 Coup de "torchon" en Sardaigne
Malgré que nous étions en juin, le beau temps se faisait discret. Et le soir, nous revêtions encore un pull. Nous remontâmes donc la côte Est de la Sardaigne au grès des vents thermiques. Mais Camerone retrouvait aussi ces mauvais vents appelés "catabatiques" Ceux ci dévalent des montagnes en accélérant et se jettent sur la côte à plus de 45 nœuds. Nous aurions pu nous éloigner de celles ci, mais alors, c'était la dévente assurée. Il suffisait donc de naviguer toutes voiles réduites. Ce que nous fîmes. Deux courtes escales en Sardaigne. Une dans la ville de Santa Maria de Navaresse, puis une autre dans le grand port de la Caleta.   En atteignant la Corse ce sont les saveurs de la France que l'on retrouve: Son fromage, son vin, ses journaux. Mais aussi : Ses grèves, ses manifestations.
Nous franchisâmes les célèbres bouches de Bonifacio avec ses vents redoutés avec un regard au passage pour les îles Lavézi et une pensée pour les naufragés du navire la Sémillante qui fit des centaines de victimes au siècle dernier. Bonifacio est une cité pittoresque et nous gravîmes comme les nombreux touristes qui pressaient déjà, la chaussée pentue qui conduit à la veille ville qui domine sur la falaise. Nous parcourûmes ses rues animées et pûmes admirer d'en haut les supers voiliers de plus de trente mètres amarrés à l'entrée du port. Nous quittâmes notre escale bonifacienne le 18 juin. Ce fut donc "l'appel" de la mer. Les vents avaient incurvé leur orientation et soufflaient vers l'Est. Ce qui nous permit de remonter doucement la côte ouest Corse. Nous fîmes escale à Cargèse deux jours, puis, comme les vents ne nous permettaient pas d'atteindre le golfe du lion ou les îles Hyères, nous poursuivîmes notre lente remontée vers le nord de la Corse. Nous pûmes pour la première fois depuis trois ans que Camerone parcourt la méditerranée lâcher notre ancre dans la célèbre baie de Girolata. Cet endroit très fréquenté par la plaisance a la réputation d'être le plus beau mouillage de la Corse. Ce fut certainement le cas avant que celui-ci ne se transformât en pompe à euros. Dorénavant le fond de la baie est défiguré par une centaine de bouées jaune auxquelles viennent s'amarrer de nombreux bateaux. Après ce mouillage "surbooké" nous poursuivîmes notre navigation toujours vers le nord. Nous atteignîmes en fin d'après midi une magnifique calanque déserte bordée d'une petite plage de sable jaune. Un vrai bonheur. Si ce n'était le panneau que nous découvrîmes fixé sur une roche et qui indiquait que les mouillages dans la réserve de Scandola étaient interdits durant la nuit. Nous remontâmes notre ancre, déçus et gagnâmes la baie de Galéria quelques milles plus loin. Nous nous approchâmes d'une très longue plage déserte et entreprîmes les opérations habituelles pour mouiller notre ancre. - Bon Alex, t'as compris la manœuvre. Tu recules doucement vers la plage en faisant en sorte que le voilier reste perpendiculaire au rivage. Tu surveilles bien la hauteur d'eau sur le profondimètre. D'accord ? - Pas de problème Marcus, j'ai compris. Alex tenait la barre et Marcus à l'avant déroulait la chaîne. Camerone commença doucement à culer en direction de la côte pendant que Marcus dévidait lentement la chaîne en attendant que les fonds qui étaient pour l'instant de plus de dix mètres se réduisent Il attendait que ceux-ci atteignent la hauteur de cinq mètres pour crocheter l'ancre. Le voilier poursuivait sa route vers la plage. - Combien les fonds Alex, hurla Marcus depuis l'avant ? - Huit mètres, répondit Alex. - Ok, tu m'avertis à partir de six mètres. Marcus poursuivait le déroulage de la chaîne. Il avait déjà lâché près de quarante mètres et la chaîne ne se raidissait toujours pas, ce qui indiquait que l'ancre n'avait pas accroché les fonds sablonneux à cet endroit. Il relâcha encore dix mètres sans sentir une moindre résistance dans le mouillage. Il se retourna alors contrarié vers le barreur. - Alex...... la suite, lui resta dans la gorge. Avec effroi, il vit que la jupe arrière du voilier n'était alors qu'à une dizaine de mètres de la plage. Stop, hurla-t-il. Marche avant toute. Et Marcus bondit sur la chaîne qu'il se mit à enrouler fébrilement. Il ne retrouva sont calme que lorsque qu'il vit Camerone se stabiliser puis doucement repartir vers le large. Marcus souffla un grand coup et regagna le cockpit - Dis donc Alex, tu n'as pas vu que l'on n'aurait pas eu besoin du zodiac pour débarquer sur la plage et à quelques mètres près nous aurions posé les pieds sur la plage sans nous mouiller, dit Marcus calmement, presque sur le ton d'une conversation banale ? - Tu m'avais dit de regarder le profondimètre et de t'indiquer quand nous atteindrions des fonds de six mètres répond Alex incrédule. Marcus reste dubitatif devant tant d'ingénuités de la part de son jeune équipier. Puis il se mit à sourire.
 Le lendemain matin dès six heures, nous nous remîmes en route vers notre dernière escale Corse : Calvi. Comme Bonifacio, le port de Calvi était déjà très actif en cette saison, et la circulation entre les pontons hasardeuse. Bien entendu, pas question de payer 68 euros pour une place au ponton dans la marina, comme accepter le racket pour s'accrocher à une bouée à l'extérieur du port. Donc, nous serons relégués à plus de quatre kilomètres de la ville. Qu'à cela ne tienne. C'est en zodiac que nous rejoindrons la cité. Un passage aux sanitaires de la marina pour 2.50€, une visite de la vieille ville et de sa citadelle, un déjeuner dans un petit restaurant derrière le quai principal, une bonne glace, et enfin le remplissage d'un caddie au super du coin et le lendemain matin, alors que des vents de nord Est sont annoncés, nous prenions la direction de Toulon distant de 110 milles.
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Quelques heures de moteur pour s'éloigner des côtes, puis nous mettions les voiles. Les vents étaient faibles, notre moyenne fut de 3.5 nœuds. Trente heures plus tard, Camerone se balançait doucement devant les falaises de la presqu'île de Giens. Pas le temps de débarquer, sauf pour Alex qui assistera à une rencontre de l'euro de fouteballle. Les cartes météo prévoyaient pour les prochains jours une "pétole"(absence de vent) totale sur la région. Sans alternative, nous décidâmes de longer les côtes et de bénéficier des vents thermiques locaux, nombreux sur ces côtes du sud de la France. Comme la Méditerranée nous l'a habitué, les vents furent fugaces, évanescents, et surtout imprévisibles, et les changements de bord fréquents. En fin de journée, nous n'étions pas trop loin de Sainte-Marie de la mer, où Marcus avait l'intention de mouiller pour la nuit. Mais contrairement à ses prévisions, la météo annonça l'arrivée d'une perturbation et le centre de secours en mer lançait par radio des avertissements aux navigateurs. En effet, nous constatâmes qu'en se renfonçant le vent se positionnait à l'ouest, ce qui obéra considérablement notre navigation et nous contraignit à effectuer des bords nombreux. Compte tenu de l'état de la mer et des houles croisées qui s'entrechoquaient, il n'était plus question de mouiller pour la nuit.
Trente heures plus tard, Camerone se balançait doucement devant les falaises de la presqu'île de Giens. Pas le temps de débarquer, sauf pour Alex qui assistera à une rencontre de l'euro de fouteballle. Les cartes météo prévoyaient pour les prochains jours une "pétole"(absence de vent) totale sur la région. Sans alternative, nous décidâmes de longer les côtes et de bénéficier des vents thermiques locaux, nombreux sur ces côtes du sud de la France. Comme la Méditerranée nous l'a habitué, les vents furent fugaces, évanescents, et surtout imprévisibles, et les changements de bord fréquents. En fin de journée, nous n'étions pas trop loin de Sainte-Marie de la mer, où Marcus avait l'intention de mouiller pour la nuit. Mais contrairement à ses prévisions, la météo annonça l'arrivée d'une perturbation et le centre de secours en mer lançait par radio des avertissements aux navigateurs. En effet, nous constatâmes qu'en se renfonçant le vent se positionnait à l'ouest, ce qui obéra considérablement notre navigation et nous contraignit à effectuer des bords nombreux. Compte tenu de l'état de la mer et des houles croisées qui s'entrechoquaient, il n'était plus question de mouiller pour la nuit.
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|  Le temps aussi de faire sa lessive
Nous poursuivîmes donc notre route erratique toute la nuit. Nous ne pouvions mettre le cap sur le port de Gruissan, notre destination finale, car la tramontane qui soufflait fort nous l'en empêchait. Et compte tenu que nous n'étions qu'à moins de cinq milles des côtes, il nous était difficile d'effectuer des bords conséquents. Ce qui signifiait, que nous n'arrivions pas à progresser vers notre objectif. S'éloigner des côtes eut pour conséquence d'être confronté à une mer encore plus grosse. Alors que la carène frappait déjà fortement les vagues en faisant raisonner l'ensemble du voilier. Ce qui inquiétait un peu Alex. Tempête en méditerranée ? Juste un peu trop de vent
- Marcus, on risque pas de casser la quille en tapant aussi fort sur la mer comme on le fait ? - Non, répondit le skipper calme et rassurant, tout en se demandant au fond de lui même si on avait déjà entendu dire qu'un voilier avait perdu sa dérive dans de telles conditions.
 La nuit se poursuivit aux rythmes de bords successifs. La fatigue se faisait sentir sur le visage du jeune équipier. Au matin nous n'avions avancé que de quelques milles. Le vent cependant s'incurva de plusieurs degrés vers le nord, ce qui nous permit avec un bord très serré de descendre vers le sud. Le bulletin météo annonçait une accalmie en fin de soirée sur le golfe du lion. Mais les bulletins d'alerte continuaient d'être diffusés chaque heure sur la radio du bord. Le vent soufflait en rafales violentes, la mer écumait blanche. Nous nous approchions toujours de Gruissan. En fin d'après midi, nous atteignions le grand port de Sète. Marcus s'interrogea quelques instants. Fallait-il qu'ils se réfugiassent dans le port en attendant que les conditions de navigation s'améliorassent et qu'ils puissent se reposer, ou alors poursuivre leur route à plus de huit nœuds voiles réduites ? Après en avoir discuté avec Alex, nous décidâmes de continuer, puisque le vent devait se calmer en début de soirée, bien que météo France maintînt son bulletin d'alerte jusqu'au lendemain matin. Nous étions fatigués, et pressés d'arriver à Gruissan. Nous n'avions pas touché un quai ou un ponton depuis la Sardaigne. Et peu manger depuis deux jours.
 Mais au fur et à mesure que nous descendions vers le sud-ouest, l'aiguille de l'anémomètre indiquait des chiffres de plus en plus élevés : 25, 28,30,38 nœuds. La voile d'avant fut enroulée totalement. La grand-voile ramenée à sa plus petite surface. Le vent continuait de monter en puissance. Vingt-deux heures, nous dépassâmes port Leucate. Gruissan n'était plus qu'à 20 milles. Le pilote automatique avait du mal à maintenir le voilier sur sa trajectoire. Même "Géraldine" l'éolienne ne put supporter des rafales à plus de 45 nœuds et se grippa. Les lumières du port de Gruissan apparurent dans la nuit. Alex et Marcus n'avaient pas quitté le cockpit depuis le matin et observaient les balises clignotantes vertes et rouges d'entrée du port avec circonspection. Les vagues étaient hautes et les rafales agressives et imprévisibles. Pouvaient-ils pénétrer dans le port dont l'entrée est étroite et sa digue rocheuse rapprochée, sans prendre un gros risque ? Marcus prit le temps de bien évaluer les dangers. - Alex, on ne peut pas rentrer au port ce soir. C'est trop dangereux. On risque avec une rafale de ne pouvoir contrôler le bateau et d'aller se fracasser sur les rochers tout proches - Oui, je comprends, répondit Alex un peu déçu. Qu'est ce qu'on va faire alors ? - Il est une heure du matin, on va faire des bords en demi-cape (voiles en opposition pour stabiliser le voilier face au vent) jusqu'à demain matin. Car on ne pourra pas mouiller dans de telles conditions Alex était à la barre. Nous n'avions conservé que la grande voile réduite. Pour maintenir le bateau sur sa route, il fallait amener la barre à fond et là maintenir. Camerone ne progressait presque plus. Cette situation nous satisfit. - Bon, on va continuer sous cette allure pendant une heure puis on fera demi-tour, ainsi de suite jusqu'au matin dit Marcus en se tournant vers Alex. Mais celui-ci n'avait pas dû entendre, car assis derrière la barre, les mains accrochées à celle-ci, la tête en arrière, il dormait. Marcus, compréhensif envoya son jeune équipier se reposer et prit la barre. Il fixa celle-ci avec une corde afin qu'elle ne bougeât plus. Il s'assied pour se reposer, mais rapidement ses yeux se fermèrent. Il se leva brusquement et se mit à marcher dans le cockpit. Il avait peur de s'arrêter ne serait-ce qu'un instant de crainte de s'endormir avec un voilier dérivant vers la côte. Durant plus de cinq heures, il lutta contre le sommeil. Il ne prêtait plus attention aux rafales qui secouaient le gréement du voilier. Il attendit avec hâte et anxiété le lever du soleil. Le vent allait-il se calmer et leur permettre de pénétrer dans le port et de se mettre à l'abri ? Enfin l'aube apparut. Marcus ne quittait plus du regard l'anémomètre. L'aiguille se maintenant sur 30 nœuds. Une fois de plus, il vilipenda les prévisions météo. Il attendit six heures, puis décida de tenter l'approche du port. Pour cela, il aurait besoin de l'appui du moteur. En effet, le moteur seul ou la voile seule ne pouvait s'opposer aux violentes bourrasques qui faisaient virer le voilier sans possibilité de contrer avec la barre. Alex l'avait rejoint. Ses traits étaient tirés, mais il avait conservé son sourire. - Tu as compris, on va rentrer au port. L'opération est délicate, mais réalisable en prenant toutes les précautions. Le point particulier de l'entrée du port, c'est qu'une fois les deux balises franchies, la digue s'incurve sur la droite, et donc il faut virer sur tribord aussitôt passé les balises. Ma crainte, compte tenu que le vent nous arrive sur tribord avant, c'est qu'une violente rafale nous projette sur les rochers à bâbord. Au fur et à mesure que nous approchions de l'entrée du port, l'angoisse montait à bord. Marcus fit quelques essais de manœuvrabilité de Camerone avec son moteur et sa grand-voile réduite et bordée au maximum. Nous n'étions plus qu'à moins de cent mètres de l'entrée étroite. Marcus accéléra le régime moteur et manœuvra le voilier de façon à ne jamais être en travers des rafales, car il savait qu'il perdrait alors le contrôle du bateau. Alex était silencieux et tenait des deux mains l'écoute de la grand-voile, prêt à la lâcher (choquer) aux ordres du skipper. Camerone présenta sa carène à soixante degrés par rapport à l'entrée du port de façon à laisser sa voile gonflée. 40, 20, 10, 0 mètres. Nous avions franchi les balises et viré sans problème sur tribord. Ouf. Alex et Marcus se regardèrent sans un mot, mais chacun n'en pensait pas moins. Ils se serrèrent tout simplement la main comme le feraient deux compagnons d'aventures qu'ils étaient.
Nous gagnâmes toujours sous voile le quai d'accueil du port de Gruissan, car le vent était trop fort pour que Camerone retrouvât son ponton habituel. Nous fûmes accueillis par quelques plaisanciers curieux de nous voir arriver avec de telles conditions et qui nous questionnèrent sur l'état de la mer. Alex sut les renseigner avec compétence et professionnalisme.
Ainsi se terminait ce troisième périple en méditerranée en équipage.
Les conclusions et les enseignements apparaîtront ultérieurement.
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