Tito, semble intéressé par un burnous. Il procède à différents essayages pour enfin se décider sur les conseils empressés du vendeur de fixer son choix sur un modèle sable. Mais à l'annonce du prix, Tito manifeste son mécontentement. - Quoi, 98 dinars, mais c'est hors de prix ! - Excusez-moi, répond très vite le vendeur devant l'emportement simulé de Tito, je me suis trompé, c'est le prix pour les allemands ou les anglais. Pour les français c'est 58 dinars. - Ah, c'est mieux, mais je ne peux pas mettre ce prix. - Tu peux mettre combien ? - 20 dinars. - Quoi, 20 dinars, mais ce n'est même pas le prix auquel je l'achète. Cet un article de première qualité. regarde les coutures, elles sont faites à la main. Nous assistons au marchandage de Tito et de son vendeur auquel un deuxième personnage c'est joint. La discussion continue, la calculette est sortie; transformation de dinars en euro.
 Tito en affaire La pluie tombe de plus belle. nous avons perdu Maël, à la recherche d'un narguilé. " Je suis trempé, les pieds humides. Je ne sais plus depuis combien de temps nous sommes dans cette échoppe et que Tito poursuit son marchandage, son burnous sur le dos." Il sort enfin de la boutique, mais sans son burnous. Mais il est bien vite rattrapé par son vendeur. - D'accord, 30 dinars, mais parce que c'est toi, et je perd de l'argent. Nous repartons, satisfait, Tito, moi et le burnous. - Bon, Marcus, il faut que l'on rejoigne les autres il est midi passé. - Ok, mais c'est par où la sortie ? - Y a qu'à descendre la ruelle. Au bout de quelques centaines de mètre, et nous être enfoncés dans une impasse, et avoir demandé notre chemin, nous repartons sur nos traces. Serions-nous perdus ? Le temps passe, La faim commence à se faire ressentir. - Tito, tu connais l'histoire des Belges qui tournent dans la Médina depuis un an en cherchant la sortie ? - Non, mais en tout cas on ne mourra pas de faim avec les nombreuses gargotes. - Je crois qu'il faut faire comme dans le forêt amazonienne et rechercher une éclaircie dans la voute au dessus de nous, ajoute sérieusement Marcus avec ses reflexes d'anciens militaire. Ce qui se confirme, puis qu'au détour d'une étroite ruelle l'on aperçoit le ciel nuageux et bientôt des voitures circulant dans une rue. - Nous sommes sauvés. Ce soir je vous lirais un sourate ajoute Marcus. Il est vrai, que depuis que ce dernier a acquis le livre du Coran en langue française et arabe, nous avons eu droit à quelques lectures avant le repas. Nous retrouvons nos équipiers au pied du monument de la porte de France. Marcus ploie sous les reproches de Jon. - Alors, c'est ça la rigueur militaire ? - C'est pas de notre faute, on s'est perdu, répond Marcus amusé devant l'opprobre simulée de Jon. Nous nous rabibochons dans un restaurant autour d'un couscous et d'une spécialité locale. L'après midi, la visite continue après une pause dans un bar à chucha autour d'un narguilé.
********************************************************* 1 - Vers la Sicilew De nouveau, nous avons choisi de partir à la tombée de la nuit pour cette nouvelle étape vers l'Italie de 125 milles. Le vent est favorable, la mer calme et la houle pas trop agressive. Les conditions semblent donc idéales. Marcus assure le premier quart. Nous faisons route au nord est entre les nombreuses barques de pêches. Le ciel est couvert, sombre et sans lune. On perçoit à peine la proue de notre voilier. Au fur et à mesure que nous nous éloignons de la baie de Tunis, le vent se renforce. Nous prenons un ris, puis deux. Le spydomètre indique régulièrement sept nœuds. Camerone gite sous l'effet de la houle. Les déplacements sont hésitants, il faut bien s'accrocher. Jon a des difficultés à rester sur sa couchette. Il finira sa nuit sur une banquette du carré. Tito assure la relève dans le cockpit et écoute attentif les consignes du skipper. - Notre cap actuel est de 54 degré, nous sommes sous tribord amure, avec un vent de force 4 et une vitesse de sept nœuds et nous avons deux ris dans la grand-voile. Tu surveilles particulièrement les bateaux de pêches, termine Marcus. - D'accord, répond Tito avant de coiffer les écouteurs de son baladeur, alors que Marcus rejoint sa cabine après avoir renseigné le livre de bord. - Ah ! j'allais oublié dit Marcus dont seule la tête dépasse la descente du roof, Dans trente milles, nous allons passer à proximité d'un ilot rocheux. Tu devrais voir un phare blanc à partir de six milles. Tu me réveilles deux milles avant d'arriver sur le rocher; bon quart. Tito s'installe confortablement à l'arrière du cockpit, la tête appuyée sur le balcon et les pieds allongés sur le coffre. Il est bien. Il augmente un peu le volume de son baladeur au moment ou le groupe Groundation débute son deuxième morceau. Tout autour de lui scintillent les lumières des flottilles de pêche. Mais en dehors de cela, rien, il ne distingue rien, à peine le reflet des vagues à quelques mètres du voilier. Tito affectionne particulièrement ces moments. Il est le maitre au milieu de l'inconnu. Seuls le bruit de la houle environnante et le glissement de la carène du voilier dans l'eau trouble son ataraxie.* C'est dans ces moments qu'il vit pleinement son voyage. Et l'immensité de la mer qui l'entoure, cette plénitude, mais aussi toute cette puissance qui l'enveloppe lui rappellent ses chères montagnes grenobloises. La guitare basse termine le morceau. Camerone a encore accéléré. Tito le ressent dans tout son corps. Toute la coque en tremble. Il est à l'unisson avec son voilier. Puis il se rappelle ce que lui a dit Marcus au sujet de ce cailloux que l'on doit croiser maintenant dans quelques milles. Il descend dans le carré et consulte le GPS. Le voilier a avancé très vite. Il n'est plus qu'à cinq milles de ce rocher. On ne devrait pas tarder à apercevoir le phare blanc. Il allume l'ordinateur pour visionner les cartes électroniques et avoir quelques détails sur ce minuscule ilot à la pointe du cap Bon, au nord est de la Tunisie. Le micro-ordinateur, couplé au GPS, indique sur l'écran instantanément la position du voilier. Tito zoom pour faire apparaitre le rocher. en direction duquel le point rouge qui matérialise la bateau sur l'écran se rapproche très vite. A la vue de ce que lui montre l'écran, Tito ne peut retenir une exclamation. - Ouah. c'est plus qu'un simple ilot. 430 mètres de haut pour deux cent mètres de long, c'est une montagne, c'est un mur et on file droit dessus. Tito est excité. Il remonte dans le cockpit pour découvrir son rocher. Rien, tout est noir, aucune différence de teinte entre le ciel et la mer. L'obscurité est totale. Et ce mur de roche où est-il ? Et Camerone qui continue de filer droit dans l'opacité la plus totale. Tito devient inquiet. Il redescend dans le carré. Il faut qu'il réveille son skipper. Auparavant, il met sous tension le radar. Deux minutes pour qu'il puisse être opérationnel. Vite, vite. enfin le scope tourne et la forme du rocher se dessine sur l'écran. On fonce dessus. - Marcus, Marcus, debout, vite on arrive sur le rocher. En quelques instants Marcus est debout. - Bien, on en est où de l'ilot, demande le skipper en rejoignant Tito debout sur le roof scrutant la mer ? - A moins de deux milles. - Mais je vois rien, pas de phare, rien, le noir complet, réponds Marcus, dubitatif avant de dévaler dans le cockpit. Après avoir fait le même constat que Tito sur la présence imminente de ce rocher invisible sur la mer mais présent sur l'écran du radar il remonte dans le cockpit. Jumelle sur les yeux Marcus scrute l'horizon. rien, du reste, la visibilité ne dépasse pas quelques centaines de mètres. Il décide d'abattre de quelques degrés pour être certain d'éviter cet îlot fantôme. Tito bondi d'un bord sur l'autre pour déceler la présence du monstre rocheux. Rien, le néant absolu. Marcus revérifie tant sur le radar que sur sa carte la route du bateau pour être certain qu'ils passeront bien à l'écart de l'obstacle, alors que la surveillance maritime tunisienne les appelle sur la radio du bord. - Le voilier faisant route vers l'ouest, au nord du cap Bon, la sécurité tunisienne vous appellent, énonce l'opérateur tunisien. - Ici le voilier Camerone, je vous reçois, parlez. Réponds très vite le skipper. - Oui, bonsoir, ici la sécurité côtière tunisienne, donnez-nous votre destination, votre nationalité, le nombre de passager et , etc.... Le dialogue dur alors que Marcus voit sur l'écran du radar l'obstacle grossir. Son malaise s'accentue. En effet avoir devant soi un mur de roche de plus de quatre cent mètres et ne pas le voir à de quoi inquiéter, même si le radar vous confirme que l'on passera à côté. - Marcus, je crois qu'il est là. Il grimpe dans le cockpit. - Ou çà ? Marcus a beau regarder dans la même direction que Tito, il ne discerne rien. - Si là, regarde c'est plus sombre. En effet, on pressent une grosse masse sombre inquiétante très proche. - Et puis tu ne sens pas cette odeur de chèvres ajoute Tito ? Marcus écarquille les yeux pour mieux voir défiler sur Tribord l'immense mur sombre aux contours indéfinissables. Pas la moindre lumière, pas le moindre balisage. A quelle distance en sont-il ? La carte et le radar indique trois cent mètres. Le Cap initial est repris. Marcus souffle, Tito termine son quart. La mer est vide, Camerone file vers la Sicile. * Quiétude de l'âme 
3 - La côte nord de la Sicile Un anticyclone est centré sur le sud de l'Italie depuis quelques jours. Pas un nuage dans le ciel bleu. Dès sept heures du matin le soleil chauffe le cockpit encore couvert de l'humidité de la nuit. Aujourd'hui, Camerone est immobile sur la mer de lac translucide. A quelques mètres sous sa carène, son ancre repose sur son lit de sable bien accrochée. Nous sommes au nord ouest de la Sicile à San Vito de Capo. Tôt ce matin, Maël est parti gravir un piton rocheux, alors que Tito et Jon dorment encore après que nous avons fêté hier soir l'anniversaire de Jon autour d'une daube aux marrons, de fraises chantilly, d'un petit vin des coteaux de Mazamet et d'un verre de champagne. Marcus, comme à son habitude, est en quête de produits frais pour le déjeuner . Nous continuons de longer les côtes nord de la Sicile par petites étapes. L'absence de vent, ne nous prive cependant pas d'Eole. Nous devons simplement progresser avec les vents locaux et thermiques qui généralement soufflent de douze heures à dix huit heures. Depuis quelques jours aussi, le moteur du voilier est resté silencieux. Nous pratiquons la voile intégrale. Nous quittons notre ponton dans le port avec la voile avant, Mouillons avec un vent arrière et notre grand' voile et quittons notre ancrage toujours à la voile. Un pur bonheur pour l'équipage, que les initiés apprécieront.
 Le cap Galo au nord ouest de la Sicile. |  Tunis
Ce dernier jour en Tunisie est consacré à la célèbre cité de Carthage fondée en 814 avant JC et au palais du Bardo qui abrite aussi le musée archéologique.
Ce soir, nous quittons la Tunisie. Cap sur la Sicile. Le voyage continue.
** w Au fil des semaines que les équipiers passent ensemble et comme on dit 24h/24, les caractères et les personnalités se sont dévoilées. Les tempéraments se sont imposés. Les discussions qu'ils ont le soir et qui souvent tournent autour de la politique et des prochaines échéances électorales dévoilent leurs sensibilités et leurs sentiments. Marcus avec sa propension à pratiquer le sophisme comme il l'indique, apporte la contradiction avec amusement, ce qui stimule le jeune Tito et ravi notre Skipper facétieux. Maël, pragmatique a des idées arrêtées sur les pratiques politiciennes. Seul, Jon, fier pourtant de son nouveau droit de vote ne manifeste pas d'opinion. Pourtant, les échanges, les railleries et les taquineries qui perdurent avec Marcus marque son caractère affirmé et son indépendance d'esprit. Mais Jon ne peut masquer sa sensibilité exacerbée lorsque que Marcus commet une maladresse et Jon le lui indique avec un regard triste où se lit le désappointement ou l'incompréhension. C'est alors au tour du "capitaine" sans qu'il l'exprimât de se dire qu'il ne voulait en aucun cas causer de la peine à son équipier qui montrait depuis son arrivée à bord une gentillesse et une sympathie unanimement appréciées.
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 Un jeune dans l'amoralité (Toute reproduction ou diffusion de cette photo à des fins autres que pédagogique est proscrite) ************************************** 2 - Ile de Favignana. A l'ouest des côtes de la Sicile.
w Est-ce le hasard ou le vent qui nous a poussé sur le rivage de cette petite île de quelques kilomètres carrés à l'ouest de la Sicile. Ne cherchez pas sur la carte, vous auriez du mal à la situer. Nous lâchons notre ancre dans la baie de la cala grande en fin de matinée après avoir couvert plus de cent vingt milles à plus de sept nœuds de moyenne.
 La Cala Grande dans l'île de Favignana
L'endroit est sublime et magique. Nous nous sommes enfoncés dans la baie escarpée coupée dans son fond par une plage de sable jaune. En fond de tableau une crête rocheuse barre l'ile dans sa longueur. A cette époque de l'année, nous sommes les seuls dans cet endroit calme. Une nuit de repos après celle en mer agitée que nous avons passée, puis nous partons en footing par un sentier le long de la falaise escarpée . Une heure plus tard, nous découvrons le charmant village de l'ile et son petit port niché au creux d'une anse rocheuse. Nous effectuons la reconnaissance de ce dernier pour voir si nous pouvons accoster Camerone. Les fonds sont suffisants et il y a une place pour notre voilier, qui s'amarrera pas trop loin d'un ferry. Retour toujours en courant par le col culminant à trois cent mètres au centre de l'île. Maël a décroché et profite pour .approcher un château ruiné au sommet de la crête. Au bout de deux heures, en sueur, nous regagnons le bord pour savourer gloutonnement le succulent gâteau qu'a préparé Jon durant notre absence. Et puis, retour au travail de marin. Jon et Tito à l'aide du zodiac nettoient la ligne de flottaison de Camerone couverte d'algues verte.
Ce matin, après avoir pris un bon petit déjeuner avec un pain chaud préparé au four par Jon, nous hissons la grand-voile et après avoir remonté notre ancre, Camerone doucement, presque furtivement quitte son mouillage par la force de sa seule voile.
 Camerone dans le petit port de Favignana
Un petit vent nous porte, et tout en suivant la côte, nous gagnons l'autre versant de l'île pour venir nous amarrer au ponton du village comme nous l'avions prévus lors de notre reconnaissance.
 Cala Grande dans l'île de Favignana
A l'issue du déjeuner, Maël, Tito et Jon sont partis avec du matériel de pêche et de plongée dans le zodiac. Que rapporteront-ils ? Vous le serez lors de notre prochaine connexion. ******
 Château ruiné Favignana
  4 - Palerme Atteindre la capitale de la Sicile et le grand port de Palerme n'a pas été aussi simple que de hisser la voile. Comme auraient dit les météorologues: nous sommes depuis une semaine dans "un marais barométrique". En un mot, il n'y a pas de vent. Ce que les marins appellent la "pétole". C'est donc par de très courtes navigations que l'on gagne Palerme. Nous découvrons quelques beaux mouillages au hasard où le souffle affaiblit du vent nous conduit. Ceux ci ne sont pas référencés dans les guides nautiques. Quand de plus à cette époque de l'année, l'on est seul sur la zone.
 Ce n'est pas un extrait du film "Waterworld", mais "Pétole en méditerranée".
 Capo San Vito : Une petite ville très touristique Nous sommes donc dans le grand port commercial de Palerme A quelques centaines de mètres du cœur de la cité sicilienne.
Journal du bord de mai 2007
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