Zone de Texte:
Mars 2007
Voilier : Camerone
Skipper: Marcus
Equipiers: Tito, Maël, Jon
Parcours :
Gruissan->îles Baléares->Sardaigne.
Evénements principaux : Successions de
dépressions....météorologique.

Mars - Avril - Mai - Juin - Juillet - Aout

Zone de Texte: Port de Gruissan, 
notre point de départ
C'est avec une certaine appréhension  que Marcus accueille samedi ses nouveaux équipiers pour ce tour de la Méditerranée 2007.
Il les a sélectionnés selon ses critères habituels. Ceux ci doivent s'inscrire dans l'optique et la philosophie de ce type de voyage. Il y a eu beaucoup de prétendants ou de prétendantes, mais pour la plupart, leur démarche s'inscrivait plus dans un phantasme que dans une réelle volonté de partir sur les mers.

Les qualités intrinsèques des équipiers, leur valeur morale et leur capacité à s'adapter à leur nouvel environnement, mais surtout à accepter les autres et à faire les concessions indispensables pour la cohésion de l'équipage sont essentielles pour la réussite d'un tel voyage.
Dans le choix de ses équipiers, Marcus privilégie la diversité et la complémentarité.
D'horizon et de culture différents, mais rassemblés pour un même but, dans une même passion.

C'est d'abord Maël, accompagné de son père qui franchit le premier la poupe du voilier Camerone. Grand, au physique de sportif, il s'installe rapidement dans la cabine arrière, tout en commentant les différences entre ce voilier hauturier et  son petit cata de dix huit pieds dédié à la régate.

Tito est récupéré en gare de Narbonne. Il a déjà coiffé sa casquette de vieux marin et manifeste rapidement sa curiosité et son enthousiasme.

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En fin d'après midi, Jon débarque du véhicule de ses parents devant le ponton.
Il serait faux, de dire que Marcus n'a pas été quelque peu circonspect à la vue de son dernier équipier. En effet, voilà bien la première fois qu'il lui est donné de voir ailleurs qu'à la télévision une coupe de cheveux façon "dreadlocks". Et le sourire de notre ancien militaire c'est crispé. Mais après quelques mots échangés, le skipper a été conquis par Jon et bien vite ses préjugés se sont envolés. 

Après le coup de vent du dimanche qui nous a contraint à surseoir notre départ, lundi à 8h 30, notre voilier se libère de sa dernière amarre qui le maintenait au quai depuis six mois.
Le ciel est d'un bleu azur comme la méditerranée sait le produire. Un petit vent cueille Camerone à sa sortie du port. Les voiles sont envoyées. Les premiers milles de ce nouveau voyage s'inscrivent sur le GPS.

Une première nuit est passée dans le petit port de Banyuls, puis une seconde en Espagne dans la marina de l'Estartit.
Le vent est faible mais suffisant pour nous pousser vers le sud.
Jon ramène au bout de sa ligne de traine deux superbes maquereaux que nous dégustons le soir même.

Dans l'après midi, sous un chaud soleil, mais sans vent, Camerone plante son ancre dans une petite baie au nord du port de Palamos.
Nos équipiers s'empressent d'effectuer une première baignade dans une eau à 18°, et une petite voie d'escalade pour Tito et un grand plongeon pour maêl.
Et puis notre descente se poursuit vers Barcelone.



Barcelone, la capitale de la catalogne est atteinte le 16 mars. Nous nous amarrons dans le port Olimpic. Le temps est gris et quelques gouttes tombent.

De nouveau, c'est la recherche d'un cyber, d'une machine à laver le linge et d'un super marché.
Et demain, ce sera quatre touristes qui s'élanceront à la découverte de la cité olympique.



C'est déjà un équipage serein et confiant qui  a trouvé sa place à bord.


Jon

 

 

 

 


Depuis deux jours un fort coup de vent souffle sur la baie de Barcelone.
Nous sommes dans le petit port de Ginesta à 25km de Barcelone en attendant que la mer s'apaise pour gagner les îles Baléares.
Nous mettons donc à profit ces journées pour une visite de la ville de Barcelone.
Cette cité est extraordinaire pour son architecture. Sans être connaisseur, on ne peut rester indifférent devant les constructions de l'architecte Gaudi ou de la cathédrale Sagrada Familial dont le début de l'édification remonte à 125 ans  et qui devrait être achevée en 2020. On est aussi surpris par son caractère cosmopolitique, mais également dubitatif par l'immensité des travaux d'urbanisme en cours dans sa périphérie. En tout cas la capitale de la Catalogne mérite bien que l'on s'y attarde.

 


 

 

 

 

 

 

 


Au départ de Gruissan




Mouillage au nord de Palamos


L'équipier Tito: un instant de repos

Le coup de vent du 20 mars : Vitesse 35 nœuds

 


Visite en images de Barcelone

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La cathédrale Sagrada Familia

De Barcelone aux îles Baléares

 

Comme dit Marcus, " l' équipier, c'est comme un Orangina, pour l'apprécier, il faut d'abord bien le secouer."
C'est un peu ce que nous avons été lors de notre navigation des côtes d'Espagne aux Baléares.

Cela faisait trois jours que nous attendions une fenêtre météo favorable qui nous permettrait de rejoindre les îles Baléares.
La région de Barcelone était depuis le 19 mars confrontée à une période de vents forts qui rendait toute navigation impossible. Marcus consultait deux fois par jours les différentes cartes météo en sa possession et suivait ainsi la trajectoire des multiples dépressions qui arrivaient du golfe du lion. Les informations qu'il avait recueillies sur internet lui laissaient présager des conditions défavorables jusqu'à la fin du mois de mars. Le port de Ginesta, excentré et son environnement immédiat ne présentant pas un grand intérêt touristique, nous n'envisagions pas de rester longtemps à cet endroit.
C'est pourquoi, et après une étude précise de tous les paramètres qui influeraient sur notre navigation nous décidons compte tenu d'une opportunité de quelques heures, de nous élancer en direction des îles Baléares distantes de 120 milles (225 km).

C'est sans difficulté que nous nous déhalons du quai à 6h30 et que nous nous engageons vers le sud sur une mer très agitée.

Dès le départ l'on sent bien que les prochaines vingt quatre heures vont être actives. Comme à son habitude, lorsque la méditerranée est parcouru par la tramontane, le mistral et des vents locaux, la mer est désordonnée par les houles et le vent de la mer qui s'y croisent. Le voilier est bientôt agité et nos équilibres  deviennent instables. Le petit déjeuner, avalé très vite à la sortie du port a tendance à vouloir remonter là où il est descendu.
Ce qu'il convient de bien de préciser préalablement, c'est que la fenêtre météo qu'a trouvée Marcus est très limitée dans le temps et les bulletins météo spéciaux émis tant par les services maritimes français qu'espagnol signalant un fort coup de vent sur l'île de Minorque au cours de la nuit prochaine confirment le court délai que nous avons pour cette liaison.

Au bout de quelques milles, il faut se rendre à l'évidence, nous ne pouvons poursuivre sous voiles tant la houle qui nous vient de travers dévente nos voiles et les fait claquer en versant le voilier sur son bord opposé. Nous poursuivons donc avec le moteur à faible allure. L'optimisme qui prévalait lors de notre départ semble s'estomper. Marcus  consulte une nouvelle fois sur le micro du bord les cartes marines avec en surimpression le trajet des deux dépressions qui se creusent en convergeant l'une vers l'autre comme pour vouloir dans quelques heures nous enserrer dans ses turbulences venteuses.
En fin de matinée, le vent se renforce. Toute la voile est envoyée. Nous filons vers les Baléares à plus de sept nœuds. Nous déjeunons d'un salade de crudités dans le cockpit. Au cours de l'après midi, le vent qui vient du sud alors que toutes les cartes météo indiquaient un vent du nord, ou de nord ouest se renforce, l'anémomètre se stabilise sur vingt nœuds. Marcus décide d'anticiper le fort coup de vent qui s'annonce. Nous réduisons la grand-voile à sa plus petite surface et prenons les mesures adaptées pour affronter la bourrasque. Nous fixons une seconde voile d'avant plus petite que nous réduisons encore à l'aide de ris. Puis nous vérifions et arrimons tous les équipements à l'extérieur comme à l'intérieur du bateau. Chacun a selon les consignes du skipper, entassé dans un bidon de survie ses petites affaires personnelles.
L'aiguille de l'anémomètre tant de plus en plus à flirter avec le chiffre trente et souvent le dépasser. Nous enroulons de moitié le voile d'avant sans réduire la vitesse. Jon a remplacé le pilote automatique à la barre. Le cadran du compteur de vitesse affiche fréquemment plus de huit nœuds. La mer est formée par le vent et ses vagues agressives viennent se jeter par le travers de Camerone qui frémit et tremble sous les coups de butoir. Jon, serein, barre adroitement malgré les vagues déferlantes qui viennent remplir le cockpit. Tito imperturbable  capelé dans son harnais de sécurité  à l'arrière du cockpit se roule une cigarette. Seul Maël éprouve quelques difficultés à contrôler l'activité de son estomac. Marcus qui fait des aller retour entre l'écran de l'ordinateur et le cockpit peste contre les prévisionnistes de la météo qui se sont trompés sur le déplacement des dépressions. Ceux ci prévoyaient que le fort coup vent consécutif au passage de la dépression se déroulerait sur le nord de l'île de Minorque, ce qui avait déterminé Marcus à choisir comme destination finale la côte nord de Majorque. Or, de fait, la dépression passait juste au dessus de Majorque, et donc ils étaient sur son itinéraire.

Il est minuit, la voile d'avant a encore été réduite. Le ciel s'est assombri. Le premier quartier de la lune apparaît de temps à autre. Sur notre gauche, des éclairs orageux indiquent l'arrivée d'une seconde dépression. On renvoi un peu de toile pour essayer de la devancer et gagner l'abri du port de Pollensa, distant de moins de dix milles. La dépression se comblera rapidement. On respire.
Nous doublons le phare de Formentera qui matérialise la pointe nord est de l'île de Majorque. Nous devrions maintenant, à proximité de la côte bénéficier de conditions plus clémentes !
Mais c'était sans compter sur le vent et avec l'effet Venturi* qui maintient sa pression à plus de trente nœuds. Compte tenu de l'étroite baie dans laquelle est engoncé le port de Pollensa nous ne pouvons manœuvrer avec nos voiles et devons donc utiliser le moteur. Il nous faudra plus de deux heures pour parcourir les trois milles qui nous séparent d'un ponton accueillant et sécurisant.

A trois heures trente du matin, l'équipage, fatigué mais satisfait de ce premier et vrai amarinage se retrouve dans le carré devant une grande casserole de spaghettis préparés par le jeune Tito.
Après avoir avalé une grande assiette de spaghettis, Jon dont les "dreadlocks" ont été particulièrement bien amarinées nous fit part de ses sentiments sur ses difficultés à maintenir la trajectoire du voilier avec les vagues.
(voir le tracé en rouge accompli par Jon sur la carte ci-dessous)

Il est quatre heure, le vent est totalement tombé, le petit port dort, nous aussi.

Sans le dire ou que cela transparaisse dans ses propos, Marcus est très satisfait de son nouvel équipage, et se dit qu'une fois encore il a de la chance avec ses équipiers et que ce nouveau voyage débute sous de bonnes augures.

A suivre.....

*Effet Venturi : Accélération des vents créée par le canal entre deux îles.


                                   Baie de Vall de Boca                                                             Port de Pollensa
                           
UN PEU DE ROUTAGE ......POUR CEUX QUE CELA INTERESSE

Voici un extrait de notre carte météo donnée pour 00H TU.
Et selon les autres cartes, les deux dépressions matérialisées
par les couleurs jaune convergeaient.
Les flèches indiquent la direction dans laquelle
souffle le vent et sa force. Dans les zones verte
 le vent souffle à plus de vingt nœuds en rafales et à plus de
vingt cinq dans les zones jaune. 
Il faut généralement éviter ces zones où les vents sont catégorisés à force 7 et 8 sur l'échelle de beaufort.

Le tracé
rouge est l'enregistrement des
données GPS de notre route.



Donc, Marcus, le routeur du voilier Camerone
a déduit qu'en fonction de la vitesse du voilier, ils pouvaient
passer entre les deux dépressions avant que celles
ci ne se rejoignent .
Il n'en fut rien, car les vents soufflèrent d'une autre  direction et la dépression du nord se combla sur
place et celle du sud progressa plus vite que prévu.

La citation du jour de Marcus :
"En méditerranée occidentale, on fait du bateau mais pas du voilier".



 
 

L'île de Minorque
La perturbation méditerranéenne continue de délivrer sur les îles Baléares son lot quotidien de dépressions.
Nous avons atteint Ciudadela à l'ouest de l'île de Minorque. Nous sommes mouillés dans une petite échancrure de la côte devant le port de la ville. On semble bien protégé des vents forts, mais Marcus, compte tenu de son expérience passée à cet endroit décide de porter une amarre à terre, après avoir mouillé plus de quarante mètres de chaine.
Comme nous en avons dorénavant l'habitude après une navigation, nous rangeons le pont, lovons les drisses et les écoutes. Puis, le canot mis à l'eau, c'est au moteur que nous partons à la découverte de la petite ville et de son port.

On ne peut pas dire que nous soyons ravis de cette première visite. Si son centre historique, présente un certain cachet, avec son église, il n'en n'est pas de même pour les autres quartiers dédiés à l'habitât touristique. Ce qui nous fait dire, que l'on trouve dans cette ville, la plus grande concentration d'agence immobilière au mètre carré. Quand de plus, de nombreuses constructions sont en cours d'édification.
Nous n'allons pas nous attarder ici.
Profitant du court répit que nous laissait la perturbation qui passait au nord de l'île, nous remontons rapidement notre ancre, libérons notre amarres et quittons notre abris pour  gagner la côte sud.

Mais il faut aller vite, car déjà au loin on voit se former la mer, et ses grosses vagues se couvrir d'écumes blanches tel un taureau dans l'arène attendant le matador pour le prochain combat.

Camerone s'élance vers le large toutes voiles dehors comme pour défier la bête en furie. Nous filons à plus de sept nœuds. Mais au bout de quelques milles, il faut réduire la voilure. La pluie tombe en bourrasque. Le ciel est très bas et des nuages noirs recouvrent l'horizon.
Nous sommes engoncés dans nos vêtements de mer. Bientôt le vent forci et nous fait face. Il faut virer de bord. Mais la manœuvre est complexe.
Il faut d'abord amener la proue du voilier face au vent  qui souffle à  vingt cinq nœuds pour nous permettre d'enrouler notre voile d'avant, puis virer très rapidement vers la nouvelle direction, sans perdre trop de vitesse et qu'une vague ne nous prenne de travers.

Après avoir bien combattu, nous prenons le parti de gagner l'abris  de la "cala San Saura", une très belle baie baignée d'une eau translucide où Tito et Marcus ont le plaisir de voir leur ancre s'accrocher quatre mètres plus bas.

Il est quinze heures, la pluie a cessé . Camerone se balance doucement sur sa chaine dans cet endroit désert, devant une plage de sable blanc immaculé bordé par une pinède et une petite falaise rocheuse.
C'est la beauté absolue que propose ce mouillage en cette fin du mois de mars.....avant  l'arrivée des touristes.
Après que Tito et Jon eurent fait une longue balade dans cette partie de l'île déserte, nous gagnons nos cabines très vite après le repas du soir pour une bonne nuit de repos.
Mais la houle malicieuse poussée par un fort vent d'est décida de contourner notre baie et de venir nous balancer très énergiquement.
Notre sommeil fut donc agité et nous levons l'ancre dès cinq heures du matin, préférant encore  nous coltiner avec la mer tumultueuse.
Nous prenons le cap de port Mahon, la capitale de l'île distante de 25 milles. Nous effectuons ce parcours avec des vents de vingt nœuds de face et les virements de bord sont nombreux.
Nous atteignons port Mahon en début d'après midi par une longue échancrure et nous nous amarrons au pieds de la ville.
Nous consacrons les premières heures au nettoyage du bateau et à l'avitaillement.
Nous sommes à coté d'un voilier français (Trillium) qui vient de la côte méditerranéenne, et qui, au cours de sa traversée a subi un très fort coup vent de force dix. Le voilier s'est couché sous l'effet d'une vague déferlante et des dégâts ont été causé en superstructure que les trois équipiers du bord ont réparé à Minorque.

Marcus après avoir étudié avec attention les cartes météo tire la conclusion qu'il nous faut repartir en fin de journée si nous voulons profiter de la seule opportunité météorologique  disponible dans les jours qui viennent pour atteindre la côte sud ouest de la Sardaigne.
Nous quittons donc rapidement port Mahon en compagnie du voilier "Trillium"; cap à l'est.
Notre prochaine escale est le port de Caloforte sur l'île san Pietro distant de 190 milles.
Une forte houle à la sortie de la baie nous cueille sur notre travers. Pourtant, progressivement, celle-ci nous devient favorable lorsque la pression du vent sur les voiles s'intensifie. Notre vitesse augmente. Dès vingt et une heure notre vitesse se stabilise à plus de sept nœuds. "Trillium" a pris un peu d'avance et on ne distingue  plus que son feux blanc.
A minuit, Tito prend son quart. la température est de quinze degré. Puis les quarts se succèdent. la lune est haute dans le ciel étoilé.
Dès le levé du jour, nous sommes derrière "Trillium". Un rapide contact radio est pris. Les deux skippers échangent leurs avis sur la météo et la meilleure route à suivre.
La journée en mer se poursuit au rythme des quarts et des milles qui s'accumulent.
La nuit tombe et les côtes de Sardaigne se profilent à l'horizon. Le vent qui s'est montré très bienveillant durant ces vingt quatre dernières heures en nous permettant de parcourir 162 milles, se porte à l'avant de notre voilier nous obligeant à effectuer un virement de  bord pour atteindre le port de Carloforte.
Il est deux heures du matin, nous nous glissons prudemment entre les deux balises du port, et Jon dirige Camerone vers un ponton où nos amis de Trillium qui nous ont devancés, nous accueillent.
L'amarrage rapidement effectué, nous nous retrouvons les deux équipages réunis dans le carré de Triullium pour un sympathique pot.


A suivre..... La Tunisie.

 



 

 


Mouillage devant le port de Ciudadéla
*Photo dédiée à l'équipier Pilou (septembre 2004)





Le skipper en action.


Mouillage  dans la baie de san Saura


 Jon qui barre

Jon qui barboque