L'île de Minorque La perturbation méditerranéenne continue de délivrer sur les îles Baléares son lot quotidien de dépressions. Nous avons atteint Ciudadela à l'ouest de l'île de Minorque. Nous sommes mouillés dans une petite échancrure de la côte devant le port de la ville. On semble bien protégé des vents forts, mais Marcus, compte tenu de son expérience passée à cet endroit décide de porter une amarre à terre, après avoir mouillé plus de quarante mètres de chaine. Comme nous en avons dorénavant l'habitude après une navigation, nous rangeons le pont, lovons les drisses et les écoutes. Puis, le canot mis à l'eau, c'est au moteur que nous partons à la découverte de la petite ville et de son port. On ne peut pas dire que nous soyons ravis de cette première visite. Si son centre historique, présente un certain cachet, avec son église, il n'en n'est pas de même pour les autres quartiers dédiés à l'habitât touristique. Ce qui nous fait dire, que l'on trouve dans cette ville, la plus grande concentration d'agence immobilière au mètre carré. Quand de plus, de nombreuses constructions sont en cours d'édification. Nous n'allons pas nous attarder ici. Profitant du court répit que nous laissait la perturbation qui passait au nord de l'île, nous remontons rapidement notre ancre, libérons notre amarres et quittons notre abris pour gagner la côte sud. Mais il faut aller vite, car déjà au loin on voit se former la mer, et ses grosses vagues se couvrir d'écumes blanches tel un taureau dans l'arène attendant le matador pour le prochain combat.
Camerone s'élance vers le large toutes voiles dehors comme pour défier la bête en furie. Nous filons à plus de sept nœuds. Mais au bout de quelques milles, il faut réduire la voilure. La pluie tombe en bourrasque. Le ciel est très bas et des nuages noirs recouvrent l'horizon. Nous sommes engoncés dans nos vêtements de mer. Bientôt le vent forci et nous fait face. Il faut virer de bord. Mais la manœuvre est complexe. Il faut d'abord amener la proue du voilier face au vent qui souffle à vingt cinq nœuds pour nous permettre d'enrouler notre voile d'avant, puis virer très rapidement vers la nouvelle direction, sans perdre trop de vitesse et qu'une vague ne nous prenne de travers.
Après avoir bien combattu, nous prenons le parti de gagner l'abris de la "cala San Saura", une très belle baie baignée d'une eau translucide où Tito et Marcus ont le plaisir de voir leur ancre s'accrocher quatre mètres plus bas.
Il est quinze heures, la pluie a cessé . Camerone se balance doucement sur sa chaine dans cet endroit désert, devant une plage de sable blanc immaculé bordé par une pinède et une petite falaise rocheuse. C'est la beauté absolue que propose ce mouillage en cette fin du mois de mars.....avant l'arrivée des touristes. Après que Tito et Jon eurent fait une longue balade dans cette partie de l'île déserte, nous gagnons nos cabines très vite après le repas du soir pour une bonne nuit de repos. Mais la houle malicieuse poussée par un fort vent d'est décida de contourner notre baie et de venir nous balancer très énergiquement. Notre sommeil fut donc agité et nous levons l'ancre dès cinq heures du matin, préférant encore nous coltiner avec la mer tumultueuse. Nous prenons le cap de port Mahon, la capitale de l'île distante de 25 milles. Nous effectuons ce parcours avec des vents de vingt nœuds de face et les virements de bord sont nombreux. Nous atteignons port Mahon en début d'après midi par une longue échancrure et nous nous amarrons au pieds de la ville. Nous consacrons les premières heures au nettoyage du bateau et à l'avitaillement. Nous sommes à coté d'un voilier français (Trillium) qui vient de la côte méditerranéenne, et qui, au cours de sa traversée a subi un très fort coup vent de force dix. Le voilier s'est couché sous l'effet d'une vague déferlante et des dégâts ont été causé en superstructure que les trois équipiers du bord ont réparé à Minorque.
Marcus après avoir étudié avec attention les cartes météo tire la conclusion qu'il nous faut repartir en fin de journée si nous voulons profiter de la seule opportunité météorologique disponible dans les jours qui viennent pour atteindre la côte sud ouest de la Sardaigne. Nous quittons donc rapidement port Mahon en compagnie du voilier "Trillium"; cap à l'est. Notre prochaine escale est le port de Caloforte sur l'île san Pietro distant de 190 milles. Une forte houle à la sortie de la baie nous cueille sur notre travers. Pourtant, progressivement, celle-ci nous devient favorable lorsque la pression du vent sur les voiles s'intensifie. Notre vitesse augmente. Dès vingt et une heure notre vitesse se stabilise à plus de sept nœuds. "Trillium" a pris un peu d'avance et on ne distingue plus que son feux blanc. A minuit, Tito prend son quart. la température est de quinze degré. Puis les quarts se succèdent. la lune est haute dans le ciel étoilé. Dès le levé du jour, nous sommes derrière "Trillium". Un rapide contact radio est pris. Les deux skippers échangent leurs avis sur la météo et la meilleure route à suivre. La journée en mer se poursuit au rythme des quarts et des milles qui s'accumulent. La nuit tombe et les côtes de Sardaigne se profilent à l'horizon. Le vent qui s'est montré très bienveillant durant ces vingt quatre dernières heures en nous permettant de parcourir 162 milles, se porte à l'avant de notre voilier nous obligeant à effectuer un virement de bord pour atteindre le port de Carloforte. Il est deux heures du matin, nous nous glissons prudemment entre les deux balises du port, et Jon dirige Camerone vers un ponton où nos amis de Trillium qui nous ont devancés, nous accueillent. L'amarrage rapidement effectué, nous nous retrouvons les deux équipages réunis dans le carré de Triullium pour un sympathique pot.
A suivre..... La Tunisie.
| |  Mouillage devant le port de Ciudadéla *Photo dédiée à l'équipier Pilou (septembre 2004)
 Le skipper en action.
 Mouillage dans la baie de san Saura
 Jon qui barre
 Jon qui barboque
|