En route vers l'ouest
Pour un marin, le vent est un compagnon indispensable. Même s'il se montre parfois prégnant ou à d’autres moments fugaces.
Comme les aventuriers qui découvrirent les nouveaux continents, la direction dans laquelle souffle le vent est souvent la route que prend le voilier. Ce qui est le cas pour Camerone qui en ce début du mois d’août oriente ses voiles vers l’ouest.
Après ces quelques jours passés sur l’ile de Santorin au cours desquels Léo fit montre de réelles dispositions équestres, nous retrouvons notre équipage sur les côtes nord de la Crète.
Ils laissent avec regrets à l’est, les côtes de la Turquie et l’ile de Rhodes. Le temps imparti pour visiter ces endroits est trop court et les vents ne sont plus favorables. Quand de plus, il leur faut embarquer en Crète début août une équipière.
Nous les rejoignons dans la petite ville de Nikolaos au nord de la Crète. Celle-ci n’a pas de curiosité particulière à dévoiler, malgré la présence de nombreux touristes. Et le port est complet, Camerone devant se contenter d’un amarrage sur la digue extérieure.
Puis, selon maintenant trois mois l’emploi du temps bien organisé à chaque escale : S.I.E.S.T. Ce qui signifie : Super marché, Internet, Électricité et eau pour le bateau, Sieste, et Tourisme.
Bien qu’ils soient très au sud de la Grèce, le Meltem ne les a pas encore lâchés et les voiles de Camerone souffrent. La voile d’avant est déchirée, et ils ont dû lui substituer une petite voile, ce qui réduit la vitesse du bateau. Contrairement à ce qu’ils supposaient et qu’ils redoutaient à cette époque, ils ne rencontrent que peu de voiliers de plaisance sur leur route ou lors de leur mouillage. Bien souvent ceux-ci sont amarrés dans les ports dans l’attente de conditions de navigation optimales où alors demeurent dans les eaux proches d’Athènes pour les voiliers de location.
Ce qui fait que ce sont souvent les mêmes bateaux qu’ils retrouvent sur leur itinéraire. Jusqu'à ce jour, peu de contacts ont été noués avec les marins rencontrés.Poursuivant vers le nord, ils font une courte escale dans les lagunes de Spinalonga. Ce haut lieu du tourisme Crétois, n’a pas soulevé l’enthousiasme des équipiers. Ils effectuent une courte visite sur l’ile où subsistent un ancien fort vénitien et une léproserie qui fut fermée en 1957
Malgré un vent contraire et accédant au souhait de Léo, récalcitrant à l'usage du moteur, Camerone s'est taillé à la voile sa route vers Héraklion. Ce qui signifie, que pour rallier la capitale de la Crète distante de 34 milles (63km) le voilier a parcouru 65 milles. Ce qui s'appelle (pour les spécialises) "tirer des bords."
Voici donc Héraklion, la cinquième ville de Grèce. Nos voyageur pénètrent dans le grand port commercial à trois heures du matin. 2J qui assure le quart, se glisse jusqu'au fond du port où se situe une petite marina. Mais comme le laissait prévoir les informations en leur possession, aucune place n'était libre pour les 14m de leur voilier.
Ils s'insèrent néanmoins entre deux bateaux de promenade, puis chacun rejoint sa couchette pour terminer sa nuit dans le bruit assourdissant des premiers avions qui décollent en pleine puissance.
Cette escale est technique. Il faut faire recoudre la voile d'avant et faire le plein de la cambuse. Et puis pour 2J, c'est le grand jour. Plus de course à la recherche d'une cabine téléphonique. Elle est là, elle est à bord. Toute fraîche débarquée par le vol de Londre. Morgane, la compagne de 2J vient passer un mois à bord de Camerone. Ce sera pour elle un véritable baptême maritime.Dans quelques heures ils vont entreprendre leur plus longue navigation. Celle qui va les conduire en Tunisie. Le vent dans cette partie de la méditerranée souffle du nord ouest. Ce qui signifie qu'ils vont souvent avoir le vent contre eux. Des longs bords en perspective. Ils se préparent à passer plus d'une semaine en mer sans toucher la cote. Ils ne savent pas s'ils pourront faire une escale sur l'ile de Malte.
C'est donc sur les cotes africaines que nous retrouverons notre voilier et son équipage.
Et pour chacun, et alors qu'ils sont sur le chemin du retour vers la méditerranée occidentale et que se profile déjà la suite du voyage pour les uns et la reprise des cours pour un autre c'est déjà la fin d'une première étape.
Pour Marcus, c'est aussi le moment des interrogations et d'un premier bilan sous forme de questions. A-t-il répondu à l'attente de ses équipiers ?A-t-il permis que ceux ci trouvent à bord ce qu'ils étaient venu chercher ? Léo. ce passionné de la mer et de la voile n'a t-il pas été frustré par les trop courtes navigations. Marcus lui a-il laissé les moyens d'exprimer sa fougue ou son impétuosité. 2J sous son éternelle juvénilité peut-il exprimer sa personnalité ? Enfin, Arno, a-t-il trouvé sur le bateau ou au sein de l'équipage ce dont il attendait ?
Et Il est aussi une autre interrogation récurrente que se fait le skipper. C'est la fiabilité du voilier pour entreprendre un nouveau périple en atlantique de près d'un an alors que sourdrent des problèmes techniques importants et qui doivent être résolus avant de repartir sur l'océan.
Les longues journées en mer apporteront une partie des réponses.
A suivre...Itinéraire du voilier de la Crète à la Tunisie
Extrait du journal de bord « À Héraklion, nous étions amarrés à l’extérieur du port tout contre la digue entre deux gros bateaux de transport de touristes. Il fallut faire preuve de beaucoup d’ingéniosité, mais aussi de culot pour arriver à amener l’électricité et l’eau à bord de Camerone sous le regard étonné de quelques autres plaisanciers toujours à la recherche d’un robinet d’eau depuis leur arrivée. Nous entreprîmes une visite rapide de la ville, ponctuée par un passage dans le magasin « Champion » afin de nous réapprovisionner de fameux « yaourts grecs et de fêta. Le trois août, nous reprenions la mer avec notre nouvelle équipière qui très vite s’intégra à l’équipage. Notre troisième escale en Crète fut pour la ville de Rethimon, puis une escale plus sportive dans la ville très atypique de Chania. Nous effectuâmes une randonnée dans les gorges Samaria. Et puis ce fut le départ pour la Tunisie avec une escale sur l’ile de Malte.
Les pleins d’eau, de gasoil avaient été effectués. Des nourrices de secours étaient rangées sur le pont. Le réfrigérateur était rempli. Nous étions donc prêts. La seule incertitude pesant sur notre appareillage, était la météo. Marcus avait chargé sur l’ordinateur du bord les cartes des vents pour six jours et celles-ci nous permettraient de tracer notre route jusqu’à la Tunisie.
Nous partîmes en début d’après midi. Comme Marcus l’avait indiqué, nous eûmes dès la sortie du port des vents défavorables et la houle face à nous. Le voilier se mit à taper durement la mer. Il fallut infléchir notre route pour rendre la navigation moins inconfortable. Mais les deux jours qui suivirent furent éprouvants pour notre équipage. Le voilier gîtait beaucoup et préparer les repas demandait beaucoup d’agilité et un sens aigue de l’équilibre afin de ne pas se faire projeter sur les bords. Nous eûmes aussi beaucoup de difficultés pour nous reposer dans nos couchettes surchauffées. Morgane et 2J qui partageait la même cabine eurent à souffrir de la chaleur. Quand ils n’étaient pas de quart, ils se mouvaient de leur cabine à l’habitacle, jusqu’à l’avant sur le pont à le recherche du moindre souffle d’air qui leur eut permis de trouver le sommeil. Durant la deuxième nuit, notre pilote automatique, ce cher « Raymond » nous lâcha. Marcus intervint dès le jour, mais ce fut pour constater que le pilote fonctionnait parfaitement mais que le support sur lequel il avait été installé avait cassé. Ce qui contraria Marcus ne fut pas que le pilote ne fonctionnait plus, mais de constater qu’il avait cassé à cause d’une malfaçon lors de son installation dans un chantier naval. Il eut des mots très dur à l’égard de l’ouvrier qui réalisa les mauvaises soudures à l’origine de la détérioration. Nous tînmes la barre par quart de trois heures dans une mer toujours très « cassante ». Morgane pris à son tour son quart et se battit vaillamment face aux vagues qui montaient à l’assaut de Camerone. Malgré une route erratique, la distance nous séparant de l’escale de Malte diminuait. La vie au sein du voilier avait pris le rythme des longues navigations. L’activité était réduite. Elle se déroulait entre le quart où durant trois heures il fallait être vigilant pour que le voilier conservât son cap, la préparation et la prise des repas et essayer de trouver un peu de sommeil dans une atmosphère surchauffée où le taux d’humidité atteignait plus de quatre vingt pour cent. Nous avions perpétuellement la peau moite. Nos draps étaient humides de sueur. L’eau étant restreinte à bord, il ne nous fut pas possible de prendre une douche. Seule Morgane eut ce privilège. Nous dûmes nous contenter d’un bain en mer lorsque les vents nous abandonnèrent. Puis comme les prévisions le prévoyaient, Eole se mit à souffler vers l’ouest et poussa Camerone rapidement vers l’ile de Malte. Nous arrivâmes dans le port de la Valette dans l’après midi du 13 août. Nous nous amarrâmes dans la marina du grand Harbourg. Mal nous en prit. L’accueil fut froid et l’on nous relégua sur un ponton en déshérence où il fallut insister pour pouvoir bénéficier d’eau et d’électricité. Mais la ville suscita notre curiosité et notre étonnement pour son architecture et la façon dont elle est engoncée entre ses citadelles. Le lendemain, nous nous déplaçâmes vers une autre marina, située au pied de la ville qui nous offrit un excellent accueil et un prix trois fois moins élevé. A l’issue de ces deux jours passés à la Valette à parcourir ses rues pittoresques et essayer de trouver quelques rares produits frais pour compléter la cambuse, nous reprîmes la mer pour gagner Monastir, notre première étape en Tunisie. Le vent souffla vers l’ouest, la direction dans laquelle nous allions. Nous n’utilisions que la grand’voile, la houle de plus de deux mètres contribuant aussi à nous pousser à plus de six nœuds vers notre destination. Nous continuions d’assurer des quarts à la barre. Et malgré des conditions de navigation moins contraignantes, nous avions du mal à trouver le sommeil à cause de la chaleur et de l’humidité prégnantes. Les visages étaient tirés, la fatigue se faisait sentir. Même 2J était plus silencieux. Nos déboires techniques se poursuivaient. Après le pilote, c’était au tour de la girouette de nous lâcher, puis notre voile d’avant présenta des signes évidents de fatigue. Les réparations de Crète n’avaient pas suffi. La liste des réparations à effectuer s’allongeaient et Marcus était de plus en plus circonspect pour la su