Dans la grande cabine bâbord qu'occupe le jeune Tito et malgré des commodités plus importantes, ce n'est pas non plus un modèle de rangement. Heureusement qu'avec son petit gabarit il lui reste un peu de place pour se glisser dans son sac de couchage. Il s'est aussi tout à fait glisser dans la peau et dans le rôle de l'équipier, disponible, compétent et enthousiaste. Et c'est aussi un compagnon de voyage très agréable que l'on est content d'avoir dans l'équipage.
Marcus a conservé sa cabine à l'arrière, et sa façon toute militaire d'aménager ses affaires, selon le principe que tout ce qui n'apparait pas est rangé Maël, l'équipier de la cabine tribord arrière, termine son petit déjeuner. Plus exactement poursuit son petit déjeuner qui consiste en une dizaine de biscottes, de 250 g de pain et d'un demi pot de Nutella et d'un demi litre de thé, tout en espérant que ce celui ci ne soit pas reversé aux poisson dès que le voilier quittera le port. Mais Maël est de bonne composition et occupe son poste d'équipier avec une très grande efficacité, et a mis son talent de bricoleur au service du bateau qui en a souvent besoin.
Vers midi nous avons souhaité une bonne continuation à nos camarades, l'équipage du voilier Trillium avec lesquels nous avons passé de bons moments. C'est un de ces instants que l'on apprécie dans un voyage à la voile. C'est la rencontre le long d'un ponton de compagnons de route. C'est les échanges qui s'opèrent, les solidarités qui se matérialisent, l'altruisme dans toute son acception.
Marcus, après avoir quémandé ses quatre carrés de chocolat quotidien qu'il s'est imposé comme le drogué a sa méthadone, s'est de nouveau replongé dans l'étude des courbes isobariques, des passages des fronts chauds, des fronts froids, et du creusement des dépressions de ses cartes météorologiques. Les équipiers assis autour du carré attendent la décision du maitre du temps..... - Ce sera demain matin à sept heure. Nous allons au devant d'une dépression afin de bénéficier de ses vents favorables. En espérant que celle ci soit exactement là où elle devrait être en fin de matinée. Maël a un sourire crispé. Jon exulte déjà à la pensée des vagues monstrueuses qui pourraient nous assaillir. Tito imagine le titre du prochain chapitre de son journal: "Tempête sur Camerone". Marcus, se dit lui qu'il va peut être faire l'économie du repas de midi. Bien que d'expérience, il semblerait même que la hauteur des vagues soient proportionnelle à l'appétit de Tito et de Jon.
Le lendemain donc, à six heure nous sommes dans le carré attablés sans un bruit autour du petit déjeuner. Monstrueux pour Maël qui se dit qu'après tout, si c'est pour le donner aux poissons autant qu'ils en aient pour leur compte.
Il fait sombre quand nous quittons le port et son abri. Les nuages se sont amoncelés au-dessus de nos têtes. Les conditions météorologiques prévues.par notre routeur du bord semblent conformes à celles que l'on trouvent dès que s'éloignent les côtes de la Sardaigne. Pourtant, bientôt, il faut se rendre à l'évidence, le vent s'intensifie et les quinze nœuds annoncés par Marcus sont rapidement dépassés pour s'établir à plus de vingt nœuds. Maël s'est excusé et s'est retiré dans sa cabine. Tito qui n'est pas de quart, rêve dans sa cabine que seul à la barre d'un coursier des mers il chevauche des océans déchainés. Pendant ce temps, dans le cockpit, Jon et Marcus voient s'abattre sur eux une houle et des vagues de plus en plus hautes. L'anémomètre se stabilise sur trente nœuds. Camerone, indifférent, poursuit sa route sous la conduite de "Raymond" le pilote, en se couchant sur ses bords. La distance qui nous sépare de la côte tunisienne diminue rapidement. Le voilier file à plus de huit nœuds. Tito a pris son quart. Capelé avec son harnais, il observe dubitatif et impressionné les vagues qui se jettent sur la coque du voilier. - Dit donc Marcus, tu nous avais dit que la dépression devait nous passer devant. c'est quoi alors en ce moment qui nous passe dessus demande-t-il avec son sourire malicieux ? - Je sais, réponds Marcus ennuyé, mais je crois qu'elle a eu du retard et nous de l'avance, car nous ne devions pas nous rencontrer. Malgré les vagues successives qui s'abattent dans le cockpit en transperçant la veste de quart de Tito, celui poursuit son quart imperturbable.  Tito est de quart
Ce n'est que vers deux heures du matin, et alors que le faisceau du phare du port de Tabarka en Tunisie se profile dans le noir que le vent s'apaise nous permettant de remettre un peu de voile. Vers quatre, nous pénétrons dans le petit port de la ville Tunisienne. Malgré l'heure matinale, les autorités locales nous accueillent sympathiquement pour les habituelles formalités d'arrivées. Ce n'est qu'au levé du jour, que l'on découvrira notre nouvelle escale. Marcus semble surpris mais très satisfait. - Et bien, c'est pas ce que le guide nautique nous avait décrit ! Car on ne peut pas dire que c'est un port de plaisance. Nous ne sommes que trois voiliers, et encore les deux autres sont plus petits. Mais pour une fois on est le plus gros. Quant aux sanitaires, je ne crois pas que la commission hygiène et sécurité soit passée il y a quelques temps.

Jon fait connaissance avec notre voisin d'amarrage
 La ville de Tabarka
 Le repas à bord de Camerone
 Visite du marché bovin
 Du marché aux primeurs
w Nous quittons Tabarka lundi matin. Le vent est faible et la mer calme. Cap sur Bizerte, quelques 56 milles à couvrir. Nous longeons la côte nord. Dans l'après midi le vent se renforce et s'oriente vers l'est rendant notre progression difficile. Il faut se rapprocher très près de la côte. La vitesse de notre voilier se réduit. L'arrivée avant la nuit à Bizerte s'éloigne et tirer des bords est vite épuisant. Nous trouvons une petite anse abritée des vents dans la grande baie du cap Serra pour mouiller et passer la nuit. Cet endroit est désert, seules quelques barques de pécheurs indiquent une présence humaine dans cette région. L'ancre jetée, le zodiac à l'eau et nous partons à la découverte de cette potion de terre. le lendemain matin, nous reprenons le direction de Bizerte que nous atteindrons dans la nuit.
 Baignade en cours de navigation.
 Cap Serra

Bizerte | | 
Le voilier Trillium
 Une mer très grosse

 Une mer encore plus grosse
 Le réveil de Maël....après la dépression
Dès huit heures, alors que Maël et Tito récupèrent leurs heures de sommeil en retard, Jon et Marcus, gagnent le marché local tout prêt. A la vue des étales de légumes, de poissons Marcus retrouve toutes les saveurs et les couleurs qu'il aime. Après avoir parcouru les allées, ils se retrouvent autour d'une table pour déguster une soupe locale, suivie d'un thé au lait.
Bienvenue en Tunisie.....

w Voilà trois jours que nous sommes appontés dans le petit port de Tabarka. La soleil est revenu, le ciel est bleu et la température très estivale. Nous sommes les seuls européens à déambuler dans les rues animées par les échoppes des commerçants. Tout y est couleur et animations, convivial et festif. Nous découvrons le fort génois qui domine sur son éperon la ville. Bien entendu, on perçoit partout encore les marques de l'ancien colonisateur. Mais comme en de nombreux endroits en Afrique, on ne peut manquer de s'étonner devant les nombreux chantiers en déshérence, les constructions en cours d'édification abandonnées donnant l'impression que tout s'est arrêté dans l'attente de jours meilleurs. Mais on est surtout impressionné par la gentillesse des habitants.
 Le fort génois .....en fond de tableau
 Toutes ces émotions ont épuisé Tito
 Surtout qu'il faut encore faire la vaisselle.

Mouillage au nord de la Tunisie. Au cap Serra w Depuis trois jours Camerone est amarré dans le port de plaisance de Bizerte. Il convient de préciser que ce port dit de plaisance a quelques différences avec ce que l'on trouve dans les ports Français de la méditerranée. Il y a, du moins à cette époque de l'année peu de voiliers. Du reste, il n'y a pas beaucoup de place. Tout juste une dizaine. Et quant aux sanitaires, point important pour les plaisanciers, il convient de prévoir des bottes pour prendre une douche et de s'abstenir d'utiliser les toilettes. Donc, vous l'aurez compris, l'endroit n'est pas très net, sans oublier les odeurs de souffre du brûlot de l'usine portées par le vent. Voilà un mois que nous avons quitté Gruissan. Et donc le moment de faire un grand nettoyage de Camerone. Et il faut aussi recoudre notre voile d'avant qui a souffert des nombreux coups de vents.
La ville de Bizerte ne présente pas de spécificités touristiques. Nous déambulons dans ses rues animées et colorées, puis pénétrons dans la médina. Là, le dépaysement est total. Toute l'atmosphère et l'ambiance de l'Arabie est présente. Nous parcourons conquis les ruelles étroites, et les étales des boutiquiers, puis dégustons un couscous au pied du fort de la Médina.. * Vivre sur un voilier lors des escales présente comme originalité que notre approvisionnement dépend entièrement des achats effectués sur les marchés locaux, à la différence du touriste débarquant dans un hôtel et qui retrouve généralement sur sa table des plats classiques et son environnement habituel, de ce que l'on appelle le confort. Pour notre part, chaque matinée débute par le tour du marché. Tout d'abord, viande ou poissons ? Notre choix se portera sur quatre gros maquereaux. Puis les légumes. Ici, pas de produits importés comme dans les grandes surfaces européennes. Comme par exemple, ici, pas d'oignons. Que des produits locaux. Ce qui limite le choix. Et les expériences culinaires de Marcus révèlent quelques désagréments lorsque que l'on constate dans notre assiette, qu'il a fait cuire les fèves sans les écosser. Pour les fruits, c'est oranges ou fraises. Pour la ménagère, je vous indique que nous payons le kilo de fraise 1€.. * Nous ne prolongeons pas notre séjour à Bizerte après le passage d'un fort coup de vent. Bien entendu, le vent, notre compagnon, nous fait quelques infidélités et nous devons attendre son bon vouloir dans le tout petit port de pêche du Cap Zébib qui n'a que certainement rarement la visite dans son enceinte d'un voilier de cette longueur. A la tombée de la nuit, nous profitons d'un vent thermique pour poursuivre en direction de Tunis. * Nous sommes à Sidi Bou Saïd, le port de plaisance de Tunis à quelques kilomètres de la Capitale. Nous sommes aussi aux portes de l'entreprise touristique. Pour la première fois depuis notre arrivée en terre tunisienne, nous nous trouvons dans une enceinte dédiée à l'activité touristique avec tout ce que cela comporte de mercantile et de sécuritaire..
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