile (pour diminuer la hauteur de la grand voile). Le deuxième : revenir au mât pour fixer le nouveau point d'amure (qui devient le point le plus bas de la voile au pied du mât) et pour étarquer le point d'écoute du ris choisi (pour tendre horizontalement le bas de la voile le long de la bôme), puis retour au cockpit pour étarquer la drisse de grand voile (pour tendre la voile en hauteur le long du mât). Le troisième enfin : revenir au mât pour choquer la balancine et retour au cockpit pour reprendre le cours de la navigation. Pour réaliser ces allées et venues, il faut maintenir le bateau face au vent. Le problème c'est que le pilote refuse de garder cette position et le bateau se retrouve rapidement en travers. En plus, la mer s'est fortement creusée et le bateau se met alors à rouler dangereusement. Je n'ai qu'une alternative ; tout affaler (rentrer les voiles), mettre le moteur en route et trouver l'abri le plus proche.

Trouver un abri :
En consultant la carte, le port de Soller est en face de moi et j'en ai pour deux heures à le rejoindre. Les instructions nautiques confirment que c'est le seul abri de cette côte. Malgré le vent (28 nœuds) et l'état de la mer, je dois laisser le pilote en fonction pour pouvoir consulter mes cartes et documents. De temps en temps, il perd le cap. J'accompagne de la main la barre (à roue) pour revenir au cap. Je sens un point dur qui empêche la roue de tourner. Il faut forcer un peu ce point pour que la roue poursuive sa rotation. Tout est clair : la roue ne tournant plus à partir de ce point, le pilote ne tournait plus car il avait atteint une butée. Le moteur électrique du pilote a été mis à rude épreuve avec ce traitement. Il est très chaud et je décide de l'arrêter et de reprendre la barre. Effectivement, je sens nettement ce point dur que je dois forcer. A chaque fois que je le passe, un claquement sourd fait vibrer le fond du cockpit sous mes pieds.

Le plaisir du surf :
Je longe la côte qui ressemble à une muraille rocheuse continue, très haute et très hostile. Le vent se maintient à 30 nœuds en creusant d'avantage les vagues dont la vitesse dépasse celle du bateau (je suis au moteur). Je les sens derrière moi. Elles arrivent par groupes de trois ou quatre. Elles se déplacent en longeant parallèlement la côte. Mais moi, je dois me rapprocher de la côte pour atteindre le port qui n'est plus qu'à une heure. Ici, plus question de quitter la barre. Le " jeu " consiste à anticiper l'arrivée de trois ou quatre vagues, de se laisser porter par elles en les surfant puis de reprendre le cap vers le port dont j'entrevois l'embouchure. Et cela se répète toutes les minutes. Même avec un bon pilote automatique, ce genre de trajectoire ne peut être réalisé qu'à la main. A moins d'aimer se faire rouler en travers des vagues.
Les falaises que je longe sont tellement hautes que le soleil n'est plus visible. Je sens mon cou et mes épaules se contracter. Je continue à surfer les vagues en soulevant une belle hauteur d'écume sur les côtés de l'étrave. Le bateau reste droit comme à la parade. C'est dommage que je ne sois pas sous voiles ; la vitesse du bateau serait proche de celle des vagues et le surf plus long. Je me régale quand même pas mal ; c'est très " fun ".

Mouillage en rade du port de Soller :
A l'approche du port, une petite baie s'ouvre en réduisant légèrement la hauteur des vagues. Puis, il faut passer un goulet étroit avec les vagues par le travers. Ça remue pas mal. Et enfin, la rade de ce petit port. Une dizaine de voiliers est au mouillage. Je prépare mon approche. Je mets le moteur au point mort. Le bateau s'immobilise. Je passe à l'avant pour descendre l'ancre en appuyant sur le bouton au pied du guindeau électrique : RIEN. L'ancre reste à son poste. Je sais que le guindeau fonctionne car je l'ai vérifié à Saint Cyprien. Problème électrique ? Je descends l'ancre manuellement. Une annexe s'approche de mon bateau. C'est un sympathique couple de Danois me proposant de l'aide. L'un d'eux monte à bord et vérifie avec moi l'ensemble des fusibles du tableau électrique ; pas d'anomalie apparente. Ils me suggèrent d'aller chercher de l'aide à terre et m'emmènent au port dans leur annexe. Après quelques palabres (la parole en espagnol), on réussit à trouver un artisan local. C'est un Français, Michel, qui s'est installé aux Baléares depuis quelque temps. C'est la fin de la journée, mais il accepte de m'aider. Il me ramène vers IDEFIX à bord de son propre bateau tandis que je salue les Danois en les remerciant. En 2 minutes le problème est réglé ; il fallait chercher le fusible dans le compartiment du moteur près des batteries. Je me suis alors rappelé que c'est par là que l'électronicien faisait passer ses câbles. A l'occasion, il a dû accrocher le fusible et le mettre sur OFF par inadvertance. Confus de l'avoir dérangé pour si peu, je remercie Michel qui me quitte en grommelant un " au revoir " plutôt agacé. En le regardant s'éloigner, je revois mes Danois sur leur bateau qui a la taille du mien. En fait, ils sont deux couples avec trois enfants à bord. Le vent continue de souffler. La houle se fait encore sentir. Ce mouillage n'est pas très confortable. La nuit tombe. Je viens d'appeler Lyon (ma famille) avec mon portable quand j'entends les cris des enfants des Danois. Je remonte aussitôt dans le cockpit et je constate que je suis effectivement en train de dériver vers un gros ketch en bois. Ses bossoirs menacent de me briser l'antenne du GPS fixée au balcon arrière. Je le repousse à la main. Je remets le moteur en route. Je remonte l'ancre pour la mouiller plus loin. Dans 5 mètres d'eau et avec une ancre de 15 kg, 15 mètres de chaîne ne suffisent pas sur ce fond de sable avec le vent et la houle qui chahutent autant. Je mouille donc 25 mètres pour être tranquille. Je remercie à nouveau les Danois pour leur signal d'alarme. Puis, je descends me coucher pour dormir une nuit complète.


Un mouillage qui dure, dur, dur !
La météo se dégrade de jour en jour. Les BMS (bulletins météo spéciaux) se suivent en annonçant des coups de vent avec une mer forte à très forte. Le 28 mars 2002, Météo France en est déjà à son 112ème BMS.
Si le port de Soller est protégé à l'intérieur, la rade ne l'est pas vraiment. La houle de nord-est, de nord et, pire, de nord-ouest entre allègrement. Les bateaux roulent abondamment. Le vent est aussi de la fête. Avec le relief circulaire, il lui arrive de tourner brutalement, entraînant avec lui les bateaux qui pivotent autour de leur ancre.
J'ai hâte de quitter cet endroit mais je dois d'abord résoudre mon problème de gouvernail.

Amis bricoleurs, bonjour…
Après avoir vidé le contenu de la cabine arrière tribord (plancher de l'annexe, trinquette dans son sac, panneau solaire et quelques sacs), je peux accéder aux câbles qui relient la barre à roue au safran. Je me glisse au fond de la couchette sous le cockpit. L'espace est très exigu ; il ne faut pas être claustrophobe. Chacun des deux câbles est équipé d'un ridoir qui en assure la tension. En changeant les câbles, le chantier à remplacer les ridoirs d'origine par de plus volumineux. La cloison du fond de la cabine a été percée pour faire passer les câbles vers le safran. Cette ouverture ne suffit plus avec la taille des nouveaux ridoirs. Je ramène des outils et j'entreprends d'agrandir la découpe de la cloison d'un centimètre. J'essaie de tourner la roue. Ça ne suffit pas. J'entends toujours le claquement qui fait vibrer le plancher du cockpit. Un centimètre, puis un autre. Le point dur est passé. Plus de claquement mais il reste un autre point moins dur. Un des câbles et son ridoir sont en contact avec la cloison de séparation des deux cabines arrière. Le bois est visiblement entamé par le frottement. Le chantier a ajouté des pattes aux poulies de renvoi des câbles pour les solidifier. Mais l'une des poulies est à présent maintenue avec un angle impossible à corriger. La seule solution serait de tout démonter et de déplacer les pattes de fixation des poulies. Trop dur pour moi ; je n'ai pas le matériel pour travailler une plaque d'acier de 3mm. Je le ferai faire par un autre chantier. Comme le port de Soller ne dispose pas de chantier naval, je vais devoir attendre une accalmie pour rejoindre Palma. ( 47 MN ( 87 km), il me faut environ 7 heures de pas trop mauvais temps)

Attendre (" esperar " en espagnol) :
Chaque jour, j'espère partir le lendemain. Aussi, n'ai-je pas sorti l'annexe de son sac. Je reste donc confiné dans mon bateau sans toucher terre. Autonome en vivres et en eau, je dois faire pourtant tourner le moteur une heure par jour pour recharger les batteries. J'occupe mon temps en lisant les instructions nautiques des contrées tropicales que je rêve encore de découvrir. Le téléphone portable me relie à la France ; appels téléphoniques et envois de " textos ".
Les bateaux se succèdent au mouillage. Je commence à devenir un " ancien " ; titre que je partage avec le vieux ketch anglais en bois noir qui hante la rade sans que l'on sache depuis quand. Je suis ancré près des bouées de la ligne des 5 mètres, à 80 mètres à peine de la plage. Il fait trop froid pour la baignade mais ce port attire de nombreux touristes (du troisième âge en cette saison). Un petit tramway ancien en bois longe le littoral pour rejoindre le vieux village de Soller. J'entends la cloche qu'il actionne pour avertir les très nombreuses voitures se trouvant sur son passage. En le voyant passer, je pense parfois au petit train-rébus du film d'Interlude qui comblait les trous de programmation de l'ORTF. Le soir, la rade est illuminée par les néons fluorescents des très nombreux restaurants du port. Une vraie petite station balnéaire, plutôt agréable (mis à part le mouillage).

Un mouillage agité :
Le soir du 2 avril 2002, un beau Bavaria 44 (13,5 mètres) vient mouiller près de moi. Il s'agit d' " Amarante " qui appartient à deux Australiens, Paul et Elisabeth. Ils viennent de l'acheter à un Allemand à Palma. Ils comptent le ramener en Australie après des travaux qu'ils veulent faire à Barcelone. Je les préviens de ma longueur de chaîne et de l'inconfort du mouillage.
Le vent souffle toujours. Nous sommes encore huit bateaux au mouillage dont un gros yacht à moteur dont les lumières laissent à penser qu'il n'a pas de problème pour produire son électricité.
J'entends le moteur d'Amarante. Pour la troisième fois, l'ancre n'a pas tenu dans le sable. Paul se déplace sur l'autre bord d'IDEFIX. C'est mieux ; on dirait que ça tient.
Mercredi 3 avril 2002. Au lever du jour, le vent a encore forci. Je vois Amarante dériver lentement entre les bouées jaunes qui nous séparent de la plage. Je sors ma corne de brune pour avertir Paul. Je le vois sortir tranquillement, regardant stoïquement les bouées qu'il vient de dépasser. Puis, je m'aperçois que son moteur est déjà en route. Je ne l'avais pas entendu à cause de vent. Paul est donc prêt à bouger quand il le jugera nécessaire. Ce qu'il fait un bon quart d'heure plus tard pour rejoindre sa première zone de mouillage.
Le vent est toujours orienté nord-ouest (le pire pour ce mouillage). Dans la matinée, certains bateaux préfèrent quitter la rade pour passer sur la côte sud. Il pleut abondamment. En milieu d'après-midi, une rafale embarque Amarante à la dérive vers la plage. Personne à bord ; Paul et Elisabeth sont descendus faire des courses.
Loin derrière la ligne de bouées jaunes, Amarante ne dérive plus mais reste bizarrement la poupe au vent. Il commence à faire nuit lorsque je vois Paul et Elisabeth dans leur annexe en train de rejoindre leur bateau qui s'est immobilisé à trente mètres de la plage sans s'être échoué. En chassant sur le sable, leur ancre a accroché par chance la chaîne d'une des bouées. Ensuite la chaîne s'est tendue en retenant le safran. Ce qui explique pourquoi le bateau n'était pas face au vent. Ils ont vraiment de la chance (eux !). Ils le dégagent et retournent à leur zone de mouillage.

Puis ce fut la tempête :
20h00. Le vent et la pluie sont toujours là ; le froid aussi. Nous ne sommes plus que trois au mouillage : le vieux ketch anglais, Amarante et moi. Je vérifie encore ma position. Je n'ai toujours pas bougé par rapport aux bouées qui m'entourent. Je suis agréablement surpris d'avoir une ancre qui tient si bien ! Je peux descendre dîner mais je conserve ma tenue de pluie.
22h00 : c'est l'enfer. Le vent souffle à plus de 40 nœuds en projetant la pluie et l'écume à l'horizontal. Nuit noire ; les lueurs de la ville sont à peine visibles. Je vois toujours mes bouées. Amarante se reprend encore au moteur. J'ai mis la clef de contact du mien, prêt à le démarrer. Je regarde, fasciné, la ligne de bouées jaunes que je ne veux pas dépasser. Le spectacle dure ainsi toute la nuit. De temps en temps, les phares d'une voiture éclairent le bord de la plage en soulignant les traits de la pluie. J'ai l'impression d'être sur une autoroute, une nuit pluvieuse, regardant une voiture que je viens de doubler.
3h30 : Je ne vois plus Amarante. J'espère qu'ils ne sont pas échoués. Je n'arrive pas à distinguer la plage. Certaines formes peuvent ressembler à un bateau couché sur le côté.

Quand je disais que ce n'est pas un bon mouillage !
5h30 : j'ai dû m'endormir. Le jour se lève. La pluie est toujours là mais le vent a tourné au nord-est. Plus de bouées ! Je sors et je découvre un paysage tumultueux. La mer bouge dans tous les sens. Elle a la couleur de la terre et elle est couverte de nombreux débris végétaux à cause des torrents de boue qui s'y déversent. Mais plus grave ; je dérive vers les rochers de la pointe de Pared à moins de 80 mètres. Je mets le moteur en route. Je prends la barre. Elle tourne dans le vide. Je sors la barre franche de secours d'un coffre du cockpit (je m'étais préparé à cette éventualité). Je positionne la barre. Et là ; c'est le gros problème. La barre est complètement bloquée sur tribord. Je n'arrive pas à la décoincer. Je décide alors de lancer avec la VHF le premier MAYDAY de ma vie. Une dizaine de secondes plus tard, j'entends Palma me répondre. Heureusement, il comprend le français (je n'ai pas encore eu le temps d'apprendre l'espagnol). Il me demande ma position et la cause de mon appel. Je lui explique. Il me dit de bien mettre mon gilet de sauvetage, de ne surtout pas quitter le bateau et d'attendre les secours. Je lui demande en combien de temps les secours peuvent arriver. A ce moment, je ne comprends plus du tout son français. J'ai vraiment l'impression qu'ils vont mettre du temps, vu l'état de la mer. Pour moi, il y a urgence. Les rochers se rapprochent encore. Il ne me reste que 30 mètres avant de les toucher. Je me jette sur la barre franche. Je tire dessus de toutes mes forces. (On n'imagine pas les réserves d'énergie qu'on peut avoir avant d'être confronté à ce genre de situation) Je réussis à débloquer la barre. J'actionne la marche avant du moteur à faible régime. Je quitte le cockpit pour aller remonter l'ancre. Le bateau bouge beaucoup. Arrivé à l'avant, je vois la chaîne porter sur un support du balcon. Le bout du davier, en fonte d'aluminium, a été cassé. Je repose la chaîne sur l'axe du davier et je réussis à remonter l'ancre. Retour au cockpit. Marche avant toute ; direction : le port. Ce n'est pas du tout évident de piloter un bateau dans ces conditions : une barre franche qui ne tient pas à l'horizontal et dont l'extrémité touche presque la barre à roue qui est devant elle. Je suis obligé de tendre le bras par-dessus la barre à roue pour atteindre la barre franche qui est derrière elle. Et tout ça dans mon dos puisque je dois regarder vers l'avant du bateau.
Tandis que je traverse la rade pour entrer dans le port, je vois qu'il ne reste plus au mouillage que le vieux ketch en bois noir. La pluie ne cesse pas. La mer, couleur café au lait, me fait penser que l'heure du petit déjeuner approche. Elle se calme un peu à l'entrée du port mais reste jonchée de branches et de bouts de bois divers. Je suis content d'avoir fait mettre un filtre à eau pour le refroidissement du moteur. Il doit être bien chargé !

Le port de Soller : plutôt encombré
En entrant dans ce petit port, je revois avec plaisir les bateaux du mouillage qui se sont mis à l'abri comme ils ont pu. Je retrouve Amarante. Je fais un tour sur moi pour trouver une place. Mais le bateau ne réagit pas bien ; il ne tourne pas rond. J'entends mon ancre bouger sur le davier. Je repars vers la sortie du port. J'arrête le bateau. En m'approchant de l'ancre, j'aperçois un bout de chaîne qui part dans l'eau. Je comprends alors je traîne avec moi une seconde ancre que la mienne a accrochée. Cela explique aussi pourquoi je tenais si bien au mouillage ; mon ancre n'a donc rien d'exceptionnel. Je réussis à décrocher la chaîne et je rentre à nouveau au port. Je place des pare-battage sur un côté. Finalement, je choisis de me mettre à couple avec Amarante. Paul m'aide à l'amarrage. Je rappelle Palma pour leur annoncer la fin du MAYDAY. Elisabeth m'offre un grand bol de café-crème bien chaud. Un régal sous la pluie glacée. Ils m'expliquent qu'ils viennent juste de rentrer avant moi, suite à une grosse rafale supérieure à 45 nœuds ; celle qui m'a réveillé, en brisant le davier et en m'embarquant à la dérive.
Il est 6h00, tout le monde dort dans le port. On décide d'en faire autant. Je rentre dans le bateau. Tout est trempé près de la descente. Beaucoup de choses sont tombées ; bouquins, lunettes, casquettes…La table à cartes a reçu aussi de la pluie. Heureusement, les portables (le micro-ordinateur et le téléphone) ne sont pas mouillés. Je passe la serpillière. Je m'allonge avec mes vêtements de pluie pour dormir. Cinq minutes plus tard, j'entends des appels. Je ressors sous la pluie. Les pêcheurs du thonier auquel s'est amarré Amarante nous demandent de partir. On gêne leur bateau. Pas pour aller à la pêche ; la mer est trop mauvaise. Ils veulent seulement mettre des pattes d'oies pour éviter de tanguer contre le quai. Et nous, on fait quoi ? Vous dégagez. Je me sépare d'Amarante pour me mettre à couple avec un catamaran qui est devant moi. Lui aussi amarré à un petit thonier dont les pêcheurs acceptent ma présence, mais pas un bateau de plus. Paul choisit de se mettre à couple avec un gros catamaran qui est amarré illégalement à la station de carburant. Etant donné que le vent va souffler à force 8 pendant encore une bonne partie de la journée, cela ne gêne personne.

Le bricolage continue :
C'est le début de l'après-midi et la pluie a cessé. Après 8 jours de mouillage, je peux enfin toucher terre. Pour cela, je dois traverser le pont du catamaran et des deux thoniers qui me séparent du quai. J'achète du pain frais et quelques fruits. Je reviens au bateau, décidé à réparer ce gouvernail de malheur une fois de plus. En retournant dans la couchette où se trouvent les câbles, je vois pendre l'un d'eux. Le ridoir est intact mais il n'y a plus de câble. Pour aller le chercher, il faut aller au fond du bateau près de l'axe du safran. Me voilà donc obligé de vider le coffre arrière avec son ancre de secours et ses 30 mètres de chaîne (c'est très bruyant dans un cockpit, la chaîne qu'on déroule). Après, il faut se laisser glisser au fond du coffre, la tête en bas, pour atteindre la mèche de safran. Je trouve le câble. La cassure s'est faite au niveau d'une boucle qui le reliait au ridoir. Une sur longueur de 30 centimètres a été " laissée " par le mécanicien. Je pense pouvoir l'utiliser pour réaliser une nouvelle boucle avec un serre-câble que j'avais acheté avant mon départ (il faut tout prévoir).

Sacrés pêcheurs (" pescadores " en espagnol)
Les pêcheurs me préviennent qu'ils partent en pêche le lendemain matin à 5h00. Ils me demandent de dire au skipper du catamaran, auquel je suis amarré, que nous devrons dégager pour les laisser quitter le port. Je dois remettre l'ancre, la chaîne et les sacs dans le coffre pour dégager le cockpit. La nuit sera courte ; je me couche de bonne heure.
Arrivée du premier pêcheur à 5h30. Je les attendais plus tôt ! On tambourine sur le catamaran pour réveiller son équipage. Pas de réaction ; il n'y a personne à bord. Les pêcheurs décident de partir car les autres bateaux de pêche ont déjà quitté le port. Ils tirent nos deux bateaux vers l'arrière et me lancent une amarre. Je les vois partir. Ils m'ont prévenu qu'ils rentreront à 17h00.
En plein milieu du port redevenu silencieux, je me retrouve avec deux bateaux que je ramène lentement vers le quai. J'ai l'impression de promener deux toutous au bout de leur laisse. Comme la place est libre pour la journée, je me détache du catamaran pour aligner les deux bateaux le long du quai. Puis, je vais me recoucher.
A mon réveil, le soleil est de retour et le vent s'est calmé. Je retrouve Amarante amarrée au quai derrière moi. Paul et Elisabeth sont en train de se préparer pour rejoindre Barcelone.
Après leur départ, je retourne à mon " bricolage ". Re-vider le coffre… Je termine le montage de la boucle et je m'apprête à remettre le câble sur le ridoir. Ça coince dans le fût de la barre à roue. Je dois le démonter. Retirer le compas de route avec son éclairage. Le support du compas. La main courante… L'axe de la barre à roue est muni d'un pignon qui entraîne une chaîne (semblable à une chaîne de moto) reliée aux câbles. C'est elle qui a sauté quand j'ai manœuvré la barre à roue dans le vide. Je la repositionne. Je redescends au fond du bateau pour attacher le câble que je retends avec le ridoir. Je remonte pour tester ma réparation. Le point dur reste sensible. J'actionne la barre plus ou moins énergiquement. En peu de temps, elle tourne à nouveau dans le vide. Le câble a quitté le serre-câble. Je recommence mon montage avec un autre serre-câble d'un plus petit calibre. Et je recommence mes essais. Mais tout cela prend du temps. J'ai un défilé de personnes sur le quai au-dessus de moi. Des touristes mais aussi des locaux qui insistent sur le fait que les " pescadores " vont revenir. Je le sais et j'ai encore le temps. Ma seconde tentative semble réussir. Je remonte le fût, le compas… Re-remplir le coffre… A peine ai-je terminé que les pêcheurs rentrent. Il est à peine 16h30. Pas la même montre, sans doute. Je mets le moteur en route et je vais récupérer l'amarre de l'avant pour me détacher du quai (qui dépasse de plus d'un mètre le pont d'IDEFIX). Un olibrius vient de la saisir en tirant dessus comme un malade. Résultat : le feu vert (tribord) du balcon avant est arraché contre le quai. Les boules !!!
Je quitte le port. Je décide de tester mon bateau après cette réparation. La rade est calme. Je recommence l'étalonnage des instruments et du pilote. Je fais des ronds dans l'eau. Puis, je sors en pleine mer. Elle est encore pas mal agitée. Le pilote refuse toujours de garder son cap à cause de l'autre point dur (le câble qui rague la cloison). Je suis toujours au moteur. Il va faire nuit dans peu de temps. J'ai un davier cassé ; je ne peux pas me remettre au mouillage. Il me manque un feu de position réglementaire ; je ne peux pas me rendre à Palma de nuit. Je décide donc de revenir au port de Soller.
Il fait nuit, je rentre dans le bassin principal du port. Pas de place. Un amarrage à un bateau de pêche ? Non merci ; j'ai déjà donné. Je tourne vers l'entrée étroite d'une darse où il n'y a pas de place non plus. Je dois en ressortir en marche arrière en obliquant sur tribord. Devinez quoi ? La barre se retrouve complètement bloquée. Je la force. Elle tourne à nouveau dans le vide. Je dois ressortir la barre franche. Et là ? …Là, j'en ai vraiment marre !!!
Je suis crevé. Je décide de m'amarrer au seul endroit que je trouve disponible : le quai de la station de carburant. Pour me consoler, je m'offre un excellent dîner dans un restaurant avec vue sur IDEFIX. Avec son faible tirant d'eau, c'est le plus grand bateau de cette partie du port. J'en suis fier mais, en même temps, je me demande quand je vais pouvoir vraiment en profiter.
Je fais le point : j'ai tenté de réparer sans résultat ce que je considère être le résultat du mauvais travail du chantier de Saint Cyprien. Demain, je les appelle.

Port de Soller : je squatte
Samedi 6 avril 2002. Je suis réveillé par l'arrivée des touristes ; le débarcadère est à deux pas. J'appelle le chantier. Il commence par me dire de rentrer à Saint Cyprien. Pas question ; sans pilote et une barre franche de cet acabit. Puis, de trouver un artisan local pour une réparation sommaire du câble afin de rejoindre Palma. Là, il accepterait de régler la facture… Je raccroche. J'ai des doutes. Une fois la réparation faite, serai-je remboursé ? Je dois me garantir. Je dois faire appel à un expert pour constater la situation avant travaux. J'appelle mon assurance mais elle est fermée le samedi.
Un employé de la station de carburant me prévient que je risque une grosse amende si la " Guardia Civil " me trouve ici. Je le sais ; je peux toujours leur expliquer que je suis en panne… En nous quittant, Paul m'avait dit qu'une place devait se libérer près de la station de carburant. J'apprends par les voisins que le propriétaire de l'anneau vient de partir pour Minorque. Je reviens au bateau mais je me vois mal faire la manœuvre en solo avec mon problème de barre. Vers midi, une annexe vient s'amarrer à côté de moi. C'est John, le skipper d'un gros ketch traditionnel turc qui fait du charter dans les Baléares. Il vient chercher ses clients au port. Il accepte de m'aider à déplacer le bateau. Et me voilà confortablement installé dans le port. J'ai même l'électricité du quai. Le soir, j'en profite pour visionner sur mon ordinateur un spectacle de Jean-Marie Bigard - Je suis vraiment reconnaissant à SCARAB de m'avoir passer ses CD-Roms de films vidéo - C'est très efficace pour se remonter le moral. Mes rires dans la nuit du port ont dû surprendre plus d'un promeneur.
Dimanche : pas grand chose. Je vais manger des tapas dans un petit restaurant du port. L'après-midi, une troupe pétaradante d'une dizaine de jet-skis vient faire le plein à la station avant de se livrer à une course dans la rade du port.
Lundi matin : j'appelle l'assurance. Ils me disent qu'étant donné que suis rentré au port par mes propres moyens, l'assurance n'a pas à intervenir. En revanche, si j'avais été remorqué ou pire, si je m'étais échoué… Donc, si je dois faire appel à un expert, c'est à ma charge car il s'agit seulement d'une malfaçon et non pas d'un sinistre. Je dois conclure un arrangement à l'amiable avec le chantier. En cas de refus, l'assurance pourrait intervenir pour me soutenir juridiquement. Je prends contact avec l'expert que l'assurance connaît aux Baléares. Nous convenons d'un rendez-vous pour le lendemain à midi au bateau.

Mardi 9 avril : le jour où…
L'expert arrive au bateau avec une heure d'avance. Il va voir les câbles en prenant des photos avec son appareil numérique dont il est très fier. Pour lui, il n'y a aucun doute ; c'est un travail indigne d'un professionnel ; les câbles ont été montés sans cosses. Le second câble est prêt à rompre à son tour. Son rapport d'expertise sera sans ménagement pour le chantier, en précisant que les conséquences auraient pu être beaucoup plus graves. Puis, il prend contact avec un chantier de Palma car il souhaite faire sortir le bateau de l'eau pour contrôler l'état du safran. Rendez-vous est pris pour le lendemain à 15h30. Il me montre sur la carte où se situe le chantier dans le port de Palma. Il me dit aussi qu'il ne peut pas m'accompagner car il me coûterait beaucoup trop cher de l'heure. Je vais devoir me débrouiller seul. Mais dans la conversion, il me glisse également une phrase à laquelle je me refusais à penser :

LE TOUR DU MONDE EST TERMINE

Et pourtant, il a raison. Le temps de faire les réparations et d'atteindre l'Atlantique, je rentre dans la saison où il ne faut pas traverser. Nous nous quittons avec notre rendez-vous pour le lendemain au chantier. Je suis abattu

L'épreuve du renoncement commence…
En début d'après-midi, je vois un petit bateau français qui veut s'amarrer au quai du carburant. Je les en dissuade et leur propose une place que j'avais repérée mais qui était trop petite pour moi. Je vais à leur rencontre pour les aider à l'amarrage. On passe l'après-midi ensemble. Emeric et Nathalie sont tous deux étudiants dans une école de construction navale de Southampton. Après un tronc commun, ils vont se spécialiser pour la construction de bateaux de plaisance. Je ne leur ai pas demandé pourquoi leur bateau s'appelle " Desperados ". En revanche, je les ai abreuvés de " mon " désespoir en leur racontant mon histoire et mon tour du monde interrompu. Nous sommes attablés à la terrasse d'un bar du port. Ils me font découvrir la " pomada ", spécialité des Baléares semblable au gin-fizz en plus alcoolisé. Un remède qu'ils ont découvert la semaine précédente.
Pour leurs vacances, ils avaient envisagé de faire le tour de toutes les îles Baléares. Victimes de la météo, ils ont été bloqués à Minorque. C'est là qu'ils ont rencontré un certain Nicolas qui vit seul sur son bateau. Lui, il prend le temps de vivre. Il les a convaincus d'en faire autant et d'oublier leur tour complet des îles et de profiter tranquillement des quelques étapes qu'ils pourront faire avant de rentrer travailler.
Message reçu. Je dois aussi me résigner.
Aujourd'hui, ils sont au port de Soller et ils ont l'intention d'aller visiter le vieux village en prenant le petit tramway. Je les raccompagne à leur bateau qu'ils me font visiter. Desperados est un voilier de 6,50 mètres avec lequel Emeric fait des compétitions en solitaire. Son cockpit est très bas sur l'eau et prend la moitié de la longueur du bateau. Il reste donc très peu de place pour la partie habitable. En plus, pour la norme de cette jauge, il faut que la coque soit insubmersible. Les coffres intérieurs sont donc entièrement bourrés de pains de mousse synthétique qui assurent la flottabilité si le bateau devait être rempli d'eau. Seul élément de confort, un petit camping gaz. Très spartiate pour passer des vacances. La nuit commence à tomber quand je pars rejoindre mon bateau. J'ai de la route à faire et je dois me coucher de bonne heure.

Port de Soller : enfin, je le quitte
Mercredi 10 avril. Le réveil sonne à 6h00 ; pour être à Palma à 15h30, je dois partir tôt. Petit déjeuner et préparatifs du bateau. Je vide le filtre à eau du moteur ; il était bourré de débris végétaux. Je démonte la barre à roue car elle m'encombre pour rien. Je tends un cordage sur le balcon arrière afin que la barre franche repose dessus à l'horizontal (sinon la barre retombe entre les coffres du cockpit). Faute de pilote, je rejoins les deux bouts restants du cordage à l'extrémité de la barre pour me permettre de la bloquer quand j'aurais à me déplacer dans le bateau. Je vois le bateau de la Guardia Civil à la station de carburant. Je dois attendre le lever du soleil pour appareiller (à cause de mon feu vert cassé). Il est 7h30 quand je quitte le port. Je le salue en le maudissant de m'avoir laissé d'aussi mauvais souvenirs.
Il fait gris mais il ne pleut pas. La mer est toujours agitée. Je fais face à un vent de sud-ouest qui repousse les vagues sur l'avant. Le tangage est supportable ; au moins je ne roule pas. La barre franche est très dure à manœuvrer. D'une part, elle est trop courte pour la longueur du bateau (c'est seulement la barre de secours). D'autre part, un mécanicien de Palma m'expliquera plus tard que le safran était fortement freiné par le câble cassé qui s'était enroulé autour de son axe. Toujours est-il que je peux difficilement lâcher la barre sans que le bateau parte de travers. Je ne peux donc pas manœuvrer les voiles et je dois rester au moteur. De toutes façons, j'ai le vent dans le nez... Je fais mes calculs : pour être à 15h30 à Palma distant de 47 milles (87 km), il faut que je fasse une moyenne de 6 nœuds. Je pousse le moteur à 3200 tours/minutes, son régime de croisière (couple maxi entre 3400 et 3600).
Il est plus de 11h00 quand je franchis le petit détroit qui sépare la côte de l'île de la Dragonera. J'ai mis plus de 3h30 pour parcourir 20 milles. Il m'en reste 27 pour le même temps. Il ne faut pas traîner.
Les 15 milles qui suivent ne sont pas agréables du tout. Je n'arrête pas de rouler avec les vagues par le travers. C'est l'heure du repas. Je dois lâcher la barre pour descendre récupérer les sandwiches que j'avais préparés le matin avant le départ. Ça remue énormément pour les sortir avec la bouteille de coca. Le bateau vire tout seul. Je remonte dans le cockpit. Je reprends la barre et me repositionne sur le cap après avoir rassemblé le repas près de moi. Dans la main droite, la barre qui me fusille le bras. Avec la main gauche, je déplie le papier aluminium qui enveloppe chaque sandwich. Entre les pieds, la bouteille de coca qui a du mal à rester en place. On se passera de café aujourd'hui…
Il est 13h30 lorsque je passe le cap l'anse de Figuera où s'ouvre la baie de Palma. Changement de cap. Cette fois, je suis vent arrière avec les vagues qui me poussent. Ma vitesse augmente ; je serai à l'heure au rendez-vous. Je distingue la cathédrale de Palma qui me sert de repère pour l'entrée du port. Il y a peu de monde sur l'eau ; quelques cargos et seulement deux gros voiliers plutôt gîtés.
15h30. Je suis en train de rentrer dans le port quand mon portable sonne. C'est l'expert, homme très occupé par tous ses rendez-vous. Je le rassure. Dix minutes plus tard, IDEFIX est sorti de l'eau au chantier. L'expert vérifie le safran et constate qu'il coince sur tribord. Machinalement, il s'empare de l'arbre de l'hélice et me fait constater qu'il y a un jeu important. La bague hydrolube est très usée. Je lui confirme avoir de fortes vibrations du moteur vers 2000 tours par minute. Le bateau est remis à l'eau et amarré à couple. Je me rends au bureau.

Dans plaisance, il y aisance..
Le patron du chantier a fait taper un devis pour la réparation des câbles (1400 Euros). Je demande qu'il le faxe au chantier de Saint Cyprien. En attendant la réaction de celui-ci, je discute en anglais avec une charmante secrétaire venue d'Argentine en fumant les cigarettes qu'elle m'offre. Je dois l'impressionner par mon allure de baroudeur. (Pas rasé, une veste polaire sombre et un pantalon ample de loisir noir) En fait, je me sens crado, fatigué, démoralisé…Une heure plus tard, Saint Cyprien m'appelle sur mon portable. Le fax est bien arrivé. En revanche, ils refusent de payer en disant que la main d'œuvre est excessive. Je leur fais remarquer que, 3 jours à Palma pour un bon travail, n'est pas plus cher que les 20 heures qu'ils m'avaient facturées pour un travail de sagouin. Sur ces bonnes paroles, on raccroche. Je suis très embarrassé lorsque le patron du chantier me demande s'il doit démarrer les travaux. J'essaye de lui expliquer la malfaçon, la réaction de Saint Cyprien pour le coût de la main d'œuvre… Puis, logiquement, en homme d'affaires, il me demande : " Qui est le propriétaire du bateau ? "… " Vous. Alors vous payez " (c'est très simple ; n'est-ce pas ?). Que pouvais-je faire d'autre ? Après avoir laissé l'empreinte de ma carte bleue, je remonte à bord d'IDEFIX dans la zone technique du chantier. Je dois être le seul à vivre dans son bateau dans un tel endroit. D'après le devis, à cause du week-end, les travaux devraient être finis lundi prochain.

Chantier de Palma : un séjour pas très vacances…
Jeudi 11 avril : dans la matinée, visite de deux mécaniciens qui viennent constater les travaux à réaliser. Dix minutes plus tard, ils quittent le bateau. J'attends qu'ils reviennent. Je ne les reverrai pas de la journée. Le soir, je passe au bureau pour savoir qu'elle est la situation. Du matériel est en commande ; tout va bien. Je signale alors que je souhaite qu'on examine aussi le problème du safran et du davier cassé.
Le lendemain matin, nouvelle visite rapide de deux autres mécaniciens. Contrairement à la veille, je n'ai pas à les attendre toute la journée car dans l'après-midi je reçois la visite de l'expert. Il vient me remettre son rapport contenant les photos et son indignation sur le travail de Saint Cyprien. Il me remet aussi sa facture que je dois régler aussitôt. Ça fait quand même une petite note de 612 Euros hors taxes pour ma pomme !!! Heureusement qu'il n'est pas venu convoyer le bateau avec moi (92 Euros de l'heure, plus les frais). Il ne m'a pas raté pour les frais : déplacement = 42 Euros, photos (6 clichés numériques) = 24, secrétariat = 80 (pour son épouse), et le pompon : téléphone et fax = 91 Euros. Je suis un peu écœuré par tout ce fric que je vois partir, mais c'est le prix de ma garantie…Je lui rappelle le constat qu'il a fait sur la bague hydrolube et qu'il n'a pas mentionné dans son rapport. Je lui montre alors la facture de son remplacement par le chantier de Saint Cyprien lors du montage du moteur neuf. Il est consterné. Soit elle n'a pas été remplacée, soit l'alignement d'arbre d'hélice est mauvais. Il faut la remplacer au plus tôt.
Samedi 13 avril : c'est le week-end ; un peu de répit. Plus de vacarme des ponceuses pneumatiques et des engins élévateurs, plus de poussières, plus d'odeurs de peintures et de solvants. Seuls quelques particuliers viennent bricoler leur bateau au sec. Je n'attends personne au bateau ; je peux donc quitter le chantier pour aller faire des courses à Palma. Mon bateau est séparé du quai par deux autres bateaux et ce n'est pas très prudent d'enjamber les filières en portant mon vélo. Je fais mon marché dans une halle très fournie et très animée. Je suis de retour au bateau deux heures plus tard ; le temps de déjeuner.
Le chantier est situé à l'extrémité du Real Club Nautico. Ma facture tient compte d'une redevance pour le club en me faisant profiter de ses installations sanitaires. Je peux enfin prendre une vraie bonne douche bien chaude ; la première depuis mon départ. Le bonheur ! Non seulement ça nettoie le corps, mais c'est aussi un délassement moral incomparable.
Le dimanche passe rapidement. Il pleut ; ça n'incite pas à la promenade. Je continue mon apprentissage de l'espagnol. Je fais le point sur l'état du bateau et ce qu'il reste à faire.

Le séjour au chantier se prolonge ; j'en redemande…
Lundi matin ; reprise des travaux. Je signale au patron du chantier que je souhaite faire remplacer la bague hydrolube. Je lui demande également l'installation d'une fixation métallique d'un des bossoirs au balcon (en remplacement d'un bout de ficelle peu solide). Pour le bossoir, la pièce est installée en moins d'une heure après ma demande. Les travaux sur les câbles ont commencé. Je fais remarquer le bois qui est entamé par le frottement d'un des câbles. Le bateau est sorti de l'eau à la fin de la journée. Je passe la nuit dans le bateau suspendu à l'engin élévateur.
Mardi matin, remplacement de la bague hydrolube et remise à l'eau. Je reviens à temps des sanitaires. Des mécaniciens s'affairaient à démonter le fût de la barre à roue. Je les arrête au moment où ils allaient reproduire la même bêtise que Saint Cyprien avait faite auparavant : retirer toutes les vis du compas en vidant son liquide (seules deux vis sont à retirer pour le sortir proprement). Ouf, il était temps…
Un autre problème m'embarrasse. Lors de l'expertise de Saint Cyprien, il a été mentionné qu'une vanne d'origine (naturellement oxydée) devait être remplacée. Il s'agit d'une vanne de secours qui accède au puits de dérive. On peut l'actionner pour débloquer la dérive si celle-ci ne voulait pas descendre. Cette vanne est fixée au fond du bateau sous le niveau de flottaison. Avant de l'ouvrir, il faut donc l'équiper d'un bout de tuyau vertical d'un mètre de hauteur (pour éviter de remplir le bateau). Ensuite, on introduit dans le tuyau un long manche en bois pour pousser sur la dérive. C'est plutôt rare d'avoir à faire cette opération ; suite à un choc latéral ou une très longue immobilisation du bateau dans l'eau, la dérive en position haute (algues et coquillages solidarisant la dérive au puits). Le chantier de Saint Cyprien a donc remplacé cette vanne quand le bateau était à sec. A la remise à l'eau, j'ai constaté que ce n'était pas étanche au niveau du passe-coque de la vanne. Le chantier m'a demandé de payer un supplément pour mettre un peu d'étoupe pour réduire l'infiltration. J'ai encore payé. Il reste toujours une légère fuite d'eau mais j'ai décidé d'attendre le prochain carénage pour remplacer le passe-coque. Puisque je suis dans un chantier, autant le faire tout de suite. D'autant plus que je reste convaincu que c'est en remplaçant la vanne trop brutalement que le passe-coque n'a pas résisté. Pour le chantier de Palma, il y a un problème de place pour mettre IDEFIX à terre. Il faudra attendre jusqu'à vendredi soir pour le sortir de l'eau et enlever le passe-coque, dont le remplacement sera effectuer lundi (la coque sera bien sèche).
Je passe donc les 4 jours sur l'eau à attendre la sortie du bateau, sans autre intervention à faire. En revanche, c'est très inconfortable. IDEFIX est amarré à couple près du bassin de levage des bateaux. Je reçois donc régulièrement la visite des employés du chantier qui viennent déplacer les bateaux, dont parfois le mien en même temps. Pas très regardants, ils manœuvrent plutôt brutalement, me laissant de superbes traces de chaussures sur le pont. Je dois souvent vérifier qu'ils n'ont pas débranché le câble électrique qui me relie au quai.

Mon degré de paupérisation augmente…
Je vis dans un chantier bruyant et sale le jour, mais plutôt calme quand vient le soir. J'en profite alors pour quitter le bateau s'il ne pleut pas trop. Je fais un tour du chantier pour voir de plus près les bateaux qui sont au sec. Il y a surtout de grosses unités, voiliers ou moteurs, à la limite des 60 tonnes que peut soulever l'engin élévateur. Coque à nu pour certains ; coque repeinte, soigneusement lustrée pour d'autres. Les étraves sont souvent traversées par un propulseur… Mais le plus impressionnant et la façon dont tous ces bateaux tiennent debout, dans un alignement très serré, avec quelques étais de bois sur les côtés. Chacun d'eux vaut certainement une fortune. Certains me font vraiment envie. Mais, il ne faut pas trop rêver. Je retourne me faire un dîner avec, en partie, l'avitaillement que j'avais prévu pour l'Atlantique. Seul dans cet endroit étrange, je me sens très petit (et aussi un peu clodo) au milieu de tant de luxe.

Chantier de Palma ; sur un perchoir…
Le vendredi soir, comme prévu, IDEFIX est sorti de l'eau et installé à sec. Avec sa dérive descendue, il a droit à deux supports métalliques, en plus des étais de côté. Une échelle est installée sur la jupe arrière. Les mécaniciens essayent de retirer le passe-coque, mais sans succès. A la construction (chez Jeanneau), il a été monté sur la coque avant le lest et le puits de dérive. L'étroitesse de celui-ci ne permet pas de faire sortir la rondelle externe du passe-coque. Ils repasseront lundi avec les outils qu'il faut.
Second week-end au chantier. C'est plus compliqué que sur l'eau. D'abord, trouver une prise électrique. Mon câble est trop court. En faisant le tour de chantier, je réussis à dégoter une rallonge. Ensuite, je ne peux pas utiliser mon eau au milieu du chantier. Vaisselles et lessive me feront faire pas mal de montées et de descentes sur l'échelle. Le soir, le vent souffle plutôt fort en faisant vibrer le bateau. Un petit moment de panique ; et si le bateau tombait ? Ça peut faire très mal quand on est à l'intérieur ! Un moment de réflexion pour conclure qu'avec la loi de la gravité et la position de mon lest, il faudrait un formidable ouragan…

Chantier de Palma ; par ici la sortie…
Lundi 22 avril au matin, il fait toujours gris mais il ne pleut pas. Tout le monde s'affaire sur mon bateau. Il faut dire qu'il encombre pas mal, là où il a été placé et ils doivent être pressés de le remettre à l'eau. J'ai droit à la visite du " carpintero " (charpentier) à qui je demande de découper le bois de la cloison pour le passage des nouveaux câbles de gouvernail. Pendant ce temps, un mécanicien découpe bruyamment le passe-coque à la scie pneumatique. Un troisième ouvrier est en train de fixer une plaque en inox pour remplacer le bout du davier cassé. Puis vient le moment d'installer le nouveau passe-coque. Ils en ont préparé un en réduisant deux côtés de la rondelle externe pour pouvoir le rentrer par le puits de dérive qui est très étroit. Je ne suis pas convaincu par cette solution ; en éliminant une partie de la rondelle externe, ça risque de ne pas être étanche. Je leur explique comment, avec mon espagnol de débutant et un dessin, il serait préférable de monter une rondelle supplémentaire par le puits avant de fixer le nouveau passe-coque. Me voilà enfin étanche ; plus besoin de soulever le plancher pour éponger le fond du bateau. Les travaux sont terminés.
Je passe au bureau avant la remise à l'eau. Je demande si je peux rester au port pour ranger le bateau avant de partir (mais au fait ; partir pour aller où ???). Le patron du chantier me dit qu'il n'a pas de place et m'envoie en chercher une au club nautique. Je paie une place pour 3 jours (56 Euros) ; le temps de me préparer. Je reviens au bureau pour payer ma seconde facture (1200 Euros), la première (1400 Euros) étant déjà réglée avec l'empreinte de ma carte.
Le bateau est remis à l'eau vers 11h00. Je mets le moteur. Et me voilà traversant le port pour rejoindre la place qui m'a été attribuée 300 mètres plus loin.

Bienvenue à Berlin-Plage…
Comme je suis seul à la manœuvre et que la jupe est fragile, je range IDEFIX en douceur par l'avant entre deux bateaux, un gros à moteur et un voilier de ma taille. Dès que je pose le pied sur le quai, je suis accueilli par un " morgen " des plus exotiques. En réalité, c'est le mot qu'on entend le plus souvent ici ; bien avant " buenos dias " ou le " bon dia " majorquin.
Je pars faire des courses pour le déjeuner (aux Baléares, on déjeune tard et les magasins ferment à 14h00). Au retour, je m'arrête chez un shipchandler pour lui acheter un livre anglais sur la navigation et les mouillages des Baléares (je n'en avais pas, car je ne pensais pas m'arrêter aux Baléares pour rejoindre Gibraltar). En rentrant dans le port, je regarde les bateaux. Beaucoup de pavillons espagnols, mais autant d'allemands. Pire ; les pavillons espagnols ou français (en petit nombre) sont en majorité des bateaux loués par des …Allemands.
Plutôt que des embarcations vouées au plaisir de la navigation, les voiliers qui m'entourent sont considérés comme des résidences secondaires. Ce sont souvent des couples de retraités allemands aisés qui viennent passer l'hiver sur leur bateau impeccablement astiqué. Certains prennent même un grand soin à entretenir des jardinières de fleurs en démontrant leur " attachement " au quai. Celui-ci est d'ailleurs jalonné par une forêt de paraboles, afin de ne pas rater un épisode de Derrick ou autre programme de la TV allemande par satellite.
Je ne me sens pas du tout dans la même optique de la voile et nos rapports se limitent donc à de courtois " morgen " matinaux. De toutes façons, je ne reste que trois jours avant de repartir à l'aventure.

Un gros coup de blues…
Mardi 23 avril. La pluie a repris et je me retrouve confiné dans le bateau, tous panneaux fermés pour ne pas me faire tremper. Après ma leçon quotidienne d'espagnol, j'entreprends la lecture du livre anglais pour la navigation de plaisance aux Iles Baléares. Au fil des pages, j'apprends que l'équipement portuaire local n'a pas du tout suivi l'énorme progression des ventes de voiliers. Que les mouillages ne sont praticables que par beau temps (j'en ai fait l'expérience à Soller). Que les meilleurs abris ne peuvent recevoir que très peu de bateaux. Que tout sera bondé dans les prochains jours, quand le beau temps sera revenu…
Je ressens alors un grand malaise. Au chantier, je ne me posais pas trop de questions ; j'attendais la visite des mécaniciens. A présent, je suis libre de mon temps. Oui, mais libre d'aller où ? Mes yeux croisent la pile de tous les documents que j'ai achetés pour mon tour du monde. Le Pacifique, c'est fini. L'Indien également.
Je repense aussi à la fortune que j'ai déjà engloutie dans le bateau (économies et emprunts à rembourser). Je me dis que, sans mon acte de " bravoure " pour mettre IDEFIX en sécurité à Soller, l'assurance serait en train de me rembourser une partie de cette dépense. J'aurais pu alors m'envoler pour les îles tropicales afin de louer un bateau sur place… D'un autre côté, si je m'étais réellement échoué, je ne serais peut-être pas en train d'écrire ces lignes aujourd'hui…
Puis, je pense au chantier de Saint Cyprien, que je tiens pour le responsable principal de mon échec. Non seulement les travaux ont duré trop longtemps en retardant mon départ pendant la saison favorable, mais ils ont mal été réalisés. Cela me rappelle que je dois leur envoyer les factures. Je décide de braver la pluie et je vais au bureau du port pour les faxer. De retour au bateau, j'appelle le chantier. Ils ont bien reçu les fax. En revanche, ils contestent le montant du remboursement en disant qu'il n'est pas question de refaire un bateau à neuf. Je leur explique que je me suis seulement borné à réparer les malfaçons du chantier. Je leur signale également qu'à présent, j'ai du temps. Le temps, s'il le faut, de porter plainte contre le chantier avec comme premier chef d'accusation : mise en danger d'autrui. (la rupture du câble aurait très bien pu m'arriver en manœuvrant pour éviter un cargo dans le détroit de Gibraltar) Ils tentent de me dire que c'est aussi de ma faute parce que j'aurais dû faire des essais à Saint Cyprien avant mon départ. C'est un peu comme si un garagiste vous disait de repasser, en cas de problème, après avoir bricolé votre direction ou vos freins. Je suis consterné…
Je reste prostré dans le bateau en m'apitoyant sur mon sort. Je me retrouve seul. La solitude ne me faisait pas peur pour traverser le monde car je savais que les rencontres lointaines entre navigateurs sont d'excellente qualité. En revanche, je vais devoir rester en Méditerranée en croisant des bateaux de vacanciers si nombreux, dans les ports et les mouillages saturés, que les rapports sont souvent altérés par la mauvaise humeur et l'agressivité.
Je regarde devant moi le panneau solaire qui est juché sur une pile de sacs que j'ai sortis pour libérer la cabine arrière, afin de réaliser les travaux sur les câbles. Le désordre du bateau augmente d'avantage celui de mon état mental. Je ne sais que faire. Dois-je rentrer en France pour mettre le bateau en vente avant l'été ? Avec la cote de l'occasion, je suis sûr d'y perdre beaucoup d'argent. Et puis après ? Partir louer un bateau dans le Pacifique ou l'Indien ? C'est encore un budget important pour plusieurs semaines de location. Il me reste 13 mois de congé. Je dois donc conserver le bateau. Mais où poursuivre mon voyage ? Je suis complètement paumé…
J'entends le bruit des marteaux-piqueurs qui finissent de détruire le bâtiment des sanitaires de cette partie du port. Deux remorques de chantier, une par sexe, font office d'intérim. Elles contiennent chacune, deux WC et quatre douches ainsi que deux lavabos. La veille au soir, j'ai dû intervenir sur une chasse d'eau pour arrêter l'inondation qu'elle provoquait. Je trouve ça plutôt symptomatique ; la mouise s'incruste…

Il faut réagir, que diable !
Mercredi 24. L'effet magique de la douche a fonctionné une fois de plus. Plutôt adepte du positivisme, je ne dois plus me pourrir la vie avec ces sombres pensées. Je vais bientôt entamer le second tiers de mon congé. Je ne dis pas encore vacances à cause de ce que j'ai vécu jusqu'à présent. Je suis seulement pour l'instant en congé de mon travail (comme on l'est en congé de maladie). Et si les vacances commençaient aujourd'hui ? Oublier le temps de la concentration pour établir mon projet et sa préparation. Oublier le temps de l'attente dans les zones techniques des ports. Oublier cette météo pourrie qui s'est abattue sur la Méditerranée cette année. D'accord, mais tout n'est pas encore parfait concernant IDEFIX.
Je prends donc un petit carnet et je fais le tour du bateau pour noter ce dont j'ai encore besoin.
Premièrement, comme je dois faire des mouillages, il faut résoudre trois problèmes importants. Pour éviter de décrocher sur les fonds de sable, un amortisseur d'ancre peut soulager la tension du clapot. Si je ne trouve pas de gueuse à coupler à la chaîne de l'ancre pour la maintenir au fond, il me faut 4 mètres de chaîne pour empenneler (avec une seconde ancre). Ensuite, le poids du moteur hors-bord 4 temps m'handicape beaucoup (26 kg). Au moment de le fixer sur le tableau de l'annexe, je risque de le voir finir au fond de l'eau par manque de stabilité. Une fois qu'il est fixé, c'est l'hélice qui est beaucoup trop profonde pour être efficace. Je dois donc l'échanger contre un moteur 2 temps plus adapté à mon annexe. Ce type de moteur inclut un petit réservoir qui m'évitera également de m'encombrer d'une nourrice (réservoir métallique) de 10 litres. Et pour terminer le cas du mouillage ; mon autonomie en électricité. Je ne tiens pas à faire tourner encore le moteur diesel à vide. Je préfère m'installer deux panneaux solaires supplémentaires, si c'est techniquement possible.
Deuxièmement, je dois améliorer la technique de prise de ris (diminution de la taille de la grand voile lorsque le vent forcit). Pour réduire le nombre des allées et venues entre le mât et le cockpit, il faut que je ramène la balancine de la bôme au cockpit. Il me reste une poulie libre en pied de mât et un bloqueur disponible pour le retour au cockpit. En revanche, la longueur de la balancine actuelle ne suffit pas ; je dois mesurer la nouvelle longueur à acheter pour la remplacer.
Troisièmement, un élément de confort me manque quand je suis au port ; une passerelle. Comme j'ai la proue face au quai, ce n'est pas toujours évident de poser le pied à terre ou de monter des colis sur le bateau. Une planche en bois peut très bien suffire.

Quatrièmement, fabriquer un coffret en bois pour isoler les câbles du gouvernail et obturer la cloison, avant de remplir à nouveau la cabine arrière.
Ensuite, ce sont des bricoles à faire sur le pont ; vernir les panneaux de descente ainsi que les mains courantes, boucher quelques trous en surface avec une finition à la peinture.
Tout cela va prendre du temps et je me vois mal partir le lendemain (fin de ma réservation). Pour aller où ? Je n'en sais toujours rien. Je retourne donc au bureau du port pour prolonger mon séjour de deux semaines (jusqu'au 9 mai). Je leur demande également les coordonnées des distributeurs de Tohatsu de Palma pour l'échange du moteur.

Un moteur ; un vrai boulet…
Tournée téléphonique des 3 distributeurs ; l'un ne répond jamais, l'autre a un répondeur téléphonique mais ne rappelle pas et le troisième enfin tient absolument à ce que j'ai la facture du moteur pour le reprendre. C'est légitime et je fouille parmi tous les papiers laissés par l'ancien propriétaire. Je trouve le manuel utilisateur du moteur, mais pas de facture. Je téléphone à l'ancien propriétaire d'IDEFIX qui tient un commerce à Saint Cyprien. C'est la première fois que je suis en contact directement avec lui. Il m'explique avoir acheté le moteur à un particulier ; donc, pas de facture. Après avoir raccroché, je vois le tampon d'une société de Canet en Roussillon sur le manuel. Je l'appelle aussitôt. Le gérant me dit qu'il connaît bien le bateau, l'ancien propriétaire et le moteur en question. Malheureusement, c'est un dépôt-vente qui s'est effectivement réglé entre particuliers. Lui n'est pas intervenu ; pas de facture. En revanche, il ne comprend pas que le distributeur de Palma exige une facture puisqu'il s'agit d'une occasion déjà achetée dans la Communauté Européenne. Fort de cette information concernant la TVA, je rappelle à nouveau Palma. Mais il insiste toujours en arguant que le futur acheteur voudra cette facture. Je suis dans l'impasse. Que faire de ce moteur ? De toutes façons, je vais acheter un 2 temps plus léger à la place. J'ai trois solutions. Le garder pendant tout le temps du voyage et le revendre au magasin de Canet comme il me l'a proposé. Le larguer au fond du port de Palma ou en pleine mer. Ou bien l'offrir à une association caritative. On peut le dire ; il me pèse vraiment celui-là…

Un temps vraiment pourri…
Jusqu'au lundi suivant, comme il pleut toujours, je m'attaque à des petits travaux à l'intérieur ; recoller le vaigrage (revêtement intérieur de la coque) de la cabine arrière et raccommoder les banquettes du carré. Pour la colle, son odeur n'est pas très agréable dans un espace aussi réduit. Le résultat est malgré tout satisfaisant. Pour les banquettes, la couture est plus compliquée que prévue. Le tissu, un velours bleu pétrole, contient une trame en chanvre. Je réussis à réduire l'accroc de petite taille de l'une des banquettes. Pour l'autre, le trou est tellement large ; il manque même du tissu pour l'obturer. Je renonce et colle un adhésif pour éviter que le trou s'élargisse d'avantage.
Vendredi matin, le chantier de Saint Cyprien me rappelle en me demandant une copie des factures et du rapport d'expertise ; ils veulent faire intervenir leur assurance professionnelle dans notre règlement à l'amiable. J'essaie de joindre l'expert pour lui demander un avenant à son rapport afin de mentionner le cas de la bague hydrolube qui m'a obligé à ressortir le bateau. Je le sens réticent. Il me demande de le rappeler la semaine suivante car il est en France, et il ne rentre aux Baléares que mardi.
Samedi matin, je vais faire mes courses dans la halle que je trouve toujours aussi sympathique et animée. Tout le monde s'accorde à dire que le temps est vraiment pourri. Foi de Majorquin, on n'en a jamais vu de pareil ici depuis au moins cent ans…

Les choses commenceraient-elles à s'arranger ?
Lundi 29 avril. Le matin, je passe au bureau du port pour leur expliquer mon problème d'échange de moteur. Ils me fournissent les coordonnées d'une société spécialisée dans la vente et l'achat d'occasion. J'ai enfin au téléphone une personne parlant français. Il est prêt à me reprendre le moteur. Il suffit de le rappeler le mercredi pour me mettre en rapport avec quelqu'un qui peut transporter le moteur. (je rappellerai donc jeudi car ils ne travaillent pas le 1er mai comme dans beaucoup de pays)
Mardi 30 avril. Je peux joindre l'expert à Palma. Finalement, il accepte de me rédiger une lettre dans laquelle il confirme le besoin urgent de remplacer la bague hydrolube. Le temps de la rédiger, il me demande de le rappeler jeudi matin.

Enfin du soleil !
Mercredi 1er mai 2002. Un jour sans pluie, ça compte. Le moral est au beau fixe. Je pense que les vacances vont bientôt commencer. Tous les commerces doivent être fermés pour la fête du travail. Je n'ai pas de ballade prévue dans Palma. Je vais profiter de ce beau soleil pour faire une bonne lessive des affaires sales qui traînent, ainsi que des tee-shirts et des polos que je ne trouve pas si blancs que ça. Pour le déjeuner, je me régale de brochettes de poulet qui ont mariné dans le citron vert (avec du sel, du poivre, une pointe d'ail et un peu d'huile d'olive). Je les ai fait cuire sur un petit barbecue camping gaz (acheté lundi chez le shipchandler) posé à l'arrière du cockpit. Vraiment délicieux, et tellement vacances…
L'après-midi, je me sens en forme pour attaquer enfin la rédaction de ce livre de bord qui joue l'Arlésienne depuis trop longtemps pour les visiteurs du site Internet. Qui sait ? Ce sera peut-être aussi une bonne thérapie pour éliminer mes angoisses ; l'occasion d'exorciser ces démons qui me rongent…(mais non ; je rigole. Je ne me sens pas du tout névrosé. Il ne manquerait plus que ça !)
La nuit tombe tandis que je continue d'écrire sur mon ordinateur. Le port est éclairé par quelques feux d'artifice qui saluent bruyamment la fin de ce jour de fête.

Mais déjà la pluie revient…
Jeudi matin. L'expert est vraiment très bousculé par tous ses rendez-vous. Il me dit qu'il me rappellera plus tard. Vers 15h30, il me demande de le rejoindre à l'entrée du port, sa voiture ne pouvant pas entrer. Je m'habille chaudement car il s'est remis à pleuvoir. J'ai à peine 600 mètres à faire, mais une sciatique sournoise me lance dans la jambe droite et me ralentit. A tel point que notre homme d'affaires très occupé me rappelle sur mon portable, alors que j'approche de l'entrée. Deux minutes plus tard, il me tend sa fameuse lettre que je mets au sec dans mon sac à dos. Après un " Alors, ce tour du monde ? On n'est pas mieux ici. Non ? " d'un air complice, il repart dans sa voiture aussi sec. Il ne m'a rien fait payer. Lui qui était prêt à me facturer l'agrafe qui assemble le rapport tapé par son épouse. Je n'en reviens pas. Pour fêter ça, je pars faire des courses ; maintenant que je suis à mi-chemin (ou presque) et malgré ma sciatique. Dommage, la halle n'ouvre que le matin. Je vais devoir attendre 17h00 pour l'ouverture d'un petit supermarché. J'en profite pour faire le tour du quartier. Je repère une boutique de photocopies et le bureau de poste pour envoyer mon courrier demain matin.
Lourdement chargé avec des bouteilles d'eau et quelques provisions, je passe devant le cybercafé que j'irai bientôt visiter pour envoyer ce premier extrait de mon journal de bord avec quelques photos. Je ferai aussi un tour du côté de ma messagerie pour répondre aux messages que je n'ai pas encore consultés depuis mon départ de Saint Cyprien.
J'appelle la société spécialisée en occasion pour le moteur. La personne que je devais contacter est absente. Il faut la rappeler lundi.

… comme vache qui pisse !
Vendredi matin. Une pluie torrentielle tombe alors que je finis de rédiger une lettre d'accompagnement au courrier que je prépare pour le chantier de Saint Cyprien. Peu importe la pluie, je pars faire les photocopies et envoyer la lettre recommandée au bureau de poste, le tout dans un espagnol en progression. Ce qui me donne l'idée de chercher un dictionnaire français-espagnol. Après avoir déambulé pendant une heure sous une pluie intense, je rentre dans un grand magasin de Palma, Corte Inglese, style Galeries Lafayette avec un étage consacré aux livres. J'en prends deux. Le premier est un guide de conversation qui apprend aux Espagnols comment parler aux Français. Le second est un dictionnaire espagnol pour les langues européennes ; allemande, anglaise, française, italienne et portugaise (puisque je dois rester en Méditerranée pour un moment, autant s'équiper). Je ne sais pas si c'est l'habitude de ce magasin ou mon look très détrempé par la pluie. Toujours est-il que la caissière m'a demandé mon passeport pour valider l'utilisation de ma carte visa premier. Quelle humiliation ! (Quand je vous parlais de paupérisation).
En rentrant, je fais des courses dans la halle. Près d'un étal de primeurs j'entends une cliente parler français. Le couple de commerçants qui vend des fruits et des légumes est lui aussi français. Quel plaisir de pouvoir s'exprimer dans cette belle langue. La conversation dure un bon moment. Ils me confirment que cette météo est exceptionnelle. Pendant les années précédentes, il fallait livrer de l'eau par bateaux-citernes à cause de la sécheresse du climat local. Cette année, les quelques barrages sont trop pleins pour retenir toute cette pluie. Je les quitte après l'histoire qu'ils m'ont racontée au sujet d'un couple de Marseillais. Partis pour un tour du monde, ils se sont arrêtés à Palma à cause de problèmes techniques. Tombés sous le charme de l'île, ils ne l'ont pas encore quittée, voilà plus d'un an maintenant. Ça ne me rassure pas vraiment…

Une drôle de radio…
Le week-end est humide (pour changer). Le vent pousse toujours la pluie par l'arrière du bateau. Je dois donc fermer tous les panneaux pour ne pas mouiller l'intérieur. Grâce à un petit chauffage acheté à Saint Cyprien, j'arrive à maintenir une température de 19°C. C'est un radiateur électrique soufflant de 500 W à brancher sur le 220 V du quai. Auparavant, j'avais essayé un chauffage de 300 W en 12 V ; c'est peut-être suffisant pour une voiture, mais certainement pas pour un bateau. Avant qu'il épuise mes batteries inutilement, je m'en suis vite débarrassé en l'échangeant contre celui qui me sert actuellement. Cette météo pourrie me laisse le temps de me consacrer à mes tâches intellectuelles quotidiennes ; cours d'espagnol, écriture de mon journal. La radio fonctionne toute la journée.
Le matin, je prends les nouvelles de la France par RFI que je reçois en ondes courtes. C'est le seul canal qui me permet d'entendre une voix française. A peine plus de 400 km de la France et on ne peut plus entendre que RFI. Comme il s'agit d'un émetteur d'Afrique, les nouvelles de la France sont suivies de celles des différents pays francophones africains.
Ensuite, toujours en ondes courtes, je capte Radio Monaco pour le bulletin météo marine de Météo France qui couvre la Méditerranée entre Gibraltar et l'Italie. Le 150ième BMS est annoncé pour dimanche. Il est très sévère et concerne l'ensemble du bassin méditerranéen ; force 8 à 9 un peu partout, 10 en Provence, mer forte à très forte avec pluie et averses orageuses. Une conjonction de dépressions dont l'une a décidé de séjourner aux Baléares pour quelque temps. Ça promet pour les jours à venir…
Côté détente, la FM locale émet surtout en catalan ou en majorquin mais cela perturbe mon apprentissage de l'espagnol. Une radio des Canaries, Kiss FM, est relayée par Palma. Au début, j'étais très content de l'entendre parce qu'elle ne passe que des chansons anglophones très cools. Après quelques jours, je me suis rendu compte que cette station rediffuse toujours les mêmes morceaux (pas plus de 30). Les animateurs se succèdent pour annoncer les titres et quelques informations locales en espagnol. Ils doivent faire preuve d'imagination pour inventer une nouvelle présentation du sixième passage de la journée de Stibi Wonder… Je la laisse souvent en fond sonore.
Le soir, après le bulletin météo de Radio Monaco, retour à la FM pour une radio classique offrant de bons concerts d'opéra mais qui sont souvent victimes de coupures de retransmission à cause du direct. Une autre diffuse, plus tard, une excellente émission de jazz.

Le temps ? Toujours pourri…
Lundi 6 mai. Le port est agité par le coup de vent annoncé. S'ouvrant largement au sud, la baie de Palma reçoit la forte houle de sud-est provoquée par le vent qui balaye les Baléares (et le reste de la Méditerranée). Les bateaux s'agitent et se repoussent avec leurs pare-battage. La pluie se déverse des nuages très bas et très sombres qui obscurcissent le ciel. Je dois garder l'éclairage électrique dans le bateau complètement fermé. Un rapide passage aux sanitaires provisoires m'a permis de constater que la couleur de l'eau du port ressemblait à celle de Soller à cause de cette pluie torrentielle qui n'en finit pas. Pas d'amélioration prévue avant jeudi. La semaine va être longue sans pouvoir se balader. Je renonce à appeler la société pour mon moteur. J'attends qu'il fasse meilleur pour m'occuper de mes équipements extérieurs.
Je comble mon temps avec mes activités habituelles (espagnol et journal de bord).
Parmi mes lectures, je reprends les instructions nautiques pour essayer d'élaborer un nouveau parcours de navigation. J'aimerais passer l'hiver aux Antilles.

Un nouveau projet de navigation.
La pire époque pour le passage de Gibraltar se situe pendant les mois d'octobre et de novembre (ainsi que février et mars). La meilleure saison pour traverser l'Atlantique d'est en ouest est située entre fin septembre et fin mars. Conclusion : il faut passer Gibraltar au plus tard en septembre pour rejoindre les Canaries et récupérer les alizés au niveau du Cap Vert. Pour le retour, c'est moins évident et mon congé se termine fin mai 2003.
La visite des îles peut se faire en remontant la mer des Caraïbes (plus abritée de la houle océanique). En fin de période (fin mars, début avril), après avoir quitter Saint Martin, qui se situe au niveau du 18ième parallèle nord, il faut entamer une très longue route pour dépasser le 40ième parallèle en contournant l'anticyclone des Açores par le nord. En redescendant par les Açores, il ne reste plus qu'à rentrer par Gibraltar début mai pour rejoindre la côte française et retrouver un port d'attache. (Plutôt simple sur le papier, non ?)
Comme il n'y pas d'urgence, j'attendrai mon passage aux Canaries pour acheter les cartes et les livres sur les Antilles et les Açores.

Oui, mais jusqu'en septembre ?
Mardi 7 mai, le matin. Le chantier de Saint Cyprien m'appelle. Ils ont bien reçu mon courrier et souhaitent seulement savoir si j'ai fait appel à l'expert ou s'il a été mandaté par mon assurance. Je leur réponds que mon assurance m'a seulement communiqué le nom de l'expert avec qui elle travaille aux Baléares. Je leur rappelle que si je règle personnellement les frais d'expertise, l'assurance reste prête à me soutenir juridiquement en cas de litige. Fin de la communication. Je n'ai aucune idée de la suite de cette affaire. Leur assurance professionnelle va-t-elle faire traîner la situation pour l'étouffer ? Quelle sera le montant final du remboursement ; total ou partiel ? J'avoue que cela ne m'inquiète plus vraiment car j'ai d'autres préoccupations. La météo n'a pas changé d'une goutte et le bateau gesticule toujours autant. Je continue donc d'attendre pour mes équipements. Plus important ; quel est le programme pour les 4 mois qui me séparent de ma sortie de Gibraltar ? J'ai plein d'idées de croisières qui me font envie, à commencer par la Grèce. Je garde de très bons souvenirs du Péloponnèse et des Cyclades. Tout me plait dans ce pays ; les paysages, les temples, la musique, les gens, la cuisine… D'un autre côté, il y a la Croatie que je ne connais pas. Et puis, Emeric, du bateau Desperados (mais si, rappelez-vous Soller…), m'a aussi parlé de Monastir en Tunisie où se retrouvent certains circumnavigateurs avant le grand départ. Et enfin des endroits plus proches, comme la Corse, la Sardaigne et la Sicile, qui restent de bonnes balades. Mais que choisir ? Je ne peux pas tout faire non plus. Il faut choisir. Et ensuite trouver les cartes et documents de navigation ad hoc.

Palma de Majorque ; je reste encore un peu…
Mercredi 8 mai, le matin. Je dois braver le vent et la pluie, toujours très présents, pour me rendre au bureau du port. Ils travaillent tous les jours. De toutes façons, l'Espagne n'était pas trop de la fête en mai 1945. Je viens pour prolonger à nouveau mon séjour car le temps passe et je n'ai pas pu résoudre mes problèmes d'équipements avec cette météo pourrie. J'en reprends pour deux semaines. J'ai besoin de ce temps pour m'équiper, bricoler et faire des tours dans la baie pour une revue complète du bateau, pour lequel mon capital confiance a sérieusement besoin de remonter. En attendant, cours d'espagnol et rédaction du journal de bord continuent à m'occuper dans ce port où les bateaux dansent toujours sous la pluie.
Jeudi 9 mai 2002. Le vent souffle toujours mais du sud-ouest cette fois en chassant les nuages. Un beau soleil vient réchauffer le bateau que je peux enfin ouvrir de tous ses panneaux. Les amarres font entendre des grincements plaintifs sur les chaumards car l'eau reste agitée et le vent pousse maintenant par la proue. Jour de fête religieuse ; l'Espagne ne travaille pas. J'en profite pour mettre une dernière touche à mon journal de bord que j'enregistre sur disquette. Je l'enverrai demain dans le cybercafé, près de la halle.

Palma : je reste même beaucoup…
(du 10 au 30 mai 2002)
Bon, cette fois je vous résume car il s'est passé plein de nouvelles choses et je ne reprends l'écriture de mon journal que le 7 juin au soir.

Le cybercafé est resté fermé jusqu'à mon départ de Palma (sauf un jour où je n'avais pas ma disquette) ; pas d'envoi de journal et de photos. Grâce à mon petit vélo, je peux arpenter Palma à la recherche des équipements que je souhaite acheter. Une planche de bois, en guise de passerelle, m'a été offerte par un couple d'Allemands. Ils en ont acheté une neuve en aluminium. J'ai perdu plus d'une semaine à rechercher la bonne façon d'installer deux panneaux solaires supplémentaires avec cadre en aluminium (comme celui dont je dispose déjà). J'ai échafaudé plein de plans à base de tubes télescopiques en aluminium (comme des gaffes, par exemple) pour orienter les panneaux face au soleil. Au final, j'ai laissé tomber pour plein de raisons. En cas de vent violent, je crains l'arrachement de l'installation. En cas de vent faible, j'aurais un superbe aérofrein pour ralentir d'avantage le bateau. Et pour finir, la poupe est déjà assez encombrée avec l'annexe, son moteur et les bossoirs. Je ne sais déjà pas comment je vais pouvoir pêcher avec tout ce barda. J'achète finalement deux panneaux solaires Solara extra plats à placer au gré du soleil, sur le pont, dans le cockpit ou même sur la capote. Je souhaitais en avoir deux de même puissance (56 Watts), mais le shipchandler n'en disposait pas. J'en ai donc un de 56 et l'autre de 40 W, ce qui devrait me fournir une moyenne de 6 Ampères supplémentaires en fonction de l'ensoleillement.
J'ai enfin pu troquer mon ancien moteur hors bord (4 CV, 4 temps mais 26 kg et une nourrice à charrier) contre un moteur neuf (3 CV, 2 temps de 16 kg avec réservoir intégré de 1,7 litres. Seule contrainte ; je dois réaliser le mélange à 2% (pour le rodage, puis à 1%) d'huile et de super sans plomb dans un petit bidon de 5 litres. La reprise de l'ancien moteur, minorée du fait de l'absence de facture m'a permis l'achat du neuf pour 600 Euros (au lieu de 1000). Voilà une bonne chose de faite…
J'ai fini la fabrication du coffret en bois pour isoler les câbles mais je ne sais pas encore comment je vais le fixer. Côté navigation pour l'été, je réduis mon parcours à la Sardaigne et à la Sicile avant de repartir à la conquête de l'Atlantique cet hiver.

Puis, vint l'Inspiration…
Le 28 mai, un voilier vient s'amarrer à côté d'IDEFIX. Il s'agit d'un Espace 1100 de chez Jeanneau (comme mon Sun Shine). C'est un fifty de 11 mètres avec un moteur de 50 CV qui se nomme " Inspiration ". Son propriétaire, Andreas, est allemand (pour changer) et il vit seul à bord. Deux bateaux de même longueur et du même âge. Deux skippers vivant seul à bord et du même âge. Nous n'avons pas tardé à faire connaissance. Il m'invite à boire une bière en remerciement de la pâte époxy que je lui ai offerte pour reboucher les petits trous de son pont. Il a acheté son bateau à Trieste depuis plus d'un an. Il l'a ramené aux Baléares après quelques travaux et en essuyant deux bonnes tempêtes au sud de l'Italie. Il est munichois, mais il travaille à Berlin comme médecin intérimaire pour passer du temps sur son bateau.
Le lendemain soir, nous nous retrouvons au restaurant (mon premier depuis plus d'un mois à Palma). Nous jouons à discuter avec un mélange amusant d'anglais (surtout), d'allemand, de français et d'espagnol. Nous nous découvrons plein de points en commun sur notre façon de vivre. Il souhaite également traverser l'Atlantique cet hiver et on se donne rendez-vous dans un petit port des Canaries en novembre. La soirée se termine vers 2h00 du matin après une balade dans les rues de Palma et une vodka qu'il m'offre à son bord. Je lui annonce mon départ pour le lendemain, fin de ma troisième réservation au port. Je suis prêt à partir et le port commence à me peser et à me coûter cher (plus de 180 Euros la semaine). De son côté, il attend deux " clients ", qu'il a contactés par une petite annonce dans un magasine allemand. Ils viennent à bord vendredi pour une semaine et souhaitent visiter Ibiza.

Au revoir Palma…le voyage reprend enfin…
Jeudi 30 mai. C'est le dernier jour, je dois quitter ma place au port avant midi. Le matin, je pars faire quelques courses pour mon approvisionnement. Je fais le plein d'eau douce. Andreas m'invite à un petit encas avant mon départ.
Je largue les amarres à 14h30 pour me rendre à la station de carburant. Elle n'ouvre qu'à 16h00. Je décide de ne pas attendre pour profiter du vent qui s'est levé. Cap à l'est, j'ai choisi de faire étape dans le mouillage de Puerto de Campos à une distance de 24 miles. Si le vent de nord-est se maintient, je peux y arriver avant 20h00.
En fait, le vent est tombé au bout d'une heure tandis que je longeais la côte sud-est de la baie de Palma. Un peu de moteur pour m'écarter des rochers vers lesquels je dérivais. Je passe enfin Cabo Blanco à 20h00. Le vent a repris mais il a tourné à l'est et je dois tirer des bords. J'atteins finalement le mouillage vers 23h30. Il fait nuit noire depuis deux heures. J'évite les cailloux de l'entrée sud et je me dirige vers le feu de mât d'un voilier au mouillage. Je jette l'ancre dans trois mètres d'eau avec vingt mètres de chaîne. Le vent continue de souffler à 15 nœuds mais la mer est calmée par le relief.

Puerto de Campos : un mouillage calme…
Vendredi 31 mai. Je découvre le mouillage sous un magnifique soleil. Nous ne sommes que trois voiliers à l'ancre face à une grande plage de sable blond où sont alignés quelques parasols et chaises longues. Les touristes arrivent en petit nombre. Ce sont surtout des personnes âgées qui viennent profiter de ce soleil longtemps attendu. La quiétude de l'endroit est parfois dérangée par le passage d'un jet-ski bruyant qui provoque le balancement soutenu des voiliers. Je suis heureux d'être ici, loin du bruit et de l'agitation de Palma. Je prends conscience que mes vacances vont enfin pouvoir commencer.
Un gros bateau à moteur vient de jeter l'ancre. A son bord, un couple d'une cinquantaine d'années se dénude sans attendre pour une partie de bronzage intégral. Au bout d'un long moment de friture ensoleillée, l'homme se décide à plonger en affichant sa fierté d'être riche (avec un gros bateau) et d'être libre (en étant tout nu) mais aussi très rouge (pour avoir trop cuit). Deux heures plus tard, le bateau, puissamment motorisé, quitte le mouillage en lui rendant sa tranquillité. Ce beau jour s'achève avec un pâle coucher de soleil sur le port de Campos.

De Puerto de Campos à Porto Petro ; vent soutenu…

Comme j'ai le temps, je vais profiter de ma présence à Majorque pour remonter la côte est afin de découvrir le plus de sites (ports et mouillages) avant de rejoindre Minorque. Ma prochaine destination n'est qu'à 14 miles. Le vent d'est souffle à 16 nœuds quand je quitte Puerto de Campos. Je descends à vive allure au sud-est pour atteindre la Punta Salinas qui sépare la côte sud et la côte est de Majorque. Passée cette pointe, le vent d'est monte à 25 nœuds en entraînant une forte houle. Je décide de prendre un ris dans la grand voile. J'ai malheureusement " foiré " mon nœud du point d'écoute et ma bosse de ris part se perdre dans la bôme. Je suis donc obligé de réduire d'avantage ma voilure en prenant le deuxième ris. Ce choix forcé s'est montré plutôt judicieux car plusieurs rafales se sont fait sentir en faisant gîter le bateau. La mer est agitée et je dois tirer des bords pour remonter vers Porto Petro (à noter : sur cette côte, le port se dit porto tandis que sur les 3 autres, il se dit puerto).
A l'approche de l'entrée de la rade, j'affale les voiles en étant brinqueballé par les vagues. Le bateau remue beaucoup et la bôme décrit des allées et venues très violentes. A tel point que la fermeture éclair du lazybag, déjà mal en point, se déchire à son extrémité.

Le mouillage de Porto Petro : beaucoup trop remuant…
J'atteins le mouillage vers 18h00. Je dois me frayer un chemin parmi les nombreux voiliers ancrés dans un espace réduit et remuant. Le fond de sable est à 7 mètres. Je dois mouiller l'ancre avec au moins 25 mètres de chaîne. Mais, comme le bateau a beaucoup remué pendant cette traversée, la chaîne est mélangée. Elle empêche parfois le guindeau de la faire descendre. Je dois me reprendre à trois fois pour mouiller la longueur suffisante en évitant les bateaux qui m'entourent. Dans la manœuvre, j'accroche maladroitement le feu vert (que je venais d'installer à Palma) du balcon avant droit. Il se déboîte de son support et coule rapidement sans que je puisse le rattraper. Le vent continue de souffler de l'est et la houle entre dans la rade en faisant rouler les bateaux. Je m'endors en pensant à mes nouveaux " ennuis " ; un feu perdu, une fermeture éclair déchirée et une bosse de ris à réinstaller. Demain, c'est dimanche et tout sera fermé.
Dimanche 2 juin. Le soleil brille et le vent s'est calmé. La température commence à monter et je pense que l'été va bientôt arriver. Il flotte un air de vacances dans ce mouillage. C'est le week-end et certains propriétaires locaux occupent leur bateau pour la journée. Un plongeur en combinaison et bouteille se déplace lentement entre les bateaux en entraînant sa bouée rouge de signalisation. Je suis prêt à l'appeler pour lui demander de bien vouloir récupérer mon feu vert mais il a déjà disparu. Tant pis, j'en rachèterai un plus tard. En attendant, j'ai du bricolage à faire. La bôme fait 4 mètres de long et je dois y réintroduire la bosse de ris qui a fugué la veille. Le cordage est épais, les poulies d'entrée et de sortie de la bôme sont étroites. Il n'est pas possible de faire entrer le cordage en le poussant ; la première poulie le coince. Il me faut trouver un " messager " plus fin à introduire auparavant. J'essaye avec un bout de garcette que je n'arrive pas à pousser jusqu'à la moitié de la bôme. Avec un autre cordage un peu plus épais, je me heurte au même problème. Ce n'est pas assez rigide. J'aurais dû apporter une " corde à piano " . On ne peut pas penser à tout, et en existe-t-il de cette longueur ? C'est alors que je me suis rappelé que dans mon tri des affaires du bateau, j'avais gardé une longueur de filière plastique usagée ; ça peut toujours servir. La preuve ; j'avais là exactement ce qu'il fallait : assez long, assez rigide et pas trop épais pour passer les poulies. En la reliant au bout de la filière avec une longueur d'adhésif, je réussis à remettre en place la bosse de ris. Pour finir, je réalise un beau (et vrai) nœud avec l'œillet du point d'écoute.
Quant à la fermeture éclair, c'est plus compliqué. Un bout de 20 cm s'est déchiré. L'extrémité de la fermeture est cousue et ne possède pas de guides d'assemblage. J'en fabrique deux avec un morceau de plastique récupéré d'une vielle latte de voile. Avec de la colle néoprène et un bout de tissus épais pour réparer les voiles, je réalise un montage qui permet d'introduire les guides dans la navette de la fermeture. Je réunis ce montage aux deux bouts de la fermeture éclair restants, et il ne reste plus qu'à essayer. Le lazybag est trop tendu par la grand voile qu'il contient. La fermeture fonctionne deux fois mais mon " système " cède à la troisième. Pour faire les choses bien, il faudrait carrément reprendre toute la fermeture. C'est-à-dire, retirer le lazybag de la bôme avec la grand voile et le porter chez un spécialiste des voiles pour recoudre une nouvelle fermeture de plus de 4 mètres. Du temps et de l'argent. Je préfère tenter une réparation " maison " mais je dois m'y prendre autrement. Il me faut trouver un bout de fermeture complet d'au moins 40 cm qui corresponde au calibre de la fermeture existante afin d'en remplacer l'extrémité qui est en trop mauvais état.

Porto Petro : premier bain, première plongée…
Après le bricolage et un déjeuner rapide, ce début d'après-midi s'annonce plutôt chaud. Tandis que certains bronzent nus sur leur bateau, d'autres nagent et profitent de la fraîcheur de l'eau. J'hésite à plonger pour récupérer mon feu vert. Le fond est à plus de 7 mètres et je suis sans entraînement depuis très longtemps. L'eau a l'air de bonne température et elle me tente beaucoup pour me rafraîchir. Je me mets dans les oreilles quelques gouttes d'un produit que m'a conseillé SCARAB pour ménager mes tympans lors de mes premières plongées. Je dégage l'annexe de la jupe. Je sors palmes, masque et tuba. Et me voilà nageant près de la coque. J'en profite pour regarder son état sous l'eau. Rien de spécial, à part un gros sac en plastique noir qui s'est coincé autour de l'arbre, près de l'hélice. Je dois plonger huit fois pour le dégager en le dépeçant. Cet exercice m'encourage à essayer de récupérer le feu vert. Par chance, le soleil éclaire suffisamment le fond sablonneux. Je nage en surface en regardant la chaîne posée au fond. Je me dirige vers l'ancre. A mi-chemin, je vois distinctement le plastique noir du feu gisant à côté de la chaîne. Je plonge une première fois à 4 mètres, une seconde à 6 mètres. Et au troisième essai, je remonte le feu, heureux de cette " performance " qui me fait économiser 15 Euros.
Je me dessale avec la douchette de la jupe alors que la houle a augmenté car le vent a tourné au sud-est. Les bateaux roulent brutalement. C'est très inconfortable. Tout menace de tomber à l'intérieur du bateau ; il vaut mieux éviter la soupe pour le dîner. Ce n'est plus un mouillage, c'est la foire du Trône. Demain, je quitte cet endroit trop remuant.

De Porto Petro à Porto Colom ; très court …
Lundi 3 juin, midi. Je quitte le mouillage pour remonter vers Porto Colom. Comme la distance est très courte, 5 miles, je décide de rester au moteur en longeant la côte en admirant l'entrée des différentes calanques qui séparent les deux ports. Une heure plus tard, j'entre en rade de Porto Colom. C'est un magnifique port naturel bordé d'une belle pinède et qui est encore épargné par le tourisme et son architecture envahissante. Plusieurs bateaux sont au mouillage dans un alignement impeccable, contraints par l'utilisation de bouées numérotées. J'ai la chance d'en trouver une disponible. C'est l'occasion de tester l'un de mes nouveaux équipements qui me permet de crocheter une amarre à la bouée. Opération réussie avec beaucoup de facilité. IDEFIX a retrouvé un plan d'eau calme même si le vent continue de souffler fortement. Je me sens bien ici et je pense y rester quelque temps. Avec l'annexe, je me rends à terre pour découvrir la vie de ce petit port. Il porte le nom de Christophe Colomb et trois petites rues parallèles, celui de ses trois goélettes.
Je rends visite à un centre Internet. En interrogeant le site de ma banque, je m'aperçois que je suis dans le rouge et j'effectue aussitôt un virement sur mon compte courant. Je visualise le site PATaventure ; pas de changement. En revanche, impossible d'accéder à la messagerie du site car le serveur a changé (multimania à lycos).
Je fais quelques courses et rejoins le bateau, bien décidé à boucler mon journal de bord pour le mettre à disposition sur le site.

Mouillage de Porto Colom ; je bosse…
La semaine est très studieuse. En dehors de quelques courses et des douches qui me font descendre à terre, c'est dans le bateau, transformé en bureau, que je passe mon temps. L'éolienne et les panneaux solaires me fournissent suffisamment d'énergie pour que je n'aie pas à faire tourner le moteur. Sur mon micro, je réalise la compression des photos pour le site que j'essaie de mieux gérer grâce au dictionnaire de JavaScript que j'ai apporté. Je reprends le texte déjà écrit de la page des Aménagements pour corriger certains points (électricité, eau) et pour en améliorer l'ergonomie (liens de navigation du texte et liens avec les photos). J'apprends également comment gérer une photothèque avec des pages d'index contenant des photos miniatures.
Vendredi 7 juin. Le temps est à la pluie et la température a beaucoup chuté depuis deux jours. Météo France en est à son 195ème BMS pour la Méditerranée. Les inondations ont tué en France et en Allemagne. Ce n'est pas encore vraiment l'été. On va bientôt croire qu'il n'existe que deux saisons ; juillet-août et le reste de l'année. En ce qui me concerne, je garde jalousement ma bouée pour rester tranquillement dans la rade où les places se font rares. Au dehors, averses orageuses, rafales et mer forte n'incitent pas à naviguer. Je me demande où Andreas a bien pu emmener ses " clients ". Je révise le texte du journal de bord et je reprends sa rédaction que j'avais interrompue à Palma.

Mouillage de Porto Colom ; l'Inspiration revient…
Dimanche 9 juin en fin d'après-midi. J'entends le bruit du moteur d'un bateau qui vient frôler ma coque. Je sors et je reconnais Andreas et " Inspiration ". Il me dit qu'il ne trouve pas de bouée disponible à cause de son tirant d'eau et qu'il a perdu son annexe. Aussi, il me demande de le suivre avec la mienne de l'autre côté de la rade où il va jeter l'ancre. Je le rejoins à son bord et en buvant une bière, il me raconte sa semaine pleine de contrariétés. Le temps était pourri. Ibiza est un port très cher rempli de junkies pas très nets. Son annexe, en bois repliable s'est retournée avec une vague. Ses vis se sont desserrées et elle a coulé immédiatement. Les " clients " d'Andreas ont été nuls ; couple illégitime en cavale amoureuse pour la semaine, ils furent inexistants à la manœuvre et aux tâches ménagères, arrogants et pingres. La mer agitée du retour, d'Ibiza à Palma, les a rendus malades en les faisant vomir à tour de rôle. En résumé, il fut content des les voir quitter le bateau vendredi. Autres problèmes pour Andreas liés au bateau. Son guindeau électrique ne marchait plus à cause de fils électriques écrasés. Son pilote est tombé en panne à cause d'un mauvais branchement électrique ainsi que sa pompe à eau douce pour la même raison. Il est en colère car ce sont des travaux qu'il a fait faire par des professionnels. Cela me rappelle mon histoire ; bienvenue au Club Andreas. Pour finir les ennuis de la semaine, au retour à Palma en pleine nuit et sous la pluie, il n'y avait plus de place disponible au Real Club Nautico. Prétextant un problème moteur, il a été autorisé à rester au quai d'attente moyennant le prix d'une place normale (c'est cher pour avoir de l'électricité, pas d'eau et la houle de côté). Me sachant dans les parages, il a décidé de me rejoindre. Son besoin ; rentrer passer une semaine de vacances en Bavière pour se reposer et fêter l'anniversaire de sa mère. Pour cela, il lui faut laisser le bateau et prendre l'avion. N'ayant plus d'annexe, il me demande de lui servir de chauffeur.
Lundi 10 juin. Le matin, après l'avoir aidé à l'amarrage de son bateau à une bouée (où il pourra rester en sécurité toute la semaine), j'accompagne Andreas dans une agence de voyages. Comme il y a des navettes régulières, Air Berlin ne demande que 130 Euros pour un aller-retour Palma-Munich. En revanche, le taxi de Porto Colom à Palma coûte également une centaine d'Euros et il est préférable de louer une voiture. Il paye la location d'une Citroën Saxo pour 24 Euros la journée et on passe la prendre à 18h00 avec mon permis de conduire. Ensuite, après une bière en terrasse d'un bar, on se décide à aller dîner dans un petit restaurant très " typique " à l'écart des grands restaurants ruineux du port. On s'est beaucoup amusé de la saleté de l'endroit et des toilettes qui concordait si bien à la répugnance de sa cuisine. Mais encore sous le choc de sa mauvaise semaine, Andreas m'annonce qu'il s'angoisse à l'idée d'affronter le Mistral et qu'il renonce à son tour du sud de la France pour l'été. Pour l'Atlantique, il n'en est plus vraiment sûr non plus. L'ayant traversé déjà deux fois, il ne souhaite pas vraiment recommencer. Il préfère rejoindre Barcelone pour quelques travaux, puis descendre tranquillement jusqu'à Almerimar (nouvelle marina proche d'Almeria) dont les prix de port seraient imbattables dans ce coin de Méditerranée. Plutôt morose notre Andreas, mais aussi content de revoir sa famille. Je le ramène à son bateau.

Majorque vu de l'intérieur…
Mardi 11 juin. Il est 6h00 du matin quand je passe prendre Andreas sur son bateau. Je laisse mon annexe à flot au quai du port. Le soleil se lève quand nous quittons Porto Colom. Je conduis à nouveau une voiture après trois mois d'abstinence. C'est plutôt agréable ; la voiture est facile, la route en bon état et le paysage très bucolique. Des champs d'oliviers jalonnent des vallées qui viennent mourir à l'ouest, au pied de montagnes abruptes coiffées de nuages sombres. Une heure plus tard et plusieurs camions à dépasser, nous arrivons à l'aéroport. Je reprends la voiture vers 7h30 en laissant Andreas attendre son vol de 8h30. J'ai la voiture pour la journée, autant en profiter pour découvrir le pays de l'intérieur. J'évite de rentrer dans Palma, saturé par la circulation. Je prends la direction de Inca au centre de l'île. C'est une petite ville dont la spécialité est le cuir. On y trouve plusieurs boutiques de fabricants bon marché. En une demi-heure d'autoroute, j'arrive à destination. C'est trop rapide car je dois à présent attendre l'ouverture des magasins de cuir, entre 9h30 et 10h00. Après un café et un croissant, je fais le tour du centre ville en espérant voir de belles choses à photographier. Je croise des écoliers, courant pour éviter d'être en retard. Ce n'est plus mon problème. Je vois également des vieillards en pleine discussion, assis sur leur chaise au milieu du trottoir. Je n'ai pas encore l'âge. En général, les constructions sont rénovées mais façon années 70. Les quelques rares vieilles maisons sont malheureusement crépies ou en très mauvais état. Un magnifique porche, en pierre avec un bas-relief à la clef, est tristement affligé d'une plaquette bleue qui porte son numéro de rue. Les fils électriques barrent définitivement toutes tentatives photographiques de quelques monuments du XIVème siècle. Parfois même, un panneau publicitaire placardé sur une belle façade me fait douter du bon goût des habitants de ce pays. Après cette infructueuse récolte de clichés, il est l'heure d'acheter du cuir. J'ai un grand besoin de ceinture pour mes jeans. Mon ventre, encore un peu adipeux mais anciennement comprimé, n'arrive plus à les retenir. Je trouve deux modèles différents de ceinturons larges : un noir lisse et un écru, à 7 Euros l'unité. Satisfait par mon achat, je quitte Inca vers 10h00 pour visiter la campagne en direction de Porto Cristo sur la côte est. Je n'ai pas de but précis, ni de guide du routard. Je n'ai qu'une petite carte offerte par le loueur de voitures. On y retrouve essentiellement tous les lieux de dépôts de carburant de l'île et peu de symboles de sites à visiter. Je quitte la route pour voir un petit village, Costitx, qui possède ce que je prends pour un repère archéologique. Le tour du village est très rapide. Au centre, une vieille église romane au bord d'une rue étroite où déboulent des camions de chantiers. Une maison de la culture, fermée, construite au sommet du village possède une terrasse qui offre une jolie vue sur la campagne avoisinante. Un cheval (ou un mulet) s'abrite du soleil à l'ombre d'un oranger. Je le photographie pour avoir au moins une photo à ramener. Mais pas de monuments historiques. Je me laisse guider par les panneaux annonçant un observatoire astronomique. Je suis curieux de voir à quoi il ressemble. La route devient de plus en plus étroite, encadrée par des murets de pierre qui limitent de petits champs où sont plantés des oliviers. J'arrive au sommet d'une petite colline ; fin de la route. Un vaste chantier, où s'activent des ouvriers en sueur, concerne un nouveau dôme métallique d'une dizaine de mètres ainsi qu'un parking pour voitures. Je pénètre sur le site sans prendre garde aux panneaux me l'interdisant. Je fais un cliché de cet étonnant complexe scientifique, planté au milieu de nulle part, et dont la vocation est l'étude des étoiles. Un petit champ est couvert de sept petites coupoles dont chacune s'intéresse à une galaxie particulière.
Je reprends ma route campagnarde entre Costitx et Petra. Je m'arrête pour prendre des photos de certains paysages. Ici, une petite bergerie sous le village avec ses tours d'anciens moulins. Là, cette belle ferme avec son puits et ses cultures en terrasse. Ou bien encore, ce champ rougeoyant de coquelicots. L'entrée de Petra est caractéristique avec une petite chapelle à l'ombre d'un palmier et son imposante église (malheureusement assombrie par un nuage). Non loin de là, une petite ferme avec un palmier au fond d'un champ grillé par le soleil.
Je continue mon chemin en contournant Manacor pour rejoindre la route de Porto Cristo. Je m'arrête pour visiter les grottes de Hams. Les photos sont interdites à l'intérieur. De retour au bateau j'ai photographié avec le caméscope les cartes postales distribuées à l'entrée des grottes. Les couleurs sont réellement très contrastées par l'éclairage électrique. Au milieu de la visite, nous avons eu droit à un concert intitulé : le concert dans le lac " Mer de Venise ". Une barque illuminée pénètre dans une grotte obscure en se déplaçant lentement au son d'une musique classique approximative. A son bord, trois personnes ; un rameur (à la godille) et deux musiciens (une clarinette et un clavier électrique). C'était très kitsch. Le prix de l'entrée pourrait baisser en évitant ce genre de numéro. Il y a heureusement la splendeur de ces grottes qui ont chacune une particularité. Parmi elles, le lac des Colonnes avec la hauteur surprenante des stalactites plongeant dans une eau limpide. Là, " le rêve d'un ange " montre des formes de harpons ou d'hameçons qui ont donné le nom de Hams à ces grottes. J'ai même reproduit la photo d'un mini calendrier 2002 au format carte bancaire. La compression numérique ne l'a pas trop modifiée. Si vous êtes intéressés par le sujet, il existe un site Internet dont l'adresse est www.cuevas-hams.com

C'est l'heure de déjeuner lorsque je quitte les grottes. J'évite de manger sur place en préférant me rendre à Porto Cristo où j'arrive 10 minutes plus tard. En laissant 1 Euro au parcmètre, je peux rester une heure et quarante cinq minutes. Je souhaitais visiter le port pour vérifier si je peux m'y rendre prochainement avec IDEFIX. Ce n'est pas gagné. Côté public, le quai est plein. Côté Club, il reste des places mais à 38 Euros par jour. Pour le mouillage dans l'entrée, il est trop exposé à la houle et aux nombreux mouvements de bateaux qui entrent ou sortent du port. J'ai bien fait de le visiter auparavant. C'est très beau, avec de belles maisons et plein de couleurs. On peut faire de belles photos de l'entrée du port et de ses méandres. Mais c'est surpeuplé de touristes et c'est très bruyant. Je me trouve un restaurant un peu reculé. Je me délecte d'une entrecôte avec une sauce au poivre et des légumes frais. En dessert, fra