Conclusion sur le tour de la méditerranée de mars à septembre 2007

Voilà que s'est achevé ce quatrième voyage en équipage. Comme les précédents, il me revient comme organisateur
et responsable de ce périple à la voile d'en tirer des conclusions et des enseignements.
Il s'agit donc de mes conclusions en fonction des objectifs que je m'étais fixés,  mais également à l'aune de mes
sensibilités et de mes aspirations, et elles pourraient être différentes de celles que tireront mes équipiers.

L'objectif pour réussir ce voyage de près de six mois était de s'appuyer sur le triptyque suivant :

4  Un bateau rassurant
4  Un équipage solidaire et motivé
4  Un itinéraire et des escales choisis

Étant entendu, que si l'un de ces points était bancal, le voyage boiterait.

Mais ce ne fut pas le cas, et je dois dire que j'ai  eu de la chance d'avoir un équipage de qualité qui a contribué
à la réussite de ce voyage.

                                                    Le voilier

Camerone : Prenant en compte les enseignements du voyage précédant en rapport aux incidents techniques subis, je m'attachais à une mise à niveau pointilleuse du voilier autour de ses quatre éléments fondamentaux : Sa carène, son gréement et sa voilure, son moteur, ses équipements de sécurité. Bien entendu, une bonne préparation n'est pas suffisante pour s'assurer de n'avoir aucun incidents au cours du parcours. L'utilisation en navigation dans des conditions optimales est aussi important. J'en veux pour exemple les déchirures intervenues sur une voile. Il est certain que celle-ci devait présenter  préalablement des faiblesses au niveau de ses coutures, mais l'enroulement à l'aide du winch est à proscrire. Le passage du près à l'abattée en maintenant la grand voile bordée est suffisant pour réduire la pression exercée par le vent sur la voile d'avant et permettre son enroulement à la main sans efforts excessifs.

D'autre part, dans le gros temps, il faut ne pas être très averti du fonctionnement d'une voile pour espérer faire du cap avec un foc presque entièrement roulé.
L'enrouleur n'est pas fait pour réduire la toile, il est fait pour éviter de l'affaler. Certes, on peut rouler de quelques tours et faire route, mais cela signifie que le Génois lourd initialement prévu pour tenir jusqu'à 5/6 avec un 40 pieds selon l'allure sera roulé jusqu'à l'équivalent de l'inter pour étaler . Mais il vaut beaucoup mieux le rouler complètement et envoyer un Solent sur l'étai largable que l'on aura établi sans attendre de faire l'acrobate sur le pont avant. L'épaisseur de l'enroulement perturbe considérablement les filets d'air de sorte qu'il est complètement illusoire d'espérer faire du cap avec une telle voile. De laminaire avec une ralingue normale, l'écoulement devient turbulent et la voile ne sert plus à grand-chose d'autre que de faire dériver sous le vent. De plus, elle n'a pas été taillée pour cela et c'est la certitude d'abréger sa vie très rapidement.

                                                 Les équipiers
C'est au moment de leur tendre la main pour un ultime adieu que je pris réellement conscience de l'attachement
qui me liait à mes équipiers.
Je cachais mes yeux humides derrière mes lunettes de soleil. Et lorsque le dernier d'entre eux disparu
du ponton, six mois de la vie d'un équipage s'achevait.

                                                       " Aimez-les sans leur dire"

Tito : Qu'est venu chercher le jeune Tito à bord de Camerone ? A quoi correspondait sa démarche quand il répondit à une annonce sur un site spécialisé de recherche d'équipiers ?  Pétri des récits des "Damiens" ou des livres du grand navigateur  Bernard MOITESSIER, pensait-il réaliser un rêve ou seulement assouvir une passion ? Voulait-il à l'instar de ces héros conquérir de nouveaux espaces  et atteindre ces mers lointaines et froides qu'il exalte ?
Tito fut un équipier de valeur exceptionnelle et bien que néophyte en voile, il s'inséra très rapidement dans son rôle  d'équipier et sur le plan technique fut en un peu plus d'un mois en mesure d'assurer seul les responsabilités afférentes à son quart.
Mais c'est surtout sur le plan de l'esprit que Tito donna toute la mesure de ses qualités humaines. Il suscita l'adhésion et l'enthousiasme au sein de l'équipage. L'influence et le rayonnement qu'il manifesta furent essentiels sur le comportement des membres de l'équipage et contribuèrent à créer une saine camaraderie.
Mais ce que personnellement je conserverai comme souvenir marquant de mon équipier, c'est qu'au moment où un fait devait être marqué il savait trouver le moyen et  les quelques mots simples pour le dire ou l'écrire.
Après son départ du bord, je trouvais sur sa couchette une feuille arrachée d'un cahier d'écolier avec ces deux simples mots :
 " - Merci Captain"

 
Jon : J'en suis encore à me demander comment j'aurais pu ne pas embarquer Jon. Pourtant, sa "dégaine" aurait pu me dissuader d'en faire un membre de l'équipage. Mais alors quel compagnon agréable, quel équipier prévenant, sympathique nous n'aurions pas eu à bord. Il fut le lien indispensable de l'équipage et sut en toutes occasions temporiser les attitudes des équipiers et en particulier celles du Capitaine. On ne pouvait pas se montrer désagréable à son égard et par extension lui causer de la peine. Jon est un garçon généreux, d'une grande sensibilité et aux grandes qualités de coeur.
Maël : Pourquoi lors de son embarquement à bord de Camerone sus-je que les relations ne seraient pas faciles avec lui. Peut avais-je fait l'erreur de ne pas le rencontrer au préalable comme je le fis avec les autres équipiers.
Je suis toujours dans l'expectative concernant les raisons réelles qui lui ont fait de solliciter cet embarquement à bord d'un voilier hauturier. A plusieurs reprises il manifesta son regret de ne plus voir les montagnes et les sommets enneigés qu'il affectionne. Pourtant Maël fut un équipier d'une rare compétence et d'une disponibilité exceptionnelle. Prévenant, affable, omniprésent,  il sut en toutes occasions se rendre indispensable. Mais peut être est-ce sa fatuité et sa propension à  contrarier  mes options qui  me contraignirent à marquer ma réserve à son égard.

                                                    Les escales

            De Gruissan à Bodrum : 4500 milles à la voile

Naviguer en mer méditerranée présente des spécificités propres qui doivent être prises en compte pour l'établissement de l'itinéraire et des escales si l'on veut que les voiles soient le moyen de propulsion principal du bateau.
Bien entendu, tout que j' écrirais sur notre itinéraire ou sur nos escales pourrait être considéré pour les lecteurs plaisanciers comme des truismes. Et mes conclusions et mes constats sont faits à partir de notre altérité : Six mois pour effectuer ce voyage, un équipage hétérogène et des équipiers jeunes.
Le regard que l'on a est aussi fonction de la période à laquelle l'on est passé.

Je réserve ensuite les détails techniques des escales pour un site Internet à venir.

Premièrement, Un constat
Qui sont les plaisanciers que l'on rencontre le plus fréquemment ?: Des équipages formés de couples quadragénaires (maris et femme !), mais aussi des équipages de "jeunes retraités".
vont-ils ? : Dans les marinas et les ports aménagés, ainsi que dans une moindre mesure les mouillages forains.
Que font-ils ? : La durée de leur voyage  dépasse rarement quelques mois. Ils  ne parcourent que de courtes distantes entre deux escales et  généralement de jour. Ils restent plus d'une semaine sur leur lieu d'escale. Louent un véhicule et visitent l'intérieur des terres. Évitent autant que faire ce peut de naviguer par vent fort établi. Privilégient l'utilisation du moteur du bord que de faire des bords à la voile.

Deuxièmement, une conclusion rapide sur les escales dans les pays abordés:

Celle ci se fait à partir des paramètres suivants :

Une constante : Un voilier a besoin régulièrement de se ravitailler en eau, de recharger ses batteries s'il n'est pas suffisamment autonome dans ce domaine, et de s'avitailler en vivres frais.
Et donc il doit régulièrement s'amarrer à un ponton. Et cela à un prix. Et celui-ci est très différent selon le pays où l'on se trouve. Pour exemple* : Au mois d'août  pour un voilier de 13m une place en marina coûte : 58  € en Corse, 65 € en Sardaigne, 8 € en Tunisie, 11€ en Crète, 12 € dans les îles grecque.
Le ravitaillement a aussi un prix selon l'escale. Mon "étalon" est le prix du kilo de tomates rondes, car c'est le seul produit que nous avons trouvé sur tous les marchés : 3,20 €  dans une ville touristique de Sardaigne, 1 € à Palerme (Sicile), 0, 25 € en Tunisie
Un budget : Voyager a un coût. Et budgétiser un voyage sur six mois est différent de celui prévu pour un séjour de quinze jours de vacances.
Pour ce qui me concerne, j'ai demandé une participation de 10 € par jour par équipier, qui, pour un équipage de quatre fait un budget de 1200 € par mois.( Alimentation, marinas et ports, carburant, sorties cohésion, taxe de séjour, franchissement de canal, réparations etc...)
Le montant total déboursé durant ce périple se monte à : 10 960 €. La différence est prise en charge par l'organisateur du voyage et propriétaire du voilier.
Que fait-on en escale ? : - On court au marché et au super "market" local.
                                       
- On entretient et on nettoie notre voilier.
                                        - On court au "Cyber" lire son courrier.
                                        - On déambule au centre-ville avec un arrêt au glacier.
Au mouillage                   - On se baigne.
                                        - On pêche !
                                        - On se baigne
                                        - On fait la sieste.
                                        - On se baigne
Bien entendu, si la ville ou l'escale présentent une architecture spécifique, un paysage intéressant  ou rassemblent des curiosités nous ne manquons pas de les visiter ou de les parcourir. (Palerme, Éoliennes, Malte, île de Kalimnos en Grèce)

Et donc  en résumé:
La côte espagnole : Privilégier les ports aux marinas.
Baléares : Éviter Ciudadéla (île de Minorque), Préférez Port Mahon
Tunisie : Préférer les ports de Tabarka ou de Kélibia au côté artificiel et mercantile de Sidi Boussaid.
Sicile : Des îles, des îlots et des mouillages sympas. Inutile d'aller sur l'île de Stromboli. "Circulez, y a rien à voir".
Italie continentale : Côte ouest de la Calabre à fuir (de Messine à Reggio) Découvrez la côte est.
Grèce : Des mouillages de rêve; des années pour tous les visiter. Des petit ports accueillants et des prix raisonnables.
Turquie : Doit faire l'objet d'un voyage spécifique. Mais fuir les pôles touristiques et les marinas ghettoïsées.
Malte : Une escale sympa.
Corse : A visiter au printemps ou en automne, mais certainement pas en été, à moins que vous souhaitiez entremêler votre chaîne avec vos voisins dans un mouillage encombré.

                                                           Et pour conclure

L
a réussite d'un voyage en mer tient à la qualité de sa préparation mais avant tout à la valeur
des équipiers qui composent l'équipage du voilier.

                                                                        * * *
Après près de six mois passés sur la mer à la découverte des pays méditerranéens, l'on est
content de revoir "son cher et vieux pays" et de retrouver son camembert moelleux, et l'on se
dit : "Que l'on vit bien en France"
Mais déjà l'envie de repartir sur les océans et les mers sourdre
et l'image de nouveaux rivages se profile, et donc commence la recherche d'un nouveau bateau
et d'un nouvel équipage pour une nouvelle aventure.


 

* prix moyen indiqué